samedi 16 février 2008

Chapitre 27

27

20/09/3023 Datation légale de Valence.

14H00 / 24 : horaire du vaisseau potentiellement innocente

Compte rendu du potentiellement innocente :

C’était hier soir, ou plutôt cette nuit enfin, très tôt ce matin. J’avais encore la bouche pâteuse de quelqu’un qui avais la gueule de bois alors que je n'avais bu que…? Oui bon, j'avais trop bu, beaucoup trop. Nous étions restés tard. Nanti était d’humeur loquace. Non, ce n’est pas le terme. Il était plutôt d’humeur à nous écouter. C’est rare. Nous en avions profité, surtout moi. L’alcool aidant, je n’ai plus hésité à lui dire combien je trouvais sa conduite inqualifiable. Nous avions déjà perdu Martel et il avait envoyé Maelie seule en territoire ennemi. C’est une gamine. Non seulement elle n’a aucune chance seule mais en plus, de notre coté, nous étions affaiblis sans elle. Nous devions rester soudé pas nous éparpiller pour mieux nous faire tuer les uns après les autres. C’est un peu près le discours que j’ai tenu.

Thymothe s’est moqué de moi sous prétexte que je qualifiais de gamine une immonde créature qui m’avait fait mouiller mon pantalon. Ce n’était pas vrai. J’avoue, j’avais peut être émis un cri la fois où je m’étais réveillé d’une sieste dans la pièce commune pour me retrouver nez à nez avec la gueule d’une ombre en forme de dragon à deux têtes mais Thymothe a crié bien plus fort quand la forme s’est disloquée et tombée en gouttelette rouges brûlantes. J’ai peut-être eu quelques mots contre Maelie ce jour là. Les mots dépassent vite la pensée et elle s’était excusée. Quand j’ai compris que la petite avait comme plan de se faire embaucher pour recueillir des informations, j’ai craint le pire. Maintenant on n'avait plus de protection et on était dans le collimateur de Valence.

Bref, je me suis couché tard. Je m’étais endormi alors que j’étais encore sur les nerfs et m’étais réveillée au milieu de la nuit la vessie pleine en pestant sur cet alcool qui m’obligeait à sortir de ma couchette. En titubant vers mes quartiers, j’ai entendu quelques pas dans la semi obscurité du système d’éclairage baissé pour la nuit et l’idée que d’autres que moi puissent être soumis aux mêmes désagréments nocturnes me procura une intense satisfaction. Ma chambre était éclairée. Je ne l’avais pas allumée, j’en étais sur. Je n’allumais jamais la nuit, les veilleuses suffisent pour trouver son chemin et Nanti passe sa vie à nous faire de longs discours sur l’économie d’énergie. Soit le vaisseau se mettait à prendre des initiatives ce qui voudrait dire qu’il lui était poussé une puce IA dans la soirée. Avec les cachotteries de Nanti je n’excluais pas cette possibilité bien que fort peu probable surtout parce que je ne le crois pas capable d’installer une telle bricole sans mon aide, soit quelqu’un était venu dans ma chambre et y était sans doute encore. Plus réaliste. J'ai ressenti comme une sorte d’angoisse primaire injustifiée. Nous étions sur un vaisseau au milieu du vide. Si quelqu’un était dans ma chambre, c’était obligatoirement un membre d’équipage. La lumière s’éteignit ne laissant que la loupiote de veille. « Qui va là ? » ai-je dis en bloquant l’encadrement de la porte. A ma grande surprise une voix m’a répondu mais derrière moi. Et une voix féminine en plus. Ces deux éléments aussi impossible l’un que l’autre auraient dû m’effrayer mais je me contentais de me retourner.

Le souffle coupé, je me suis agrippé à ma cloison mais j’étais chez moi ici, dans mon environnement et personne n’entre sur mon territoire sans mon autorisation surtout quand j’ai bu un coup de trop. Aussi, c’est avec une confiance sans aucun doute disproportionnée que j’ai répondu : « Mélanie, quelle surprise. Veuillez m’excuser si je ne me présente pas à mon avantage mais je n’ai pas l’habitude que quelqu’un s’invite dans mes quartiers en pleine nuit et même si je l’admets, il y manque souvent de jolies filles, vous n’êtes pas la bienvenue, j’aime les femmes plus... gentille dirions-nous. »

Je me suis surpris moi-même de mes propos. Je venais d’envoyer bouler la plus puissante sorcière du clan de Valence. Si c’est pas un truc à avoir des problèmes ça. Je ne boirai plus jamais de ma vie. Bon d’accord, il ne faisait aucun doute qu’elle venait fouiller mais même prise en flagrants délits, on ne parlait pas ainsi aux genres de femme qui se ballade dans les autres réalité pour traverser le vide stellaire.

De près, dans la lumière blafarde des lampes de veille, elle était superbe. J’avais menti sur un point, c’est que, gentille ou pas, j’aimerais avoir plus souvent des jolies filles comme elle dans ma cabine. Quand je dis plus souvent, je devrais dire, au moins une fois dans ma vie. Elle n’avait rien à voir avec ses femmes aguichantes des stations dans des tenues de latex, des maquillages agressifs et des coiffures compliquées. Mélanie ne semblait porter aucun maquillage. Juste une longue robe blanche d’une matière ultra légère attachée à la limite d’une épaule par une épaisse attache métallique. De larges manches qui pourtant lui gardaient les bras couverts même quand elle en leva un pour remettre en place une mèche de cheveux ébène de sa longue chevelure laissée libre de toute entrave.

« Nous ne sommes pas au milieu de la nuit » me corrigea-t-elle.

« Chez nous, quand les projecteurs principaux sont éteints, que mon implant temporel m’indique trois heures du matin et que tout le monde dort, on appelle ça la nuit.

- Il a été instauré un système de mesure du temps commun et il est 18h. »

Mais elle jouait sur les mots en plus. C’était encore une des lois stupides de Valence. L’idée de base n’était pas franchement mauvaise, c’est vrai que parfois, surtout pour les nomades comme nous, les décalages sont compliqués. Chaque station fonctionne sur des heures différentes et même la longueur des nuits et des journées varient si bien qu’on ne sait jamais quand joindre nos fournisseurs. J’ai toujours du mal quand nous arrivons le soir pour livrer des marchandises dans une station ou c’est le matin. Ca fait des journées interminables. En plus, je soupçonne Nanti d’abuser de ce système pour nous faire travailler plus. Jamais nous n’arrivons le matin sur une station où c’est le soir afin d’être en pleine forme et prêt à profiter des loisirs des stations. Bref, Valence a imposé un système commun et basé sur quoi, je vous le donne en mille, sur eux bien sur. Il ont été jusqu’à imposer leur système de comptage du temps. Dans le centre, ça marche pas mal mais en périphérie, rare sont ceux qui obéissent à cette loi. En ce qui nous concerne, nous n’avons rien changé et le potentiellement innocente n’obéit qu’a une loi : celle de Nanti. Je me demandai si Mélanie avait parlé de ça juste dans le but de me faire oublier que je l’avais presque surprise à fouiller dans ma cabine. Pas très réglementaire tout ça. Elle voulait pointer du doigt nos torts. Et sur un truc aussi mesquin. C’était bas.

« Je pense que vous devriez rentrer dans votre joli vaisseau, vous n’apprécierez pas le monde réel et puis vous allez libérer Martel parce que je ne doute pas que vous soyez pour quelque chose dans cet enlèvement. Le fait que vous ayez si facilement trouvé notre vaisseau en est la preuve. J’imagine mal que vous soyez capable de vous téléporter au hasard sans connaître votre cible. » Ca c’est le résumé de ce que j’aurais aimé lui dire mais que je n’ai pas osé « Alors vous allez dire à vos maîtres qu’ils ne nous font pas peur. » Et ça, je le lui ai dit pour de vrai mais pas en ces termes. Je lui ai attrapé brusquement le bras pour la diriger vers la sortie et aussi pour me retenir car le vaisseau tanguait un peu tout en sachant qu’elle n’allait pas tranquillement sortir par le sas sous peine de se trouver dans le vide mais la lâchais brusquement. A la place de sentir le tissu de sa robe, c’est un bras nu que je touchai. Surpris je l'ai regardé de haut en bas et mon regard s’est arrêté plus intensément sur la plaque dorée sur son épaule. Se pourrait-il que sa robe n’existe pas ? Qu’il s’agisse juste d’un hologramme élaboré ? Le tissu se mouvait suivant ses mouvements mais pas si naturellement que ça en y regardant de près. Elle profita de mon moment d’incrédulité pour se défendre et retirer son bras. « Ce n’est pas vous que je suis venue voir, c’est votre commandant et je vous prierai d’adopter un autre comportement avec moi si vous ne voulez pas tâter la température extérieure. »

Sans doute alerté par ce remue ménage, Tymothe débarqua les cheveux en désordre dans un tee shirt et un caleçon aussi usé que le mien. Déjà, depuis l’arrivée de Maelie, il avait oublié la sale habitude qu’il avait de se balader à poil et presque immédiatement après lui, Nanti, impeccablement habillé, les cheveux tirés en arrière à croire qu’il était surpris alors qu’il s’apprêtait à sortir dans une réception de la haute.

« Commandant Siarro » a dit Mélanie m’ignorant totalement.

Nanti a répondu que sur le potentiellement innocente, on avait l’habitude de l’appeler Maître Nanti mais qu’il s’agissait bien de lui. Elle tiqua sur ce terme mais il précisa rapidement qu’il s’agissait d’un titre tel que maître de maison et que sa maison était le potentiellement innocente. Ses hommes étaient tous des hommes libres. Il réprouvait l’esclavage et refusait de se faire appeler commandant car le vaisseau était une habitation, non une caserne militaire.

Thymothe s'est déplacé vers moi sans lâcher Mélanie des yeux. C’était plutôt agréable de se retrouver avec quelqu’un qui en comprenait encore moins que moi. « Je te l’avais dit qu’il s’appelait Siarro, tu ne me croyais pas.

- Rien à foutre du nom du patron. C’est vraiment Mélanie ?

« Oui » ai-je murmuré tandis que Nanti faisant preuve d’une révérence dont il n’avait jamais usé devant nous invitait Mélanie vers un lieu de discussion plus agréable.

Ce n’était pas le moment mais il fallait absolument que je fasse part à quelqu’un de ma découverte, ça me hantait trop. « Mélanie » ai-je dit encore plus bas à Thymothe sans me tourner vers lui, « je crois qu’elle n’a rien sous sa robe. Enfin, je veux dire, je crois qu’elle n’a pas de robe. Ce n’est qu’un hologramme ». Thymothe a toussé et s’est étranglé tu en es sûr ? A-t-il dit la voix chevrotante.

