vendredi 22 février 2008

Chapitre 32

32

23/10/3023 Datation légale de Valence.

21H00 / 24 : horaire du vaisseau potentiellement innocente

Maelie est sur la plate forme externe. Couchée sur la carlingue, un coussin derrière la tête, elle regarde le vide. Elle n’a pas encore l’air d’être au mieux de sa forme mais peut-être faut-il juste lui changer les idées. « J’ai piraté une projo à couper le souffle. Même Echo a dit que c’était du grand. Je te la passe sur le champ de force ?

- Je préfère regarder les étoiles.

- Oui, sans doute. » Elle aurait du mal à me convaincre de l’intérêt de la chose.

« Tu as refait un scanner ?

- Oui, parait que ça va.

- C’est bien.

- Oui. »

Quel enthousiasme délirant ! A croire qu’elle va se mettre à pleurer.

« Qu’est ce qui ne va pas Maelie ?

- Un truc qui me tracasse.

- Quoi ?

- Rien. »

Je respirais un bon coup. C’était bien un comportement de fille ça. Je le dis, je ne le dis pas. Qu’est ce qu’elle voulait, que je la supplie ? Je restais à coté d’elle, immobile et je tins bien cinq minutes avant de craquer : « Tu vas me dire ce qui te met dans cet état.

- Martel.

- Quoi Martel ?

- On a eu une conversation peu avant sa disparition. »

Mais c’est que j’allais peut être apprendre le potin du siècle « Oui ?

- Je voulais qu’il m’emmène sur une planète.

- Oui enfin, c’est le rêve de tout en chacun mais si tu veux, je t’emmène sur la froide. » Pas de réaction, à croire qu’elle avait perdu son sens de l’humour.

« Je m’étais dit que si on lui trouvait un implant il pourrait être super fort.

- Oui bien sur. Tu sais le prix d’un implant psychique d’un tel niveau outre le fait que c'est impossible de s'en procurer un ?

- Oui je sais mais on aurait pu trouver un truc pour en trouver un ».

Donc, elle ne devait pas savoir sinon elle serait consciente qu’on aurait plus vite fait de se payer un vaisseau croisière pour remplacer le potentiellement innocente.

« Il n’y a que Valence pour pouvoir réunir une telle somme juste en claquant des doigts.

- C’est ce que Martel m’a dit alors je lui ai dit que je l’aiderais à réunir la somme. Je crois que ce que je voulais surtout c’est qu’il soit comme moi»

C’était mignon. Utopique, idiot, malsain, dangereux mais mignon. « Et qu’est ce qu’il a dit ?

- Il a répété que seul Valence le pourrait.

- Et ensuite ?

- Rien. Je crois que Thymothe est arrivé et que ça a mis fin à la conversation mais tout à l’heure, j’ai entendu Nanti émettre la possibilité que Martel soit parti de son propre chef alors ça m’a fait penser à ça.

- Quel rapport ?

- Il aurait pu rejoindre Valence pour avoir un implant.

Elle n'allait pas s'y mettre aussi. « Dans ce cas, il n'avait qu'à partir quand il voulait, on ne le tenait pas prisonnier et de toute façon Valence ne lui ferait pas assez confiance pour lui poser un implant. Ils ne sont pas complètement stupide et puis Martel ne veut pas de ça » je n'ajoutai pas qu'il n'avait pas ce genre de perversion, pas la peine de froisser Maelie.

- Mais ce n’est pas tout.

- Quoi d’autre ?

- Un jour, je l’ai entendu parler à une fille.

- Ha oui !?

- Oui, j’ai d’abord cru qu’il parlait avec le vaisseau mais ce n’était pas la même voix. Je me suis approchée mais le champ de force de ses quartiers grésillait, l’isolation phonique était branchée mais se coupait par moment. Enfin tu sais, comme ça arrive tout le temps. Bref, je n’ai rien compris mais j’ai bien entendu une voix de fille et ce n’était pas celle de l’ordinateur du potentiellement innocente

- Il peut avoir reconfiguré la voix de l’ordinateur. Tu lui as demandé avec qui il parlait ? »

- Oui »

Il fallait lui extirper les mots de la bouche à celle là. « Et qu’a-t-il dit ?