« Je crois. Je n’ai touché que son bras, faudrait voir un autre endroit. » Thymothe a fait quelques efforts pour garder une respiration normale imaginant sans doute d'autres endroits à toucher. « C’est une bombe » m'a-t-il soufflé encore tandis que nous suivions Nanti et Mélanie.

J’ai approuvé. « Et dans tous les sens du terme ». Nanti s'est tourné vers nous et nous a lancé son regard le plus sévère. Il ne pouvait pas entendre ce qu’on disait, j’en étais sur. Du moins je n'avais jamais entendu dire qu'il portant un ampli audio mais au cas où, je la fermais et me forçais à détacher mon regard de Mélanie. Sa robe ondulait autour d’elle et quand Nanti eut rallumé les projecteurs, je crois avoir perçu de subtiles couleurs changeantes très claires sur le fond blanc comme électriques. Il ne fallait surtout pas que je pense que si je tendais la main sans faire exprès, je pourrais me trouver directement au contact de ses fesses.

« Tu crois que c’est l’agrafe ? » a dit Thymothe à voix basse.

« Quoi ?

- Tu crois qu’en manipulant les pierres de l’agrafe sur son épaule ça ferait disparaître sa robe ? »

Au moins, je n’étais pas le seul obsédé.

« Thymothe, Mérino, Dehors » a lancé Nanti une fois qu’il eut galamment fait entrer son invitée dans la pièce principale. Ca, il savait s’y prendre. Il la flattait comme une princesse alors que c’était une esclave et nous traitait comme des esclaves alors qu’on était des hommes libres. Ca m’énerve ça.

« Votre second était le tuteur de Martel si j’ai bien compris » lança Mélanie de l’intérieur.

Après un moment d’hésitation et un regard furieux qui disait : n’imagine pas un instant que tu auras ce privilège un jour, il a dit à Mélanie que c’était en effet le cas.

« Je crois qu’il serait bon dans ce cas qu’il assiste à notre entretien ».

Je n'ai pu m’empêcher de sourire. J’aimais voir Nanti pris au piège de son propre jeu. C’était lui qui m’avait présenté comme son second sur l’Impérium mais il ne faisait aucun doute qu’il voulait m’exclure de son plan. Il m'a fait signe d’entrer à contre cœur, a jeté Thymothe dehors et je suis entré fièrement dans la salle commune. Habituellement dans un agréable désordre, elle était cette nuit parfaitement rangée et récurée dans ses moindres recoins. Le ménage avait été la consigne numéro un de ces deux derniers jours. Aussi je crus volontiers le patron quand il dit à Mélanie en lui proposant le fauteuil sur lequel je comptais m’asseoir : « je vous attendais mademoiselle. »

Ils restèrent un moment en silence à se jauger puis Nanti s’excusa de ne rien lui offrir ne possédant rien de digne d’elle. J'ai refoulé une grimace. C’était une esclave chargée des basses besognes les plus viles de Valence, pas une honnête pucelle issue d'une famille respectable.

« Et nous n’avons rien pour ceux qui enlèvent les membres de notre équipage » ai-je ajouté avant de recevoir une claque derrière la nuque de la part de Nanti.

« Je ne suis pour rien dans l’enlèvement de Martel » a-t-elle lancé d’une façon faussement indignée. A vomir.

« Bien sur, vous êtes spécialisée dans toutes les basses besognes de vos Maîtres et vous voulez me faire croire que les ordonnances de Valence se seraient bougés le cul pour enlever eux-mêmes un gamin.

- Mérino » s’est exclamé Nanti indigné. Il avait peur que je la choque ou quoi ? C’était pas l’ordonnance Matiz que je sache, c’était qu’une boniche.

Elle s'est relevé furieuse. « Matiz n’est pour rien dans cette histoire et Malhari ne connaît même pas l’existence de Martel. »

Parce qu’elle appelait les 2 ordonnances directement par leur petits noms pas très respectueux ça. Faudrait peut-être leur dire de reprendre leurs esclaves en main.

« Mérino tu sors » a lancé Nanti.

« Non, il reste ici » a dit Mélanie en se rasseyant. « Je crois bon de me justifier aussi devant lui.

Je le répète, les ordonnances Matiz et Malhari ne sont pour rien dans l’enlèvement de Martel. Ils ne savent pas non plus que je suis ici.

- Je m’en doutais oui.

- Moi-même je le croyais mort dans l’explosion de la navette. Je suis arrivée trop tard. C’est seulement ensuite que Matiz a appris que j’avais enregistré une autorisation planétaire pour le potentiellement innocente. Il m’a demandé des comptes. Je lui ai parlé de Martel à ce moment là. Je n’avais plus aucune raison de le cacher et j’avais besoin de me confier à quelqu’un. »

Quoique j’ai à confier, ce n’est sûrement pas aux ordonnances de valence que je parlerais mais évidement les perfides s’entendent bien entre eux comme dit le dicton.

« Donc vous, vous connaissiez son existence ». Nanti m’avait précédé. Je comptais dire la même chose mais bien moins gentiment.

« Oui » dit-elle. « Je savais qu’il n’était pas mort durant la guerre. C’est même moi qui suis à l’origine de ce subterfuge pour le sortir de la belle d’été pendant la guerre en vous faisant embaucher pour le récupérer.

- C’est sans doute vous aussi qui avait détruit la station sur laquelle on devait le déposer dit Nanti.

- En effet. Cette station était une base d’indépendantiste. Elle aurait été détruite de toute façon mais ainsi, même si quelqu’un avait appris que Martel avait survécu à l’explosion qui a détruit le palais, il aurait perdu sa piste et l’aurait cru mort dans l’explosion de cette station. Et tout a marché comme prévu. Je savais que vous ne le laisseriez pas tomber. J’ai lu votre dossier.

« Quel dossier ? « ai-je demandé conscient qu’on me cachait encore quelque chose.

« La ferme Mérino. » réponse du patron

- Et Martel le savait ?

- Plus ou moins, je lui avais juste dit de ne rien dire. Il avait huit ans, rêvait de grands vaisseaux. Ce n’était pas difficile de lui dire que il voyagerait dans les étoiles et que je viendrais le chercher plus tard.

- Et c’est pour cela que vous vous imaginiez en droit de l’enlever ainsi, de revenir après dix ans comme si de rien n’était et le récupérer sans lui demander son avis.

- Pour la dernière fois, je ne l’ai pas enlevé. Je suis venue plusieurs fois mais je ne me suis pas fait voir. Il était heureux ici, il avait quelque chose que je ne pourrais jamais lui offrir. Il avait la liberté.

- Et je serais heureux de vous l’offrir à vous aussi » a dit Nanti en s’inclinant d’un ton révérencieux à outrance.

« Je ne m’estime plus prisonnière depuis longtemps et si j’avais perçu le moindre malheur chez Martel, je l’aurais ramené mais il était heureux. Il avait sa vie ici et moi la mienne. Je connais votre point de vue sur Valence et je ne suis pas là pour vous faire la morale mais ce que nous faisons, nous le faisons pour le peuple.

- Alors qu’est ce que Martel pouvait avoir avec de simples nomades que Valence ne pouvait lui offrir ?

- Le choix peut-être.

- Oui » répondit Nanti se tournant vers l’espace. « Valence n’a jamais accepté de le donner à qui que se soit le moindre choix.

Quand vous aurez compris cela, alors seulement vous agirez réellement pour le bien du peuple. »

Mélanie a croisé les bras. « Si nous le laissons libre, il se détruira, comme ils s’apprêtaient à détruire les seules sources de leurs survies en saccageant les planètes. Sans les matières premières issues des trois planètes de types A, l’humanité entière court à sa perte.

- Nous ne sommes pas la pour confronter nos opinions politiques mademoiselle Mélanie de Calice » a dit Nanti m’empêchant de remettre proprement à sa place ce suppo de Valence qui n’avait jamais été confronté au monde réel.

- En effet.

- Je crois qu’il serait tant que vous nous disiez ce que vous savez à propos de l’enlèvement de Martel.

- Vous imaginez bien que c’est aux ordonnances que je devrais parler.

- Mais vous ne l’avez pas fait.

- Non.

- Pourquoi ?

- Je vous l’ai dit. Je voulais offrir à Martel le choix de la vie qu’il désire. J’aimerai qu’il vienne à l’Impérium à mes cotés mais je ne pense pas que ce serait son choix et je sais que ni Matiz ni Malhara ne prendraient ses désirs en compte et encore moins l’empereur Pantin. J’ai déjà obtenu que Matiz garde pour lui l’existence de Martel. Je ne peux guère faire plus. Matiz mettra tout son pouvoir en œuvre pour le retrouver d’autant plus qu’il imagine qu’il existe un autre sorcier de Calice qui l’aurait enlevé. Ca lui en ferait deux de plus.

- Et ce n’est pas le cas ?

- Je ne le pense pas.

- Alors qui ? Que je sache, personne d’autres n’a le pouvoir de survivre dans d’autres réalités ?

- Je le croyais aussi mais je n’en suis plus aussi sûre. J’ai pris quelques renseignements, discrètement et j’ai découvert une commande qui a été effectuée sur la belle d’été pour la fabrication d’implants psychiques de grande envergure.

- Suffisamment puissants pour permettre de se déplacer dans d’autres réalités ?

- Oui.

- Et cette commande était à quel nom ?

- A celui de Valence, bien entendu, personne d’autres n’a ne fut ce que le droit de faire une telle commande.

- Mais vous avez bien une idée du destinataire ?

- Des destinataires plutôt car il y en avait deux.

Non, je n’en ai aucune idée. J’ai parlé de cette anomalie aux ordonnances et à l’empereur et ils ont été catégoriques, aucun n’a effectué une telle commande.

- Pourtant, je suppose qu’il y a des protections, on ne peut pas se faire si facilement passer pour Valence !

- Non, pour cela, il faudrait pirater l’IA de l’Impérium ce qui est inconcevable. Pourtant, j’ai vérifié, toutes les autorisations étaient en règle. La commande a bien été envoyée sur l’Impérium quand le vaisseau s’est posé sur la belle d’été pour la maintenance en atmosphère puis toute trace d’elle disparaît. Les ordonnances ont mis ça sur le compte d'un bug informatique et conclu que ces implants n'avaient jamais existé.

« Je suppose que quelqu’un avec un tel implant n’est pas discret » fis-je remarquer. L’Impérium était bourré de gardes vérifiant chaque implant.

« Au contraire, sa puissance dissimulatrice est bien suffisante pour berner n’importe quel sondeur.

- Et qu’en déduisez-vous ? » Demanda Nanti

« Après votre entretien, Les ordonnances ont émis l’hypothèse que quelques sorciers de Calice auraient réussi l’exploit de détourner l’IA d’une manière qu’ils n’expliquent pas et de récupérer la commande et qu’ensuite, ils auraient libéré Martel.

- Vous ne semblez pas partager ce point de vue.

- Ca me parait compliqué.

- Parce qu’il y a plus simple ?

- Peut-être.

- Vous n’êtes pas venue jusqu’ici pour faire des mystères. Vous pensez à la princesse Saline n’est ce pas ? »

Mélanie hocha la tête en signe d’assentiment.

La princesse ! J’avais déjà entendu parler de ce rejeton tardif. Ce n’était qu’une petite fille et illégitime en plus. J’en fis la remarque.

« Oui » admit Mélanie

« Et ce n’est pas une sorcière.

- C’est ce qu’on dit

- Et ce n’est pas le cas ?

- C’est la fille de Pantin et par conséquent elle aurait les moyens de passer une telle commande et de la réceptionner que se soit pour elle ou quelqu'un d'autre.

- Mais si elle avait de tels pouvoirs, vous le sauriez ?

- Pas sur, elle pourrait être une très bonne dissimulatrice.

- A douze ans ?

- Peu probable mais les sorciers de Calice qui réussissent un tel exploit ce n’est guère plus réaliste.

- Imaginons, mais dans tous les cas ? Pouvez-vous m’aider ? »

Elle se renfrogna. « Je sais que vous avez travaillé pour Valence comme profiler, nos systèmes de sécurité n’ont guère évolué depuis. Matiz se méfie de vous mais je sais que Pantin vous a donné une certaine immunité qui vous doit d'être toujours en vie même si vous activités ne sont pas toujours, disons honnête. Il ne pourra rien contre vous. Quant à moi, j’éviterai de vous mettre des bâtons dans les roues.

- Je traduis par ; je préfèrerais ne pas risquer de me discréditer aux yeux de mes maîtres. Ce qui est normal pour une esclave.

- Il ne s’agit pas de statut. J’ai grandi avec les ordonnances et Matiz m’a promis de garder le secret vis-à-vis de Martel ». Elle hésita « comprenons nous bien, je pense qu’une collaboration temporaire serait utile autant pour vous que pour moi mais, nous ne sommes pas dans le même camp. Et en ce qui concerne Martel, je suis prête à beaucoup plus que vous n’imaginez pour l’aider mais si je peux le savoir hors de danger en m’impliquant le moins possible.

- Ce serait mieux » finit Nanti. « Je pense que j’aurais cependant besoin d’une alliée sur place ». Nanti sortit de sa poche un communicateur qu’il avait sans doute préalablement préparé. Vous allez garder ça. C’est une fréquence brouillée et si comme vous le dites les systèmes de sécurité ont peu changé, il devrait passer inaperçu et nous pourrons vous contacter.

Elle secoua la tête. « Je ne peux l’emmener.

- Et pourquoi pas ?

- Croyez moi, ce n’est pas de la mauvaise volonté mais il devait être pour le moins greffer sur moi pour que je puisse le transporter.

- Vous voulez dire que vous ne pouvez pas vous téléporter avec un objet ?

- Non, ou du moins il en ressort rarement le même.

- Pourtant quelqu’un a bien déplacé Martel ?

- Martel a ce pouvoir en lui. Seul un bon sorcier pourrait supporter le choc. Et encore, je ne puis qu'espérer qu'il ait survécu.

- Mmmh » fit Nanti. « Je pourrais tenter d’introduire quelqu’un sur l’Impérium.

- Vous voulez parler de la sorcière qu'on vous a soi disant confisqué ?

- Rien ne vous échappe.

- Je peux m'arranger pour faciliter ses déplacements.

- Et pour prendre contact avec vous ?

- Je l’ignore. Je suis rarement seule hors de mes appartements qui sont trop surveillés pour que quiconque s’en approche mais je vais y réfléchir et je reviendrais. »

Elle disparut et Nanti se mit à taper des doigts sur la table. C’était chez lui une habitude accompagnant une profonde réflexion et il faut toujours attendre que Nanti finisse de réfléchir avant de lui parler. Je le sais mais, je ne suis pas d’un naturel patient. « Vous étiez profiler de Valence » m’écriai-je.

« Mérino, tu ne peux même pas être sûr qu’elle soit partie.

- Rien à foutre. Pourquoi ne l’avez-vous pas dit ?

- C’était il y a longtemps.

- Profiler, ce sont ces types qui sont formés pour détecter et vaincre les sorciers c’est ça ?

- Oui, il s’agit en grande partie de se servir de ses cinq sens de façon optimum afin de déceler le maximum d’indices et en effet, ce peut être utile pour détecter certains passages créer par les sorciers pour ouvrir sur les autres réalités, mais pas uniquement.

- Vous faites confiance à Mélanie ?

- Moi ? Bien sur que non. Cette fille est un instrument à la solde de Valence. Elle défend un autre idéal, c’est certain.

- Un autre idéal ! Ce monstre est impliqué dans des crimes abominables, elle a avoué sans le moindre remord être à l’origine de la destruction d’une station et on ne me fera pas croire qu’il n’y avait que des indépendantistes dessus et des coups dans le style, elle en a fait plein.

- A ton avis, pourquoi veut-elle qu’on récupère Martel si elle est si dévouée ?

- Je l’ignore, sans doute pour le tuer avant qu’il lui face de l’ombre.

- Dans ce cas, elle l’aurait tué depuis longtemps.

- Pour la seconder alors

- Alors elle le voudrait avec elle mais ce n’est pas le cas. » Nanti se prenait trop la tête.

« Et comment saviez-vous qu'elle viendrait »

Nanti se prit la tête dans ses mains. Parce que je l'avais déjà vu sur le potentiellement innocente se disputant avec Martel. »

Je restais bouche bée, « vous saviez qu'elle venait et qu'en plus elle était en contact avec un des nôtres et vous n'aviez rien dit !

- Si elle avait été un danger, je l'aurais su. Mais elle semblait tenir à Martel.

- Elle n’y tient pas très fort, elle ne semble pas prête à bouger le petit doigt. On ne me fera pas croire qu’elle a si peur de ses maîtres.

- A la façon dont elle en parle je suis prêt à parier que ce n’est pas la peur qui la retient. Elle a dit qu’ils avaient été élevés ensemble, elle les aime bien. Et quand je dis ça, je ne pense pas à des relations fraternelles.

- Vous croyez qu’elle couche avec une des ordonnances ?

- Au moins avec Matiz et je ne serais pas étonné qu’il la partage avec Malhary.

- C’est dégoûtant.

- Oui mais quand il s’agit de Valence et Calice, c’est toléré. Ceux de Valence ont violé ainsi nombre de fille de Calice pour s’assurer une descendance puissante mais je ne pense pas qu’il s’agisse de viol dans son cas. Elle est consentante et nous l’a bien fait savoir en précisant que nous n’étions pas dans le même camp.

- Alors que cette catin qui n’a jamais fait preuve de la moindre compassion vienne nous faire croire qu’elle se préoccupe du sort d’un adolescent, je trouve ça étrange. Je suis sur que c’est du bluff, elle veut qu’on le retrouve pour ensuite mettre la main dessus.

- Oui. Sans doute, pourtant, elle avait l’air vraiment sincère. Là ou elle s’est trahie, c’est quand elle a refusé d’emporter le communicateur prétextant qu’elle ne pouvait rien emporter par téléportation.

- Pourquoi ?

- Elle peut emmener des objets, ne fut ce que les vêtements qu’elle porte.

- Heu, là patron, je n’en suis pas sûr. J’ai comme qui dirait touché sa manche par inadvertance et ce n’est que du vent. Enfin, je veux dire que je crois que sa robe n’est qu’une illusion holographique. Elle a une plaquette sur l’épaule et vu comment elle tient, je ne serais pas étonné qu’elle soit greffée et sans doute est ce la source du champ de force qui produit ses vêtements. C’est ce que je disais à Thymothe, je suis presque sûr qu’elle n’avait pas de robe et après tout peut-être pas de sous vêtement non plus. » J’avais tenté de dire ça d’un ton neutre et professionnel mais j'ai bafouillé et sentis le rouge me monter aux joues.

Nanti s'est mis à rire. « Qui aurait cru que tes instincts primaires qui t’ôtent toute intelligence devant une jolie fille puissent m’être utile un jour. Allez, ne fais pas cette tête là qu’est ce que ça change pour toi qu’elle ait une robe ou pas si tu ne peux voir son corps et encore moins le toucher. Par contre, pour moi, ça veut dire beaucoup.

- Ca veut dire quoi ?

- Ca veut dire qu’elle a dit la vérité.

Voila un peu près comment s’est déroulé cet étrange entretien. Après le départ de Mélanie, Echo qui était de garde nous avait rejoint Thymothe et moi dans la grande salle. J’avais renoncé à ouvrir une nouvelle bouteille d’alcool, j’avais encore celle de la veille sur l’estomac. J’avais fait chauffé de l’eau. Tant pis pour les protestation de Nanti sur la réserve d’eau qui devait tenir jusqu'à la station F23 car il était hors de question qu’il en achète sur G564 où ils extorquaient une surtaxe inqualifiable sur l’eau potable pour les nomades.

Bref, tout en sortant un choix de diverses poudres lyophilisées pour agrémenter l’eau, j'ai raconté en détail l’entretien avec Mélanie. J'ai perçu une certaine fierté d’être à ce point le centre d’attention et de voir Echo suspendu à mon discours. J’en aurais bien rajouté mes informations étaient déjà si palpitantes que je n’en avais nul besoin. A la fin du compte rendu, je fus harcelé de questions auxquels j'ai répondu de bonnes grâces avant d’imposer une pause afin de profiter de ma boisson déjà tiède.

« Et Nanti savait que Mélanie était en contact avec Martel et n'a rien dit » a dit Echo. Moi aussi j'avais été choqué d'apprendre ce fait.

Thymothe hocha la tête avant de se décider à sortir à son tour ce qu’il avait sur le cœur. « Si sa robe n’est qu’une illusion, ne pourrait-on imaginer que ses seins le sont aussi.

- Pardon ? » a dit Echo

« Oui, réfléchis, l’hologramme pourrait tout à fait faire croire qu’elle est canon alors qu’en fait, son corps entier n’est peut-être qu’illusion. Peut-être que sous l’illusion, elle n’a pas de seins et qu’elle est grosse.

Mon esprit technique prit le dessus : « Pour les seins c’est possible mais si elle était grosse, son corps dépasserait de l’hologramme qui l’entoure.