« Que c’était la voix du vaisseau qu’il avait changé pour rire. »

Tout ça pour ça. « Tu vois !

Elle lui susurrait des mots doux, pas des trucs d'ordinateurs et j’ai demandé au potentiellement innocente et le vaisseau n’a répertorié aucun changement de programme vocal. « Alors, qu’est ce que tu penses de ça ? »

Bon, tans pis pour les secrets de Nanti. « Martel était en contact avec Mélanie. Je le sais par Nanti.

- Oui, je le savais aussi. » Super, tout le monde le savait sauf moi.

« Bon ben alors tu sais que c'est sans doute avec elle qu'il parlait.

- Je t'ai dit qu'elle lui disait de mots doux. Mélanie est la soeur de Martel et ils n'ont jamais rien fait d'autres que se disputer.

- Quoi !!!?

- Je te dis qu'une fille faisait du charme à Martel » hurla-t-elle à moitié hystérique.

« Non tu as dit que c'était sa soeur.

- Mélanie, oui, tu ne savais pas ?

- Comment aurais-je pu le savoir ? » Elle se calma un peu. « Je pensais que vous étiez au courant, je l'ai découvert au cours de mes recherches sur l'Impérium. Je l'ai dit à Nanti. C'est pour ça que je ne comprends pas qu'elle ait tenté de me tuer, je croyais qu'elle était de notre coté. Tu sais, la famille, tout ça. Mais c'est qu'une garce, une manipulatrice. Je suis sûre qu'elle se sert de la disparition de son frère pour nous utiliser et je ne sais même pas pourquoi »

J'écoutais ses injures à moitié, le temps de digérer cette nouvelle information. Et Nanti savait. Elle aurait pu le dire à un mur qu'il y avait plus de chance qu'il crache le morceau. Et après le patron osait nous faire ses discours comme quoi nous devions mettre nos informations en commun.

« De toute façon ce n'est pas ça qui m'inquiète. » Maelie s'était arrétée de parler. Bon sang que ça pouvait être compliqué une fille, que pouvait-il y avoir de pire qu'avoir des gênes commun avec une psychopathe « alors quoi ?»

Elle devint soudain toute rouge. « Martel, Comme j'insistais pour savoir ce qu'il cachait, il s'est approché de moi. Il m'a pris la tête et » elle hésita et continua « et m'a fait un bisou » Elle devint encore plus rouge « ici » insista-t-elle » en montrant le coin de ses lèvres « et il m'a dit « Je t'emmènerais sur une planète un jour. Je te le promets. »

Mais c'était mignon tout plein ça. Si jamais on retrouvait Martel. Non, quand on retrouverait Martel, hors de question qu'il fricote avec Maelie. Les couples dans les vaisseaux c'était toujours source de problèmes.

« Et cette file qui lui disait des choses...

- Réacteurs secondaires en surchauffe ». Le vaisseau m'avait coupé de mes réflexions. Cette machine va nous claquer entre les doigts un jour où on sera loin de toute civilisation et hors route commercial et que là, on rigolera moins. Je forçai Maelie à lâcher sa contemplation des étoiles pour me regarder. « On va le retrouver »

Je me levai pour retourner à ma salle des machines voir ce que le vaisseau avait encore. Encore plus exigeante qu'une femme cette mécanique.

« Tu ne comprends rien » dit Maelie soudain prête à nous concocter de nouvelles ombres brûlantes. « Si je t'ai dit ça, c’est parce que je pense que Martel avait un plan. Je commence à croire que les autres avaient raison. Il ne s'est pas fait enlever, il s'est enfuit parce qu'il avait un plan.

Nanti m'a tout raconté. Il m'a même dit que quelqu'un avaient détourné des implants psychiques.