C’est la seule chose que tu as retenu ! » Echo n'avait jamais eu les mêmes priorités que nous. C’est vrai que de nous tous, c’était le plus rangé. Je ne compte pas Nanti à coté de qui un ermite ascète pourrait paraître débauché, mais Echo n’est pas un nomade dans le sang. Il a une femme même si elle n’a jamais voulu le suivre préférant son petit boulot de sédentaire et même une gamine qu’il voit une fois l’an tout au plus.

Pour autant, c’était un homme et il devait comprendre la portée de la chose. Au cas ou, je répétai : « elle était toute nue !

- Non, moi, ce n’est pas ça qui me fait flipper » reprit Thymothe « mais il y a des règles à suivre. Les méchants sont moches, les gentils sont beaux. C’est ainsi qu’on si retrouve. On ne peut pas trouver une ordure attirante et j’ai beau savoir que comme ordure, elle est hyper excitante.

- Maître Nanti pense qu’elle a une relation avec l’ordonnance Matiz. »

Thymothe rejeta sa tête en arrière : « ça m’excite encore plus.

- Et tu dis que Nanti aurait travaillé pour Valence ?» a lancé Echo tentant de remonter le niveau.

« Oui et haut placé en plus. Il aurait fait partie de ces profilers sensés pouvoir tenir tête aux sorciers.

- Ca expliquerait pourquoi on ne peut jamais rien lui cacher » maugréa Thymothe. « Ces gars sont entraînés à outrance pour mobiliser leurs cinq sens au maximum. Aucun indice ne leur échappe.

- Mais le coup de la robe hologramme, c’est moi qui l’ai repéré ». Je n’avais pas pu m’empêcher de remettre ça sur le tapis.

Echo me coupa « Et à ton avis, Mélanie va nous aider à trouver Martel ? »

Thymothe se mit à rire « Si elle nous aide, ce sera sans doute pour mieux le tuer ensuite. Il parait qu’elle excelle dans l’art de la torture. Un Sylphide a plus de sentiment qu’elle. »

Echo reprit sans se préoccuper de Thymothe « Et pourquoi elle s'intéresserait à Martel ?

- Je ne sais pas mais apparemment ils se connaissaient. Je ne comprends pas qu'il n'en ait pas parlé. On discutait de tout avec le gamin.

- Ne sois pas naïf, il nous a toujours caché son identité et sans doute bien d’autres choses. »

Thymothe surenchérit « peut-être qu’il espionnait pour le compte de Valence. Après tout si Nanti est profiler ils devaient vouloir le garder à l’œil. Sans doute Mélanie venait-elle pour récupérer ses rapports sur nous. »

J’en revenais pas de l’entendre parler ainsi de notre Martel. » Ca va pas la tête ? C’est de notre Martel qu’on parle. »

Echo me déçut lui aussi. « Non, on parle d’un Sorcier de Calice et peut-être de mèche à un assassin de la pires espèce sous les ordres de Valence.

- Et la magie, c’est mauvais » surenchérit Thymothe tandis que Echo acquiesçait.

« Mais Martel n’est pas un sorcier.

- Peut-être mais il pourrait l’être, c’est déjà trop.

- Hou, hou, retour à la réalité, on vit grâce à la magie.

- Les arnaques de Marvin, c’est pas comparable.

- Et Maelie ! C’est pas un petit modèle niveau sorcellerie, pourtant elle fait partie de l’équipe et on l’aime bien ».

Les deux compères se regardèrent. Qu’est ce qu’ils allaient encore me sortir ? C’est Thymothe qui mit les pieds dans le plat. « Justement, en voila un bon exemple, tu ne vas pas me dire que Maelie est un modèle de douceur et de bonté. Elle a failli m’étriper plus d’une fois et depuis qu’elle est là, quand les projecteurs principaux sont éteints, je vois roder des ombres. »

Mais c’est pas vrai, je cherchais un soutien auprès d’Echo. « Tu ne vas pas me dire que tu cautionnes ces foutaises de paranoïaques !

- Qu’est ce que tu veux que je dise ? Que Maelie est une gentille poupée ? Elle est dangereuse et imprévisible comme tous les Sorciers ».

Lui, il se tapait encore sa petite rancune sur le jour où elle l’avait enfermé dans une sorte de grillage d’ombres enflammés. Ils se disputaient à propos de broutilles et elle avait pris la mouche. C’est vrai qu’elle pouvait être légèrement susceptible mais pas de quoi en faire un plat.

« Moi, je ne bosse pas avec Mélanie » lança Thymothe. « Jamais » insista-t-il.

« Tu laisserais Martel ?

- Soit il est mort, soit il est passé à l’ennemi. On ne peut plus rien faire pour lui et je ne risquerais pas ma vie pour un sorcier potentiel.

- Passé à l’ennemi ! C’est quoi cette idée ?

- Après tout, qui nous dit que ce n’est pas une mise en scène. Se faire passer pour mort pour retrouver tranquillement ses petits copains de Valence ? »

Mais on tombait dans le délire ici « Echo, tu ne vas pas me dire que tu cautionnes de telles inepties ? »

Il eut au moins la décence de paraître gêné. « Il doit pouvoir se débrouiller.

Je suis parti, sans même répliquer quoi que se soit. La trahison a un goût amer dit-on. Je n’ai rien senti comme goût mais je l’avais en travers.

vendredi 1 février 2008

Chapitre 26

26

11/09/3023 Datation légale de Valence.

02H21 / 24 : horaire du vaisseau potentiellement innocente

« Maître Nanti ! » Je pensais le trouver endormi, la nuit était bien avancée et si j’avais pu, moi, j’aurais été en train de dormir. Mais j’étais de garde au poste de pilotage et je passais le temps en crachant mes poumons. J’avais attrapé la crève du siècle chez mon frère. Faut dire, c’est une station de rapias dont la politique est de dire que le chauffage, c’est du gaspillage d’énergie et que leur soleil suffit. Bref, quand j’ai ouvert la porte de chez Nanti, une vraie porte en titane, il était habillé et n’avait pas l’air d’un homme qu’on venait de réveiller. Juste une ride de contrariété qui disait que je le dérangeais. Alors que moi, j’avais l’air du mec bien endormi.

« Un appel de l’Impérium. » que je lui ai dit. Car le vaisseau m’avait réveillé, enfin je ne dormais pas, j’étais à mon poste. Bref, je venais de recevoir un message de l’impérium venant du réseau prioritaire. C’était la nouvelle du siècle. Nanti haussa un sourcil et hocha la tête.

« Transmets » a-t-il dit

J’avais déjà essayé mais le récepteur de ses quartiers avait encore lâché. Je le lui ai expliqué mais il m’a claqué la porte au nez en me disant de réessayer. Je suis remonté à la salle des commandes, j’ai récupéré l’appel, me suis excusé pour l’attente et j’ai dis à mon interlocuteur que je passai le message. J’ai recommencé la transmission et j’ai entendu la voix du patron. J’ai lutté de toutes mes forces contre ma curiosité et j’ai réussi à couper l’interphone de moi-même avant que le vaisseau ne le fasse. Si je l’avais laissé, le patron le saurait et j’en prendrais plein la tête. A la place, je me concentrai sur le pilotage. Je n’avais objectivement rien à faire sinon rester là durant mon tour de garde. Si j’avais encore mon amulette de chance de Marvin, je m’en serai servie pour demander que Nanti vienne me faire un compte rendu de son entretien téléphonique, mais je l’avais perdue au jeu. Je devrais demander à Maelie de m’en concocter une autre. Comment n’y avais-je pas pensé plus tôt ? La réponse était évidente, je ne croyais pas en ses foutaises. Même Marvin avait avoué qu’il n’y avait aucune magie qui influait la chance. Mais ces temps-ci, à force de baigner dans le surnaturel, j’en finis par perdre ma rationalité. Pas bon ça. Cette situation était trop stressante, ma curiosité me rendait malade. Aucun danger en vue, une petite balade ne prêtera pas à conséquence et il me semble important de mettre les autres au courant de la situation et je devais me déplacer jusqu’à leurs quartiers, parce que, par l’interphone, je n’aurais pas le plaisir de voir leurs têtes quand je leur annoncerai que le patron a une communication directe avec l’Impérium.

Je frappai contre le champ de force des quartiers de Thymothe, juste histoire de le réveiller pour voir. Mon bras passa à travers et déstabilisé et entraîné par mon poids, je le traversai tout entier pour m’écraser de l’autre coté, ma chute heureusement amortie par un pouf bien placé. Thymothe et Echo me regardèrent, chacun un paquet de carte à la main. « T’es pas bien toi !» commenta Thymothe.

En effet oui. Je n’étais pas bien et j’avais un peu la haine en voyant qu’alors que moi, je montai la garde, seul et malade, mes deux équipiers, plutôt que de dormir, se payaient du bon temps. Pour jouer, ils auraient très bien pu le faire en haut en montant la garde tandis que moi, j’aurais pu dormir.

Je ravalai mes réprimandes, ils avaient le droit de passer leur temps libres comme bon leur semblait. Juste, ils auraient pu avoir pitié de moi. Je toussai un bon coup pour me faire plaindre.

« Oui, ca va pas mieux » lança Echo d’un ton de fausse pitié.

« Je vais crever » que je lui dis. C’était un peu mélodramatique mais j’avais déjà vérifié sur le réseau de la station où je pourrais avoir une injection et étudier mon compte pour vérifier si je pourrais me la payer et j’avais conclu de mes recherches que je pourrais me faire soigner n’importe où mais que je n’avais pas les moyens. Le traitement rapide et efficace était hors de prix. Parait qu’à une époque reculée, on avait lancé la mode des soins gratuits. Faudrait proposer ça à Valence, le concept leur plairait de payer les soins à tous plutôt que de bouffer nos taxes à nous rendre malade.

« J’ai des trucs contre la fièvre » dit Thymothe.

- Merci, j’ai déjà pris.

- Et ?

- Et, j’ai transpiré à me liquéfier, puis j’ai eu chaud, puis froid, puis ça a été mieux, puis ça a recommencé. Grand-père m’a donné des médicaments. Il m’a assuré que dans une semaine je serai sur pied. Dire que si j’avais du fric, en une demi-heure je pourrais être guéri. Il n’y a pas de justice.

- Tu ne devrais pas être de surveillance en haut ? » Dit Echo

M’aurait-il proposé de me remplacer ? Aurait-il compati à ma douleur ? Que dalle.

« J’y retourne. Je suis juste descendu prévenir Nanti car il avait un appel de l’Impérium. »

Tout d’un coup, j’avais capté l’attention des deux compères bien plus qu’avec mon agonie.