- Et le régent a dit que seul des proches de Valence avaient pu faire le coup.

- Plutôt que de se demander qui a fait le coup, on pourrait peut-être se demander à qui ils étaient destinés. »

JE fus obligé de quitter Maelie, appel du vaisseau oblige. Ou plutot appel de Nanti pour me rappeler à l’ordre. L’appel en question a été effacé du drone. Pas politiquement correct. Je suis descendu en hâte dans le coeur du vaisseau tout en repensant à Maelie, je ne l’aimais pas entendre parler avec ce ton et ses hypothèses me faisaient froid dans le dos. J'étais donc le seul à me rendre compte que Martel était un bon gars qu'on avait bien élevé et que jamais il ne nous aurait fait faux bon. J'espérai de tout coeur que Maelie garde ses réflexions pour elle. Nanti serait capable de les prendre en compte et peut-être abandonnerait-il les recherches. Le système était immense et ce n’était qu’une tête d’épingle sur la galaxie, sans doute devaient-ils y avoir des milliers, voire des millions de personnes capables de supporter un tel implant. Je n'étais pas un intellectuel moi, ça me prenait la tête toutes ses questions. Devant moi, mes outils planaient littéralement se rapprochant du sol beaucoup trop lentement, moi-même, je me sentais de plus en plus léger. D'accord, le système gravitationnel faiblissait. Au moins j'aurais de quoi m'occuper pour me changer les idées.

jeudi 21 février 2008

Chapitre 31

31

19/10/3023 Datation légale de Valence.

9H00 / 24 : horaire du vaisseau potentiellement innocente

Enregistrement réunion de l’état des lieux du potentiellement innocente

Nanti nous a réuni dans la salle de contrôle. Parait qu’il veut faire le point.

Sont présents : Thymothé Féri, Nanti ou Siaro prénom inconnu, Echomi Tchang, et moi-même : Mérino Salem.

Absents : Maelie pour cause de convalescence. Elle dort. Et Martel sujet de la discussion.

C’est bon comme intro patron ?

- On fera avec. »

Ca aurait été mieux si Nanti en avait profité pour nous révéler son petit nom mais faut pas rêver.

« Je vous ai réuni pour faire le point au sujet de Martel. Je souhaiterais qu’on recoupe nos informations afin d’en savoir le plus possible. »

Recouper nos informations. Voila qui était nouveau. La seule personne susceptible d’avoir des infos était Nanti. Peut-être qu’on allait en savoir plus. « Drone orbite serré au dessus de Nanti. »

Le patron chasse le drone qui reprend sa place dès la menace calmée. « C’est pour avoir un meilleur son » L’expression de Nanti est éloquente. « Bon d’accord, je l’éloigne.

- Je voudrais qu’on revienne sur notre sujet. »

Personne ne pipe mot. Evidemment, on ne sait rien. Nanti soupire. Je crois qu’il s’attendait à autre chose.

« Les faits » reprend Nanti. « Nous savons que Martel s’est fait enlever.

- Déjà, là, on n’en est pas tout à fait sur. Il a peut-être aussi explosé avec sa navette. »

J’avais horreur que Thymothe sorte ce genre d’hypothèses. Fallait rester positif. Je lui ai enfoncé mon coude dans le ventre, discrètement. Il s’est mit à gueuler qu’on ne pouvait être sur de rien et que si je recommençais il m'en collait une.

Nanti nous coupe. « Thymothe a raison. Nous devons tout envisager, même l’hypothèse qu’il ait été désintégré avec sa navette où n’ait pas survécu à la téléportation.

- Quite à se faire enlever, il aurait pu faire ça moins discret genre ici devant tout le monde.

- Je lui ferais part de tes remarques très constructives à son retour » dis-je à Thymothe.

« Dans un sens, ce n’est pas si stupide comme remarque. Imaginez quelqu’un qui veut fuir. Il fonce sur l’ennemi, disparaît juste avant de se faire désintégrer et peut passer pour mort. »

Si Echo se mettait aussi dans les spéculations stupides on n’en sortirait pas « Je te rappelle que Martel n’avait aucune raison de fuir et n’était en aucun cas prisonnier.

- Martel nous a caché son identité pendant 10 ans. C’est quand même louche. »

Alors voila où il voulait en venir : Il en était encore à ruminer ses petits griefs.

« Patron, vous n’allez pas le laisser dire. Si ça continue il va nous sortir qu’il s’est enlevé tout seul.

- Sans implant, ça ne me parait pas envisageable » fait remarquer Nanti.

- Peut-être qu’il avait un complice.

- Vaisseau, prends note : aujourd’hui … Moi, Mérino Salem, je vais tuer Thymothe parce qu’il était trop con.

- Raison insuffisante » dit le vaisseau.

Qu’est-ce qu’il y connaît ce tas de ferraille ?

« Je pense qu’on ne doit écarter aucune possibilité même celle que Martel soit parti de son plein gré » dit Nanti

On avait dépassé la limite du délire pour nager dans l’univers de la folie.

« Hypothèse 1 : Martel a été tué dans l’explosion de sa navette » récite Nanti

« Hypothèse 2 : Martel s’est fait enlever et n’a pas supporté la téléportation

Hypothèse 3 : Martel a fuit mais en se faisant aidé d’un complice.

Hypothèse 4 : Martel s’est fait enlever. » Enfin, nous voila revenu sur un terrain envisageable que je pensais être clair.

Maintenant que nous étions arrivés au point de départ, nous pourrions peut- être songer à avancer.

« Dans tout les cas, quelqu’un d’extérieur est intervenu et je veux savoir qui ».

Il était fort ce Nanti, plutôt que de raisonner les autres, il s’était contenté de les remettre sur le droit chemin

« Deux questions : Qui est la personne qui était avec lui ?

Et où pourrait-il être ?

- Pour la première, on limite à ceux pouvant se téléporter et pour la deuxième, je dirais qu’il peut être partout.

- Moi » dit Echo, « si je voulais enlever Martel, je l’emmènerais quelque part où je serais sûr que personne ne puisse le retrouver.

- Il n’y a pas de limite pour Nanti » dit Thymothe histoire de se faire bien voir

« Si » dit Echo. « Le potentiellement innocente sans Martel ne passe pas les barrières planétaire, les vaisseaux de Valence aussi sont difficiles d’accès sans parler des stations indépendantistes, des stations déchéances et d’autres coins encore.

- Oui, enfin si tu l’avais enlevé toi non plus tu n’aurais pas accès à ces coins là.

- Oui, mais si celui qui l’a enlevé est un téléporteur, sans doute peut-il s'y rendre.

- En effet » dit Nanti. « Nous devrions centrer nos recherches sur les lieux les plus difficiles d’accès. Maelie a eu accès aux cellules de Valence sans succès.

« Que je sache les téléporteurs sont tous en allégeance à Valence donc je les vois mal dans des bases indépendantistes ni traîner dans une station déchéance. Par contre les planètes ont un intérêt certains présentant des zones de cachettes illimitées.

- Au niveau de nos suspects principaux, nous avons la famille de Valence et Mélanie. J’avais éliminé Mélanie la croyant de notre coté, je n’en suis plus si sur vu la façon dont elle a agi avec Maelie.

- Mais pourquoi venir nous demander de le retrouver si elle l’a enlevé ?

- Pour nous mettre sur une mauvaise piste ou pour attirer l’attention de Valence sur nous plutôt que sur elle. »

OK, Echo avait réponse à tout

« Moi je dis, ça ressemble à deux filles qui font des coups de putes.

- Pardon ? » Nanti avait horreur du vocabulaire de Thymothe. Pourtant c’était explicite. Moi aussi cette hypothèse m'avait traversé l'esprit.

« C’est vrai patron, une qui vient pour dénoncer l’autre. C’est bien le genre de deux filles qui ne peuvent pas se piffer et qui se font des sales coups.

- Ou alors » dit Echo, « elles ont fait le coup ensemble.