« Un appel de l’Impérium ! De qui ? Pourquoi ?

- Je dois rejoindre mon poste. » Je traversais le champ de force comme s’il n’existait pas. Je n’entendis pas d’autres questions. Sans doute avaient-ils branché l’isolation phonique. En tout cas, je n’avais pas fait deux pas en traînant et toussé encore cinq fois qu’ils étaient sur mes talons. « Raconte ? » disait Thymothe. Je laissai le petit monde bavant de curiosité à ma traîne jusqu’au poste de pilotage et installé dans un fauteuil, je me décidai à faire le compte rendu. Je les aurais bien laissé patienter mais les entendre me harceler de questions accentuait mon mal de crâne.

« Donc, j’étais à mon poste et je frissonnai sous le coup d’une poussée fébrile.

- Abrège” dit Thymothe.

Aucune compassion celui-là. « Et un message est apparu précisant que le Vaisseau Impérium de la flotte de Valence souhaitait parler au commandant du potentiellement Innocente.

- Et ?

- Alors, j’ai essayé de le transmettre à Nanti mais ça ne marchait pas. Le vaisseau m’a dit qu’il avait débranché ses hauts parleurs

- Et alors ?

- Alors, je suis descendu prévenir Nanti.

- Et ?

- Et il a rebranché le serveur. Alors, il a dis de transmettre l’appel et m’a dit élégamment de foutre le camp.

- Et ?

- Et voila, je suis passé vous voir. Je comptais frapper doucement aux quartiers de Thymothe pour voir s’il dormait mais vu qu’il avait mis champ de force au minimum je suis passé au travers.

- Consigne d’économie d’énergie » expliqua Thymothe.

« Et c’est tout ! » s’exclama Echo.

Ben oui, c’était tout, jamais je n’avais dit qu’il y avait quelque chose de palpitant. Pourtant, je crus bon de me justifier. « Si on analyse la teneur du message, c’est quand même intéressant. D’abords, ils ont répondu et au bout d’à peine cinq jours et puis dans la formulation, ils parlent de souhaits. Ils souhaitent parler au commandant. Ils auraient pu dire : j’exige ou je veux. Non, ils modulent leur réponse.

- C’est qui ils ?

- Comment ça ?

- Le message ! C’était qui ?

- J’en sais rien, c’était juste marqué l’Impérium. Le vaisseau a refusé l’accès à l’identité ». Faut vraiment que je bricole cette machine.

« Bref, tu ne sais rien. »

Là, mon orgueil était piqué au vif d’autant plus que Thymothe avait raison mais ça, je ne pouvais décemment pas l’avouer.

« Le fait qu’il n’y ait pas de nom, c’est aussi un indice. Peut-être le correspondant ne voulait-il pas qu’on sache son identité. Il faudrait se demander pourquoi il voulait se dissimuler ainsi. Sans doute voulait-il rester anonyme mais pourquoi ? »

Je tournai en rond là.

« Peut-être juste que tu n’as aucune info. » Thymothe se détourna et se laissa tomber dans le puit. Echo était resté mais je ne le sentais pas prêt à avoir pitié.

« Maelie est réveillé ? » me demanda-t-il.

Parce que non seulement je devais me taper la garde mais en plus la surveillance de Maelie ! Quand grand-père avait examiné Maelie il avait failli faire demi tour. Il l’a examiné et m’a rappelé cinq minutes après. « Mérino, c’est quoi ce monstre ? » a-t-il dit en désignant l’implant de Maelie.

« Je ne suis pas un monstre » s’est-elle récriée. Ca a failli mal tourner, Nanti est arrivé, il m’a dit de sortir ensuite il m’a retrouvé 10 minutes après et m’a dit que le grand-père allait le faire. J’ignore comment il l’a convaincu. Sans doute un supplément financier, avec grand père c'est les vases communicant : plus l'argent augmente plus la morale diminue. Peut-être Maelie pourra-t-elle m’en dire plus à son réveil.

D’ailleurs, a ce propos : « vaisseau, Maelie est-elle réveillée ? »

C’était une chirurgie mineure, mais on n'est jamais trop prudent, j’avais fait relier ses fonctions vitales au vaisseau. « Ondes cérébrales en phase REM. »

Ca voulait dire que le bébé faisait de jolis rêves. Si c’est pas mignon ça.

J’éternuai, me refis une aspiration pour me vider le nez puis me laissai aller sur mon siège pour poursuivre mon agonie, Echo était parti pendant mon compte rendu, à croire que ça ne l’intéressait pas

« Tu as juste attrapé froid Mérino, pas de quoi faire de telles démonstrations ».

Je poussai un cri de surprise. Pourquoi Nanti arrivait-il toujours par derrière sans prévenir.

« Tu es de garde Mérino, tu ne devrais pas te laisser surprendre.

- Oui Patron ». Je ne pus cependant pas m’empêcher d’ajouter : « D’un autre coté, je surveille surtout l’extérieur. J’imagine mal quel danger pourrait venir de l’intérieur du vaisseau. A moins que Thymothe nous fasse une nouvelle crise de somnambulisme ». Un jour, à jouer les somnambules, il avait tenté, en dormant, d’ouvrir le sas. Pas de quoi s’inquiéter, les systèmes de sécurités sont tels que jamais le sas ne s’ouvrirait sur le vide mais le vaisseau a ameuté tout le monde. Se faire réveiller en état d’alerte maximale pour trouver Thymothe à poil, c’est quelque chose.

« Alors tu manques d’imagination Mérino. »

Ne jamais contredire Nanti. Chercher plutôt un moyen de satisfaire ma curiosité. J’expérimentai une phrase dans ma tête : Alors Patron, cet appel de l’Impérium ? C’était foireux comme approche.

« Ou sommes nous ? » demanda le patron

Je lui envoyais à hauteur de regard un hologramme remplit de chiffres. Echo savait mettre des mots sur ce genre d’abstraction, moi, je ne voyais que des coordonnées.

« Bien » dit-il. « Trouve moi la position de la flotte de Valence. »

Je me mordis la lèvre pour ne pas lui demander des précisions et demandai à l’ordinateur de sortir les informations demandées, que j’affichai à coté des nôtres.

« Bien », dit-il encore. « Tu m’alignes ça. »

Je craquai. « Vous voulez dire qu’on va sur l’Impérium ?

- Quel brillant esprit déductif Mérino. Et tu vas m’accélérer ça, nous devons y être dans six jours. »

Je restai la bouche ouverte, secouai la tête et repris : « grand-père a émis l’hypothèse pas stupide que si Valence avait enlevé Martel, ils ne le garderaient pas sur leur vaisseau d’autant plus qu’ils pouvaient se téléporter n’importe où. »

Nanti me rabroua : « Tu me l'as déjà dit.

Ok, bon ben destination suicide alors pensai-je en entrant les coordonnées. Après tout, on commence à avoir l'habitude.

jeudi 31 janvier 2008

Chapitre 25

25

06/09/3023 Datation légale de Valence.

8 H / 24 : horaire du vaisseau potentiellement innocente

Je revins avec Maelie le lendemain. Grand père n'avait pas dit oui mais il n'avait pas dit non par contre j’avais eu droit à un sermon sur l’honnêteté et le respect des lois. Je trouvais l'unique pièce de son appartement envahi par une demi douzaine de gosses entre huit et treize ans à vu de nez. J'en interpellais un au passage et lui demandais où se trouvait le proprio de cette garderie. Je reçus le regard mauvais typique du préado. Désolé d'appeler les choses par leur nom. « Il est sorti » me dit-il.

Ca, j'aurai pu le deviner seul. Je renonçais à demander des informations supplémentaires à ce pauvre gars. A voir les mouvements totalement désordonnés de ses yeux et l'immobilité du reste de son corps ce petit looseurs était parti dans un trip de réalité virtuelle. Il n'était pas le seul deux autres gars affalés sur un canapé étaient dans le même état et les trois autres discutaient avec … Maelie. Pas bon ça, faut pas qu'elle côtoie cette graine de racaille, elle risquait d'incendier la baraque. Vu son sourire c'était pire, ces garçons risquaient de lui donner de mauvaises idées. Je m'avançai pour jouer les chaperons quand grand-père entra. Il marmonna quelque chose trop bas pour que je puisse l'entendre et me dépassa pour poser deux paquets sur l'unique table.

« Tu t'occupes toujours des pauvres bons à rien ?

- Ce ne sont pas des bons à rien, ce sont des petits gars qui n'ont pas reçu assez de corrections de leurs parents. »

Je connaissais la rengaine moi aussi j'avais fait parti de sa clique de pauvre gars en manque de fessées même si de mes souvenirs jamais il n'a porté la main sur moi ni sur aucun des enfants qu'on lui confiait.

Il me désigna Maelie du menton. « Qu'est-ce qu'elle vient pervertir mes garçons celle-là ?

- C'est la fille dont je t'ai parlé pour l'implant.

- Non, » dit-il « tu m'as parlée d'une personne par d'une gamine. Elle est trop jeune pour supporter un implant. »

Je me retins de sourire si elle avait survécu à un implant psychique de belle taille, un communicateur ne lui ferait aucun effet.

Grand père leva le doigt, prémisse d'un nouveau sermon. Et j'en eu droit.

« Mérino, dans quoi t'es tu encore fourré ? Pourquoi n'as-tu rien appris de mes règles morales, te rends tu comptes que ce n'est qu'une petite fille, jamais je ne cautionnerai une telle boucherie ».

Enfin, je résume de ce que je me rappelle à moitié assoupi que j'étais par le ronronnement de son discours car j’avais été obligé de laisser mon drone dehors. Le grand père a un écran magnétique pour se protéger des espions mécaniques. Allez savoir pourquoi il aurait besoin de ça, lui si droit et honnête.

Nanti m'avait donné comme consigne : « tu fais tout ce que tu peux et en cas d’échec, tu passes au plan B »

J'estimai que j'avais fait mon possible et subir son monologue plus longtemps aurait été au dessus de mes forces.

Je sortis la puce magnétique aimantée accrochée à mon bracelet et sans un mot je la plaquai sur l'agrafe métallique de l'implant frontal de grand père et lui laissai le temps d'admirer la somme qui pourrait être créditée sur son compte.

Ca lui avait coupé le sifflet là.

« Et il y a une prime pour que je me taise ?

Et voila, nous avions atteint les limites de la morale de grand-père.

« Grand-père, c'est moi tout de même. Tu ne dénoncerais pas ta propre famille !»

Je le sentis hésiter. Quand il y avait du pognon en jeu, il n'avait plus de famille, plus de morale, et le grand père avait revêtu son costume d'homme d'affaire véreux avec lequel il avait fait fortune.

« Bon ça va » finit-il par dire. « Mais c'est mal. »

A quand même, c'était rassurant.

Chapitre 24

24

05/09/3023 Datation légale de Valence.

12H / 24 : horaire du vaisseau potentiellement innocente

Nanti m’a donné ma journée, pour profiter de ma famille a-t-il dit. Je lui ai dit que ma priorité était Martel et c’est à peine s’il ne m’a pas botté le cul pour me faire sortir mais en me précisant que son communicateur ne servirait à rien si on ne trouvait pas quelqu’un pour l’implanter discrètement. L’allusion était claire, mon grand-père était chirurgien et Nanti le savait. Quand il dit profiter de la famille, c’est du littéral. J’avais à peine dormi mais à la façon dont le patron m'avait réveillé pour me dire qu'il me laissait ma journée, j'en avais facilement déduit que je n'étais pas non plus libre d'en profiter pour récupérer de ma nuit trop courte aussi, après un rapide décrassage, je suis sorti voir mon grand père. J’ai d’abord fait quelques emplettes, on n'arrive pas chez grand père les mains vides pour lui demander un service. Ensuite, l’heure tournant, je suis passé de l’autre coté de la station où la soirée était déjà bien avancé. C’était un peu tard pour les visites mais je n’avais que quelques heures aussi je me suis hâté vers un bâtiment d’espaces privatifs. Mon grand-père habitait là. Enfin, grand-père, c’est ainsi qu’on l’appelle mais nous n’avons aucun lien de parenté. Il s’agit d’un brave richard qui a recueilli ma grand-mère quand, sentant les conflits approcher quand Valence a eu la prétention de s’approprier le système en commençant par les planètes, elle a fui le joyau vert avec un petit sac, un aller simple pour n’importe où et mon père vagissant sous le bras et quand ma mère a déménagé avec mon frère sur cette station toute neuve, il a suivi. Pour nous avoir à l’œil a-t-il dit.

J’ai été accueilli avec tous les égards :

« Mérino, je sens que tu prépares un mauvais coup.

- Mais non grand-père.

- Quelqu’un qui vient si tard prépare forcement un mauvais coup. » L’accueil n’était pas à proprement parlé chaleureux mais le vieil homme avait toujours eu cet attitude bourrue et j’avais même appris à l’apprécier. Pas étonnant après que je me retrouve avec Nanti. Nanti est le même modèle que Grand-père avec 150 ans de moins.

« Pas évident de gérer, le décalage horaire d’une demi journée en une minute de puit anti gravité. Le tout en prenant aussi en compte l’horaire du potentiellement innocente. Sur le vaisseau il est 12h30.

- Mauvaise excuse. »

Toute façon, quand il avait une idée en tête celui-là. Les mauvais coups, il les flairait. C’est qu’il s’y connaît en mauvais coup, il a 212 ans sur les fiches d’identité et en parait même pas 80 et ça, ce ne sont pas des traitements qu’on peut s’offrir avec un travail honnête. Lui demander ses services n’allait pas être commode. Je commençais par mon petit cadeau. Souvenir de mes voyages que je lui dis.

« Ben tiens, tu as trouvé ça de l'autre coté de la station je parie. Qu'est ce qu'il y a, tu as un service à me demander ou quoi ? »

C'est que c'était de la vieille graine qui avait vécu le vieux. Du genre qu'on ne dupe pas facilement. « Es-tu déjà allé sur la belle d’été grand-père ?

- Je suis allé partout du temps où nous étions libre de le faire. C'est sale, c'est froid et humide. Moi, je suis fier d’être parti non pas parce qu’on m’a mis dehors mais parce que je le voulais. Mais c’était une autre époque, quand les stations étaient peuplées par des gars qui en voulaient, des explorateurs, des scientifiques, des pionniers de l’espace. Maintenant, tout est surpeuplés, prit d’assaut par les frustrés jetés hors de leur monde par Valence.

- Oui grand père.

- Moi, j’en ai vu des choses. Je suis né à une époque où on ne s'emmerdait pas à chercher des problèmes dans d'autres réalités. J’ai connu les premières IA, le développement des IA supérieures et leur destruction car les hommes sont trop arrogant pour pouvoir supporter l’idée que leurs créations dépassent les potentiels humains. Crois-moi, si on avait laissé ces choses mettre de l’ordre, on n’en serait pas là. Mais non, on a mis au rebus des merveilles de technologie par mesure de sécurité alors que d’un autre coté on laissait entrer des choses pernicieuses venues de mondes qui n’obéissent même pas aux règles élémentaires et honnête de nos sciences. Moi, je dis toujours, ce n’est pas Valence qui dirigent mais des entités démoniaques qui ont pris pouvoir de leurs esprits. »

- Mais oui grand-père. » C’était pas le moment de parler de nos projets mais je n’aurais pas d’autres occasions.

« Tu te souviens de Martel ?

- Le petit gars que tu as emmené à ton dernier passage ?

- Oui. Il s’est fait enlever.

- Par qui ? »

Je décidai de rester évasif : « des mecs de Valence sans doute.

- Dans ce cas, oublies le.

- Grand père comment peux-tu dire ça ! Il était avec nous depuis 10 ans.

- Et alors, vous n’allez pas entrer en guerre contre Valence ? Il y a des façons plus agréables de mourir. Crois en ma longue expérience, pour vivre vieux, faut pas se faire remarquer. En plus, ce petit gars, il me semblait louche et le fait que Valence s’y intéresse confirme mes soupçons.

- Quels soupçons ?

- Mes soupçons comme quoi il était louche. »

Je levais les yeux au plafond. On ne pourrait rien en tirer. « Nous allons aller sur l’Impérium. Nous voulons tenter de le récupérer.

- C’est stupide ». Pas un haussement de voix, ni la moindre trace de réprimande, juste une simple constatation. Je ne pouvais pas le contredire, je pensais la même chose alors je répétais les paroles de Nanti : « Le potentiellement Innocente n’abandonne pas ses hommes.

- J'ai pas dit que c'était stupide de le chercher, quoique ça l'est, c’est stupide de le chercher sur l’Impérium. La flotte entière est une représentation publique, une façade de luxe, de rêves et de volupté. Leurs saloperies, ils les font dans des endroits plus discrets ».

Ce vieux bon à rien allait peut être m’être utile au fond. « Où ça grand-père ?

Il haussa les épaules. « Dans leurs pieds à terre. Tu as la station B5 qui est reconnue pour ses expériences douteuses financées par Valence, la planète artificielle : ce machin toujours prêt à exploser qui est dirigée par un sorcier télépathe, tu as aussi cette île du joyaux vert ? Comment s’appelle-t-elle déjà ? Ca va me revenir, et puis ils ont aussi des terres sur la belle d’été, quoique ce coin a été bombardé à la fin de la guerre mais je me demande s’ils n'ont pas repris reconstruit et ils ont aussi une autre concession sur l’immortelle. Pratique les planètes pour préparer des mauvais coups, ils sont sûrs d’y être tranquille. De grands espaces vierges, des barrières d’approches infranchissables.

- Tu ne me remontes pas le moral ». Pourquoi avais-je pensé que Martel ne pouvait être que sur l’Impérium ? Voila que notre cercle de recherche s’agrandissait au système entier voire à la galaxie ou même à l’univers et pourquoi pas aussi à ces autres réalités d’où les sorciers tiraient leurs pouvoirs. Cela dit, Nanti m’avait chargé d’une mission et j’allais tenter de la mener à bien. Je me jetai dans le vide « Grand père, pourrais-je te demander un service ?

- J’en étais sur ! Je savais que tu avais besoin de moi, les visites de courtoisie, tu ne connais pas ».

Il était fier d’avoir raison. J’en profitai pour le flatter « rien ne t’échappe jamais, j’aurais besoin de tes talents de chirurgien. »

Il s’appuya sur le dossier de son fauteuil avant de répondre : « il y a bien longtemps que je ne pratique plus, je suis trop vieux. »

Même pas vrai, je savais pertinemment qu’il pratiquait encore et se faisait même payer une fortune en sous main pour certaines pratiques chirurgicales douteuses. « Il s’agit d’un implant, assez banal en fait. Un simple communicateur. Tout à fait dans tes cordes. Tu seras assisté par le potentiellement innocente. Il a un bon millier d’opération à son actif. Aucun risque ».

Il fronça les sourcils au point que ses yeux ne devinrent que deux fentes.

« Et je suppose que c’est un implant non répertorié ?

- Un simple communicateur, c’est encore une idée stupide de Valence de faire répertorier le moindre implant, personne ne le fait.

- Oui, mais c’est la loi. »

Comment il nous la joue en mec honnête, l’hypocrite.

« A vrai dire, on ne peut référencer l’implant car on veut le placer sur quelqu’un qui lui-même n’est pas référencé. Enfin elle-même car c’est une fille.

- Mérino, Mérino, Soupir, mais que fais-tu ?

- Je survis comme tout le monde.

- Ouhai ben pas pour longtemps si tu continues ainsi.

Chapitre 23

23

05/09/3023 Datation légale de Valence.

05H24 / 24 : horaire du vaisseau potentiellement innocente

J’ai retrouvé Cristal facilement, elle avait repris son ancien poste et j’ai passé la soirée à admirer sa prestation. Elle dansait sur un bar avec un simple string doré et la vue était toujours aussi belle.

Je lui ai offert un verre après le spectacle et j’ai tenté de savoir par des questions détournées si il serait possible de fêter nos retrouvailles dignement parce qu’elle avait l’air sincèrement heureuse de me voir mais elle m'a dit qu’elle s’était mariée l’année dernière. Elle était très amoureuse et songeait à faire un enfant. Vie cruelle.

Je lui demandai au sujet de l’impérium mais elle se méfia.

« Qu’est ce que tu comptes faire ?

- T’inquiète. C’est juste qu’on aura peut-être l’opportunité d’y aller mais, on préfère se méfier enfin tu sais, qui n’a pas quelque chose à cacher aujourd’hui ? »

Elle parut rassurée et se lança dans un descriptif de fouilles et scanne en tout genre.

« Détecteurs psychiques aussi ? »

Elle fronça les sourcils. « Depuis quand t’occupes-tu de sorcellerie ?

- Non, c’est juste pour savoir. »

Je suis prêt à parier qu’elle n’était pas dupe mais répondit tout de même. « A l’entrée du vaisseau juste pour éviter les dissimulateurs. Ensuite des plus précis dans chaque administration. Ils sont reliés à l’IA leur rôle ne consistent pas à bloquer les sorciers, juste à les répertorier

- Précis comment ?

- Très précis, même moi je me suis fait contrôler.

- toi t’es Shaman ?