« Ok on n’avancera jamais.

- Si Mérino, on a avancé d’un point. Il y a une histoire de nénette la dessous ».

La partie s’annonçait encore plus dure que prévu. On n’y connaissait rien en filles.

19/10/3023 Datation légale de Valence.

21H00 / 24 : horaire du vaisseau potentiellement innocente

Je retrouvais Maelie sur la plate forme externe. Couchée sur la carlingue, un coussin derrière la tête, elle regardait le vide. Elle n’avait pas encore l’air d’être au mieux de sa forme mais peut-être fallait-il juste lui changer les idées. « J’ai acheté une projo à couper le souffle. Même Echo a dit que c’était du grand. Je te le passe sur le champ de force ?

- Je préfère regarder les étoiles.

- Oui, sans doute. » Elle aurait du mal à me convaincre de l’intérêt de la chose.

« Tu as refait un scanner ?

- Oui, parait que ça va.

- C’est bien.

- Oui. »

Quelle enthousiasme délirant ! A croire qu’elle va se mettre à pleurer.

« Qu’est ce qui ne va pas Maelie ?

- Un truc qui me tracasse.

- Quoi ?

- Rien. »

Je respirais un bon coup. C’était bien un comportement de fille ça. Je le dis, je ne le dis pas. Qu’est ce qu’elle voulait, que je la supplie ? Je ne m’abaisserais pas à ça.

Je restais à coté d’elle, immobile et je tins bien cinq minutes avant de craquer : « Tu vas me dire ce qui te met dans cet état.

- Martel.

- Quoi Martel ?

- On a eu une conversation peu avant sa disparition. »

Mais c’est que j’allais peut être apprendre le potin du siècle « Oui ?

- Je voulais qu’il m’emmène sur une planète.

- Oui enfin ça m’étonnerait qu’il en soit capable.

- Oui, je sais mais je me disais que si on lui trouvait un implant il pourrait être super fort.

- Oui bien sur. Tu sais le prix d’un implant psychique d’un tel niveau outre le fait que c'est impossible de s'en procurer un ?

- Oui je sais mais on aurait pu trouver un truc pour s’en payer un ».

Donc, elle ne devait pas savoir sinon elle serait consciente qu’on aurait plus vite fait de se payer un vaisseau croisière pour remplacer le potentiellement innocente.

« Il n’y a que Valence pour pouvoir réunir une telle somme juste en claquant des doigts.

- C’est ce que Martel m’a dit

Je lui ai dit que je l’aiderais à réunir la somme. »

C’était mignon, utopique mais gentils. « Et qu’est ce qu’il a dit ?

- Il a répété que seul Valence le pourrait.

- Et ensuite ?

- Rien. Je crois que Thymothe est arrivé et que ça a mis fin à la conversation mais tout à l’heure, j’ai entendu Nanti emmettre la possibilité que Martel soit parti de son propre chef alors ça m’a fait penser à ça.

- Quel rapport ?

- Il aurait pu rejoindre Valence pour avoir un implant.

Elle n'allait pas s'y mettre aussi. « Dans ce cas, il n'avait qu'à partir quand il voulait, on ne le tenait pas prisonnier que je sache et de toute façon Valence ne lui ferait pas assez confiance pour lui poser un implant. Ils ne sont pas complètement stupide et Martel ne veut pas de ça » je n'ajoutai pas qu'il n'avait pas ce genre de perversion, pas la peine de froisser Maelie.

- Mais ce n’est pas tout.

- Quoi d’autre ?

- Un jour, je l’ai entendu parler à une fille.

- Ha oui !?

- Oui, j’ai d’abord cru qu’il parlait avec le vaisseau mais ce n’était pas la même voix. Je me suis approché mais le champ de force de ses quartiers grésillait et je n’ai rien compris mais j’ai bien entendu une voix de fille et ce n’était pas celle de l’ordinateur du potentiellement innocente

- Il peut avoir reconfiguré la voix de l’ordinateur.

- Oui bien sur.

- Tu lui as demandé avec qui il parlait ? »

Il fallait lui extirper les mots de la bouche à celle là. Et qu’est ce qu’il a dit ?

« Que c’était la voix du vaisseau qu’il avait changé pour rire. »

Tout ça pour ça. « Tu voies !

Elle lui susurait des mots doux, pas des trucs d'ordinateurs et j’ai demandé au potentiellement innocente et le vaisseau n’a répertorié aucun changement de programme vocal. « Alors, qu’est ce que tu penses de ça ? »

Bon, tans pis pour les secrets de Nanti. « Martel était en contact avec Mélanie. Je le sais par Nanti.

- Oui, je le savais aussi.

- Bon ben alors tu sais que c'est sans doute avec elle qu'il parlait.

- Je t'ai dit qu'elle lui disait de mots doux. Mélanie est la soeur de Martel et ils n'ont jamais rien fait d'autres que se disputer.

- Quoi ? Qu'est ce que tu racontes ?

- Je te dis qu'une fille faisait du charme à Martel » hurla-t-elle à moitié hystérique.

« non tu as dit que c'était sa soeur.

- Mélanie, oui, tu ne savais pas ?

- Comment aurais-je pu le savoir ? » Elle se calma un peu. « je pensais que vous étiez au courant, je l'ai découvert au cours de mes recherches sur l'impérium. Je l'ai dit à Nanti. C'est pour ça que je ne comprends pas qu'elle ait tentée de me tuer, je croyais qu'elle était de notre coté. Tu sais, la famille, tout ça. Mais c'est qu'une garce, une manipulatrice. Je suis sure qu'elle se sert de la disparition de son frère pour nous utiliser et je ne sais même pas pourquoi »

J'écoutais ses injures à moitié, le temps de digérer cette nouvelle information. Et Nanti savait. Elle aurait pu le dire à un mur qu'il y avait plus de chance qu'il crache le morceau. Et après il osait nous faire ses discours comme quoi nous devions mettre nos informations en commun.

- De toute façon ce n'est pas ça qui m'inquiète. » Maelie s'était arrétée de parler.vBon sang que ça pouvait être compliqué une fille, que pouvait-il y avoir de pire qu'avoir des gênes commun avec une psychopathe « alors quoi ?»

Elle devint soudain toute rouge. « Martel, Comme j'insistais pour savoir ce qu'il cachait, il s'est approché de moi. Il m'a pris la tête et » elle hésita et continua « et m'a fait un bisou » Elle devint encore plus rouge « ici » insista-t-elle » en montrant le coin de ses lèvres « et il m'a dit « Je t'emmenerais sur une planête un jour. Je te le promets. »

Mais c'était mignon tout plein ça. Si jamais on retrouvait Martel, hors de question qu'il fricote avec Maelie. Les couples dans les vaisseaux c'était toujours des problèmes.

« Et cette file qui lui disait des choses...

Réacteurs secondaires en surchauffe ». La vaisseau m'avait coupé de mes réflexions.

Je pense que cette machine va nous claquer entre les doigts un jour où on sera loin de toute civilisation et hors route commercial et que là, on rigolera moins.

Je forçai Maelie à lacher sa contemplation des étoiles pour me regarder. « On va le retrouver ton amoureux.

Je me levai pour retourner à ma salle des machines voir ce que le vaisseau avait encore. Encore plus exigeante qu'une femme cette mécanique.

« Tu ne comprends rien » dit Maelie soudain prête à nous concocter de nouvelles ombres brulantes. « Si je t'ai dit ça que je pense que Martel manigaçait quelque chose. Je commence à croire que les autres avaient raison. Il ne s'est pas fait enlever, il s'est enfuit parce qu'il avait un plan.

Nanti m'a tout raconté. Il m'a même dit que quelqu'un avaient détournés des implants psychiques.