- Oui et non. Elle passa sa main dans les cheveux pour dévoiler un minuscule implant. Pas de quoi gagner ma vie avec ça mais c'était il y a quelques années, on était dans la dèche intégrale et mon père n'a pas trouvé d'autres conneries à faire qu'à s'endetter d'avantage pour un implant et comme il était trop lâche pour se le faire poser c'est sur moi que c'est retombé. Il m'a fait poser ce truc, j'ai failli en mourir car je n'ai pas les capacités pour le supporter et pour rien car il s'est fait arnaquer, il est trop petit pour être réellement utile à autre chose qu'à me donner des visions de cauchemars ».

J'amorçai un semblant de grimace "dur"

- Ouhai, et depuis je fais du striptease pour rembourser l'emprunt sur cet implant alors tu imagines, la magie, je me méfie. Du peu que j'ai pu en voir ouvrir des portes sur les autres réalités, c’est malsain. Il y a rien de bons qui sort de là-bas et il vaut mieux en rester éloigné. On dit que c’est par des portes laissées ouvertes par les sorciers de Calice que sont venus les Sylphides.Tu saisis Mérino ? » Insista-t-elle.

Je lui ai dit que j’avais saisi. On disait beaucoup de chose et je serais bien incapable de démêler le vrai du faux mais sur le fond, j’étais d’accord avec elle et j'avais même honte d'avoir tant baver devant son spectacle. La vie est moche quand même.

Je fis mon compte rendu à Nanti dès mon retour sur le potentiellement innocente. J’aurai bien dormi un peu avant et cuvé aussi mais le patron ne m’en laissa pas le loisir. Je n’avais pas posé un pied sur le vaisseau qu’il m’avait déjà repéré et alors que j’atteignais mes quartiers, il m’ordonna de faire un détour par la salle de réunion. La salle de réunion, c'est la salle commune qui est rebaptisée ainsi quand le patron veut nous parler.

J’étais obligé de soutenir ma tête de mes mains pour éviter de tomber endormi mais je répétai ce que m’avait dit Cristal. Des détecteurs à l’entrée et des contrôles dans certains lieux. Par contre des surveillances humaines des lieux stratégiques. Nanti Tiqua. Il avait espéré qu’il n’y ait aucun détecteur et que Maelie puisse entrer tout aussi discrètement sur l’Impérium qu’elle avait pu faire sur le vaisseau Village. Je terminai mon compte rendu

« Le palais est évidemment très surveillé.

Elle n’a pas pu me donner de précisions, elle n’a jamais pu y entrer. Elle n’a pas pu me dire non plus s’il y avait des détecteurs d’implants. »

Nanti secoua la tête : « impossible il doit y avoir au moins neuf dixième des résidents et visiteurs du palais qui ont des implants de hauts niveaux, que se soit communicateurs, réseaux, renforcement musculaire, ou n’importe quel gadget en tout genre. »

Un autre monde pensais-je. Je rappelai aussi à Nanti que depuis deux ans, les procédures avaient pu changer surtout que le chef de la sécurité avait changé et que la Bérangère était plus laxiste que l'ordonnance Malhari où Mélanie.

Il avoua qu’en effet le risque existait mais qu’on devrait faire avec.

« Dans tous les cas, Maelie n’entrera pas sur l’impérium aussi facilement que sur le vaisseau Village.

- En effet, elle devra être annoncée. Après, si vraiment leur politique est de ne faire aucune ségrégation envers les sorciers et au contraire de les accueillir, elle devrait passer.

- Valence dirige aussi les planètes et les sorciers ont besoin d’un visa spécial pour s’y rendre peut être cette procédure est-elle de mise sur l’Impérium ?

- Ce sont les seigneurs planétaires qui ont imposé ça, Valence le tolère mais l’Impérium n’a pas les mêmes règles ».

Voilà qu’on parlait comme si on allait se poser demain sur l’Impérium. Fallait peut-être se calmer sur ce coup là.

jeudi 13 décembre 2007

Chapitre 22

22

04/09/3023 Datation légale de Valence.

22H / 24 : horaire du vaisseau potentiellement innocente

Les choses vont vite. Le patron a un plan. Comme à son habitude, il ne nous en a pas parlé mais dès le lendemain, nous nous sommes arrimées à la station V45. Une des dernières stations entièrement conçues par des intelligences artificielles. Un vrai décor de cinéma tant c’est propre et dessiné au cordeau. Un rectangle d’à peine 3 km de long sur 500 m de large. Une grande esplanade centrale entourée d’immeubles de verres fumés qui brillent face à un petit soleil rouge orangé. Un système de gravité centrale lui permet de présenter deux faces, totalement identiques, avec la même esplanade et des immeubles semblables des deux cotés. Comble du luxe, elle tourne sur elle-même pour présenter chaque face au soleil selon l’horaire déterminé par l'IA. Quand tu en as marre de bosser, tu prends un puit antigravité qui traverse la station et tu te retrouves dans une ambiance nocturne de fête et de jeux. Bien sur, ce n’est pas cet aspect qui intéresse Nanti. Je devinai pourquoi nous étions venu ici. Ma famille habitait cette station depuis une dizaine d’années. Mon frère tenait un magasin de pièces détachées. Ses affaires marchaient pas mal. Du moins, son commerce frisait la faillite comme tout le monde mais son marché parallèle de vente dans des secteurs légèrement moins légaux lui permettait de subvenir aux besoins de sa petite famille. Du coup, c’était l’exemple de la famille aux yeux des parents. Alors que moi, je gagnai peut-être moins mais je trimais dur et mon travail était honnête. Ou presque. Ma mère devrait le reconnaître. Mais non, il y en avait toujours que pour mon frère qui s’occupait si bien d’eux. Et Miles ceci et Miles cela. Ma sœur et moi, nous n’étions que des bons à rien à l’entendre.

Bref, c’est la vie. Pour une fois, Nanti me donna quartier libre de suite Aussi, à peine un quart d’heure après l’arrimage du potentiellement innocente, j’entrai dans l’échoppe de mon frère. Parce que je le connaissais, je perçus le mouvement rapide de son bras derrière le comptoir. Il avait dissimulé un objet et vantait maintenant les performances d’un écran de synthèse à un client qui fit mine de s’y intéresser avec un certain talent de comédien.

Puis Miles, c’est le nom de mon frère, me reconnut et m’ouvrit les bras. Je me contentais de frapper dans ses paumes ouvertes par dessus le comptoir. Les grandes effusions, c’est bon dans l’intimité. Son client s’empressa de dire qu’il repasserait. Miles hésita, me présenta comme son frère. Une façon de dire qu’il pouvait négocier devant moi mais l’autre répéta qu’il repasserait.

« Tu m’as fait louper une vente » s’exclama mon frère. Mais son sourire démentait le sérieux de la chose. Il était heureux de me voir. Et je dois avouer, moi aussi. Bien sur, il m’horripile avec sa pseudo réussite, mais c’est mon frère et au fond, je l’aime bien. Du moins à condition de limiter nos entrevues à cinq minutes par an.

On embraya sur les questions classiques : genre calculer depuis combien de temps on ne s’était pas vu, comme si c’était important ensuite il tenta de me convaincre de m’installer chez lui tant que j’étais dans le coin et j’arrivais à refuser en disant que j’ignorais le temps que je resterai. Il n’insista pas. Au fond, il me proposait ça juste pour me rappeler qu’il ne vivait pas dans son commerce mais qu’en plus de ce local, il avait un espace privatif à lui. Et pas un simple studio mais un appartement de plusieurs chambres dont une pour notre mère.

J’en profitai pour demander des nouvelles de maman et il me dit qu’elle sera désolée de m’avoir manqué mais que, comme elle lui semblait fatiguée, il lui avait offert un petit séjour en cure de remise en forme. Il me dis aussi que ma sœur se portait bien et attendait un deuxième enfant ce qui mettait maman en joie. Il s’arrangeait pour obtenir une communication haut débit une fois par mois avec elle. Ca coûtait cher mais faisait si plaisir à mère. Tu m’étonnes qu’après maman préfère Miles à moi. Dire que il devait sans doute donner des pots de vin mirifiques pour que les yeux ne se tournent pas vers son commerce.

Il continua en détaillant toutes ses réussites de l’année et quand, enfin, il me demanda ce que je devenais, je ne pouvais plus le saquer.

« On se la joue dans la sorcellerie » dis-je négligemment histoire de faire mon petit effet.

« Ha dit-il d’un ton dédaigneux. Toujours à faire les livraisons de cet escroc de Marvin ».

Comment osait-il traiter Marvin d’escroc avec ce ton dédaigneux comme si lui n’était pas un vulgaire escroc !

« Oui, enfin, maintenant, nous avons notre propre Sorcière dissimulatrice et créatrice d’ombre. Mais nous avons aussi joué avec la téléportation et ça nous pose quelques problèmes avec Valence ainsi qu'avec le peuple Sylphide ».

J’eus la satisfaction de voir mon frère blêmir puis il prit un air de compassion écœurant avant de répliquer « ho, Mérino qu’as-tu encore fait ? »

Comme si c’était de ma faute. Aucune envie qu’il me fasse la morale celui-là « Nanti va sans doute passer t’acheter deux ou trois trucs.

Mon frère reprit aussitôt le sens des affaires « De quoi a-t-il besoin ?

A vrai dire, il ne me l’a pas dit mais j’imagine que si il est venu ici et m’a proposé d’aller embrasser ma famille c’est qu’il avait à te demander quelque chose.

Miles secoua la tête. « Comment supportes-tu de vivre ainsi. Nanti te traite comme un esclave. Trouves-tu normal qu’il ne te confie même pas ce dont il a besoin ? N’a-t-il pas confiance en toi après tout ce temps ? »

Tu veux ma main dans ta gueule pensais-je. Il jouait au preux grand frère mais uniquement pour me rabaisser, c’était évident. J’avais envie de lui faire avaler sa condescendance, c’est juste que je ne voyais pas comment.

Il continua en disant qu’il pourrait me trouver une place dans sa boutique. Ca me donnerait au moins une certaine stabilité. Comme si j’allais rester à vendre ses merdes dans une base spatiale étriquée.

Nanti arriva et ça mit fin à cette embarrassante conversation. Il regarda à droite et à gauche s’assurant qu’il n’y avait personne, se dirigea vers le comptoir et me dit de sortir pendant qu’il conversait avec mon frère. Miles me jeta son nouveau regard désespéré sur ce que j’étais devenu. C’en était trop. Je jouais le tout pour le tout et dis que je préférais rester. Si Nanti m’ordonnait de sortir ce serait l’humiliation suprême mais au point où j’en étais. Le patron hésita. Son regard passa alternativement de moi à mon frère avant de revenir sur moi et son sourire s’élargit. « Mais comme tu veux mon ami » dit-il. Je m’obligeais à ne pas laisser transparaître mon étonnement tandis que Nanti reprenait pour Miles. « Il me faut un communicateur longue portée ».