Je confirmai « oui » puis me repris : « non, le régent a dit aussi qu'elle ne portait pas d'implant »

- Peut-être mais Nanti a dit que deux implants avaient été détournés, faudrait svoir pour qui ils étaient destinés »

Je descendis en hâte dans le coeur du vaisseau, je n'aimais pas entendre parler Maelie avec ce ton et ses hypothèses me faisaient froid dans le dos. J'étais donc le seul à me rendre compte que Martel était un bon gars qu'on avait bien élevé et que jamais il ne nous aurait fait faux bon. J'espérai de tout coeur que Maelie garde ses réflexions pour elle. Nanti serait capable de les prendre en compte et peut-être abandonnerait-il les recherches. Je n'étais pas un intellectuel moi, ça me prenait la tête toutes ses questions. Devant moi, une feuille planait littéralement se rapprochant du sol beaucoup trop lentement. D'accord, le système gravitationnel faiblissait. Au moins j'aurais de quoi m'occuper pour me changer les idées.

Chapitre 30

30

16/10/3023 Datation légale de Valence.

15H00 / 24 : horaire du vaisseau potentiellement innocente

Compte rendu du potentiellement innocente en transit sur la station V5764

C’était la première fois que nous nous amarrions à La station V5764. Je n’en avais jamais entendu parler. Elle était hors de notre circuit habituel. Echo m’apprit qu’il s’agissait d’une de ces stations construites à la hâte pour pallier à la surpopulation quand Valence avait pris le pouvoir et ordonné l’exil massif de la Belle d’été, l’immortel et le joyau vert. D’une construction standard sur quatre faces identiques recouvertes d’immeubles de deux cents étages autour d’un noyau gravitationnel sous forme de tétraèdre. Le style conçu pour recevoir vite le maximum de monde.

Ce concept avait l’avantage d’être une solution de transition pour pallier au besoin urgent de place mais, vingt ans après le début de l’exil, il y avait encore autant de mondes qui vivaient ici et la station ne s’était pas étendue, sans doute faute de matières premières. Ca faisait peur. Les êtres humains ne sont pas fait pour supporter une telle promiscuité.

On n’en vit pas plus. On a préféré éviter de déplacer Maelie et faire venir le médecin sur le vaisseau.

Il est resté une bonne heure au chevet de la petite. Il a commencé par interroger le vaisseau pour obtenir le diagnostic complet et s’est attardé sur chacune de ses blessures. Autant la veille, le corps de Maelie était intact, autant aujourd’hui il s’était recouvert d’ecchymoses. Il a taté quelques unes de ses blessures et, si elle n’a pas ouvert les yeux, elle a émis quelques protestations sous forme de gémissements. Le médecin l’a passé ensuite au détecteur, a repéré la trace métallique de son communicateur maintenant qu’elle ne le dissimulait plus. « Relais de communication » a dit Nanti avant qu’il ait pu poser la question. Il a hoché la tête genre : on ne me l’a fait pas à moi mais pourvu que je suis payé ce n’est pas mon problème et a continué son scanne. Il lui a tiré quelques cheveux pour dégager la plaque de métal du bas du crâne.

« Je ne vous demande pas votre avis » a dit Nanti précédant toute question éventuelle devant son geste de recul.

Le médecin évalua tout de même la taille de l’implant et sa position avant de se reculer à nouveau d’une façon qui en disait long.

« Alors ? » a demandé Nanti

« Je voudrais bien savoir comment elle s’est fait ça ? » a répondu le doc

- Et moi, je voudrais savoir comment la soigner.

- Ca m’aiderait si je connaissais la provenance de ses blessures. On dirait qu’elle s’est fait rouée de coups mais de l’intérieur.

- Vous ne le saurez pas et maintenant, votre diagnostic. »

Le doc a mastiqué une substance gélatineuse, s’est gratté la tête et a fini par annoncer : « ce sera 200 crédits.

- Quoi » a hurlé Nanti à juste titre, « c’est une plaisanterie vous me prenez pour un seigneur planétaire à m’escroquer ainsi.