Mon frère, très pro sortit quelques spécimens d’une vitrine et Nanti l’arrêta. « Voyons, je ne pensais pas à de tels gadgets référencés, non il me faut des communications rapides et indétectables. Surtout indétectables ». Mon frère fronça un sourcil puis le sens des affaires prit le dessus. Il tritura un bouton sous son comptoir et un écran apparut sur la vitre du comptoir. Il y fit défiler plusieurs modèles en trois dimensions expliquant les caractéristiques des différents éléments.

Nanti en désigna un du doigt.

Miles secoua la tête. « Je peux vous le procurer mais même en faisant le prix famille, je ne pourrais pas vous l’avoir à moins de 5000 crédits. Je ne pense pas que ce soit dans vos cordes. »

Je retins un cri. 5000 pour un simple communicateur, ça frisait le délire.

« C’est un tarif honnête et les autres modèles ne passeront pas les fouilles de sécurité de la flotte de Valence » dit-il comme si c’était naturel, « celui là, peut être implanté. »

Mon frère était atterré là. « Même implanté, rien ne peut passer, les scanners le détecteront.

- Pas s’il est porté sur un implant psychique. Le premier implant le dissimulera et Valence se fait un devoir de laisser passer les sorciers.

- Non » dit mon frère sur de lui avec cette arrogance qui lui était propre, « il faudrait que l’implant psychique soit plus puissant que le communicateur et ce petit bijou » dit-il en montrant l’hologramme, « même très discret, il a un émetteur neural qui vaut un bon implant psychique.

- Je ne me fais pas de soucis pour ça, cette breloque ne vaut rien comparer à l’implant de Maelie. »

Nanti me jeta un regard de travers. Ok, j’en avais peut-être trop dit mais

Ca faisait du bien de voir mon frère ravaler sa fierté.

« Mérino m’a dit que vous aviez engagé une sorcière en effet. J’espérais que c’était une mauvaise blague.

- Non », coupa Nanti, « nous commerçons avec la belle d’été et les produits que nous en retirons attirent les convoitises. »

Mon frère avait maintenant la bouche ouverte mais sans pouvoir dire un mot. Il avait toujours eu une frousse bleu de tout ce qui se rapprochait de près ou de loin aux mondes parallèles. Nanti continuait. « Nous avons à faire sur l’impérium mais je préfère être bien protégé. Si vous aviez un écran protecteur aussi.

- Le vaisseau de Valence !

- Oui, évidemment. » Nanti s’arrêta et regarda mon frère plus attentivement. Ce dernier était mort de peur. « Ca ne va pas ? » lui demanda-t-il « vous êtes tout pâle.

- Non mais c’est dangereux ».

Nanti éclata de rire. « Voyons, nous avons l’habitude, bref » dit-il « quand pouvons nous avoir le communicateur, c’est le plus urgent

- Je ne sais pas, je dirais dans trois jours.

- On dira donc deux jours, ça laissera le temps à mon second de profiter de sa mère. »

Second, c’était beau ça.

« Elle n’est pas là » dit Miles comme récitant un texte « elle était fatiguée et je lui ai offert une cure sur la station B3. »

Nanti prit l’air affligé. « J’espère que c’est passager. Si c’était ma mère, je ne l’aurais pas envoyé sur la B3, c’est très populaire. Elle devrait aller passer un séjour sur ce vaisseau croisière. Comment s’appelle-t-il déjà Mérino, tu sais, le dernier sur lequel nous avons passé quelques jours ?

- Le Val d’été.

Non » dit Nanti, « celui où il y a une piscine. »

Nous n’en avions pas vu avec piscine mais ce n’était pas important, mon frère avait perdu toute son arrogance, ce n’était qu’un petit escroc maintenant alors que moi j’étais accepté sur les vaisseaux de Valence et je commerçais avec les vaisseaux croisière.

« L’océan bleu » dis-je. Nous n’avions pas encore eu l’occasion d’y aller mais quelle importance, mon frère ne serait pas en mesure de vérifier.

« C’est ça dit Nanti.

Je continuais le jeu de Nanti : « Mais pour ma mère, il lui faut quelque chose de plus calme. Le bucolique lui conviendrait mieux.

- Sans doute » dit Nanti, « je m’y suis ennuyé à mourir mais en effet pour se reposer, il est agréable et sa population est un peu plus évoluée que la B3. Bref, Miles, vous serez gentil de nous faire livrer le communicateur discrètement, pour l’écran protecteur, on verra plus tard ».

Il s’était recroquevillé derrière le comptoir. « Je ne livre pas.

- Dans ce cas vous ferez une exception pour nous » dit Nanti en se dirigeant vers la porte.

« Oui, évidemment » dit Miles

Nanti se tourna vers moi comme si mon frère n’existait plus. « Ton frère a raison de donner une apparence si pitoyable à sa boutique, c’est plus discret ».

Je profitai d’avoir le dos tourné pour faire un grand sourire, j’imaginai la tête de mon frère qui devait avoir tout entendu. Lui qui se vantait d’avoir la plus belle boutique du secteur. Je ne pus m’empêcher d’en rajouter une couche avant de sortir.

« Voyons patron elle est très bien cette boutique. C’est juste que nous avons l’habitude de stations plus chics. »

Je refermais la grille de la boutique. Ca faisait un bien fou de le remettre à sa place ainsi. Avec Nanti ça paraissait si simple d’être quelqu’un. J’hésitai entre le remercier de son intervention ou lui demander l’utilité de mettre 5000 crédits dans un implant communicateur. Je choisis une troisième option. « Vous pensez vraiment que Martel est vivant ?

- Je ne dépense pas mon argent pour des morts »

S’il le pensait, je le pouvais aussi.

« Mais vous avez un plan ?

- Oui. »

Dans ce cas, j'étais rassuré. « Vous pensez sincèrement qu’on a de quoi se payer un écran protecteur supplémentaire ?

- Non, ça s’est pour la frime devant ton prétentieux de frère.

- Ca veut dire qu’on n’en a pas réellement besoin. Je veux dire, personne ne risque de nous tirer dessus.

- Si ». Il fit une pause le temps que j’avale de travers « Mais nous n’avons pas de quoi nous payer un écran alors on s’en passera.

Je m’étais résigné à ne pas en entendre d’avantage quand Nanti parla de lui-même : « Tu m’as parlé d’une fille ici, une danseuse. »

Nanti que s’intéressait aux filles ! Voilà qui était nouveau. Je le regardais d’un œil neuf. Il n’avait pas changé. « J’ai vécu un moment ici. Je connais pleins de filles. Je peux vous arranger des bons coups ».

J’avais du mal interpréter sa question car je me suis retrouvé avec un de ses bons coups derrière la tête dont il avait le secret.

« Une danseuse qui se produisait sur l’Impérium.

- Une danseuse de l’Impérium ? ha oui, Cristal. »

Cristal était un canon, une fille superbe qui dansait dans certains bars. Elle faisait de ses trucs autour d’une simple barre verticale. Une véritable artiste. Nanti avait une sacré mémoire, je lui en avais à peine parlé juste pour me justifier en lui disant que ce n’était pas une pute mais une véritable artiste qui avait passé une année entière sur l’Impérium.

« J’ai peut-être exagéré un peu patron. C’est vrai que c’est une très bonne danseuse mais dans cette troupe, je crois qu’elle s’occupait plutôt des accessoires, elle était genre, remplaçante mais ce n’est pas une pute.

- Avec qui elle couche et pour combien m’importe peu Mérino. Est ce qu’elle a passé du temps sur l’Impérium ?

- Mais elle ne couchait pas. » Bon, d’accord, ce n’était pas le sujet

« Elle a dû passer un an sur l’Impérium, peut-être deux.

- Récemment ?

- Elle est revenue il y a deux ans si je ne m’abuse

- Alors, tu me la retrouves, je veux savoir toutes les procédures de contrôle mises en place pour les visiteurs ».

J’aurais dû me douter que ce n’était pas sexuel, avec Nanti, ça ne l’est jamais.

Chapitre 21

21

03/09/3023 Datation légale de Valence.

23H45 / 24 : horaire du vaisseau potentiellement innocente

Maelie s’est éclipsée et elle n’était pas dans ses quartiers. Je crains qu’elle fasse des bêtises, je ne sais pas quoi mais comme on dit, elle est capable du meilleur comme du pire mais c’est dans le pire qu’elle est la meilleure. Je la trouvais sur l’espace extérieur du vaisseau. C’est vrai qu’il y a là une belle superficie qu’on ne sait pas comment utiliser. Une face externe est prise par la salle de contrôle et les autres faces, on en fait rien car quand on s’arrime à une station on devient dépendant de son état de gravité et les autres faces deviennent verticales, donc impraticable mais dans l’espace, la gravité étant placée au centre du potentiellement innocente, entre la surface externe et les champs de force, nous avons de la place. Il y a d’abord eu une ombre juste à l’extrême limite de mon champ de vision, puis une bête qu’on ne trouve que dans nos pires cauchemars s’est jetée sur moi. J’ai crié et le monstre m’a traversé. Le temps de retrouver la raison et je débarquais dans un océan emplit de poissons et coquillages en tout genre. J’avais déjà vu ça en deux dimensions dans un documentaire. C’était flippant. Mais en troisD, il y a vraiment de quoi faire une crise cardiaque.

Maelie est couchée sur la coque externe du vaisseau. Je m’installe à ses cotés, la tête submergée par ce décor qui recouvre tout le champ de force externe. Des bêtes en tout genre passent au dessus de la tête. Je décris le temps de m’en remettre et pose enfin la question fatidique :

« C’est quoi ça ? »

Maelie soupire. « C’était une surprise. J’ai commandé cette babiole quand on a livré la terre. Je me suis dit que ça vous ferait plaisir.

- Et on peut visionner des films sur ce truc ?

- Bien sur, c’est fait pour.

- Géant. » Je me tournai vers Maelie, c’était vraiment une brave fille. Je savais que ses priorités allaient vers des choses plus futiles, des trucs de filles mais elle avait dû dépenser une fortune pour cet écran 3D. Elle soupirait à nouveau.

« On retrouvera Martel ». Un pieux mensonge ne fait pas de mal.

« On mettra tout en œuvre pour le retrouver ». Mais la vérité, c’est mieux.

Elle soupira de nouveau. Je commençais à me demander sérieusement si elle n’en pinçait pas pour notre petit gars.