- C’est pas cher demandé pour un gars qui peut se payer une fille dans le genre, m’est d’avis qu’elle les vaut ».

Nanti ne se donna pas la peine de marchander. Il dit au vaisseau de faire virer 50 crédits, déjà une belle somme pour ce type de prestation.

Le médecin a jeté un œil à Maelie et a grogné : « Pas certain que c’est répertorié tout ça ». Le salop ne se gênait pas pour faire du chantage sur le dos d’une mourante.

Nanti regarda le médecin de sa façon spéciale qu’il utilise pour nous faire taire. Ca marcha aussi bien qu’avec nous. « D’accord pour 50 » a dit le médecin. « Elle souffre d’une multitude de contusions internes. Ces ecchymoses devraient virer par toutes les teintes de violet à jaune puis disparaître.

- Et pourquoi n’a-t-elle pas repris connaissance ?

- Vous lui avez donné quoi ? »

J’ai sorti les flacons des drogues qu’on avait utilisées. « Pas assez puissant pour l’abrutir de la sorte si longtemps » a conclu le médecin « je dirais choc post traumatique. Evidement si je savais ce qui l’a mis dans cet état, je pourrais...

- Merci docteur » a dit Nanti, « on vous rappellera si elle ne reprend pas conscience. Ou si j’apprends que vous n’avez pas fait preuve de discrétion professionnelle»

Le doc a marmonné un truc, je ne sais pas quoi. Après amplification, ça donnait : « mendonnnré mo dlonnété » J’ai lancé le programme de traduction mais il n’a rien réussi à me sortir.

Nanti l’a jeté littéralement dehors et j’ai pris la main de Maelie. Moi aussi j’aimerais savoir ce qu’elle avais subi exactement.

« Le seul fait d’avoir été transporté instantanément de l’Impérium au potentiellement innocente explique son état » a dit Echo en entrant dans la pièce. Il tenait un verre d’eau à la main. Il l’a posé par terre près du lit et a passé la main sur le front de Maelie. « Ma puce, faut te réveiller. » Maelie a grogné et bougé un peu la tête. Echo s’est reculé, a réfléchi et a essayé une autre tentative en approchant le verre de ses lèvres, sans résultat.

« Tu crois que ça a mis Martel dans le même état ?

- Je ne sais pas. Son métabolisme doit être plus résistant mais sans implant pour le renforcer… » Il ne finit pas sa phrase, je n’avais pas envie d’entendre la fin de toute façon

« On attend ce soir » a conclut Nanti en réajustant le couvercle du verre « et si il n’y a pas de changement il faudra l’hydrater par intraveineuse. »

J’ai fais la grimace, Maelie a grogné. Je me suis approché. On aurait dit qu’elle parlait, tout doucement. « Boire » a-t-elle murmuré si bas que je ne l’ai compris que réveiller à l’ampli du communicateur de Nanti. Elle était toujours reliée à ce machin.

« Voila, il suffisait de la menacer un peu ». Echo a récupéré le verre et l’a porté à ses lèvres. Il a réussi à en verser la moitié à coté et à en mettre suffisamment dans la bouche de Maelie pour la faire tousser.

Elle murmura à nouveau et on s’est approché Echo et moi pour écouter.

Elle dit qu’elle veut s’asseoir. » a dit Nanti. Il avait dû basculer le communicateur sur son implant. Je regardais Maelie pour avoir confirmation. Elle a hoché la tête.

J’ai passé mon bras derrière ses épaules et l’ai soulevée. Echo a placé un coussin en latex derrière elle pour qu’elle soit plus à l’aise et l’a aidé à boire.

« Merci » a-t-elle dit d’une petite voix mais audible.

« Comment tu te sens ?

- J’ai mal partout.

- Ca m’étonne pas.

- Je vais mourir ? » a-t-elle demandé

« Non, tu vas t’en remettre ». A dit Nanti « Je n’apprécie pas qu’on maltraite mon personnel. Qui t’a fait ça ?

- Je ne sais plus » dit Maelie.

« C’était une fille » lui ai-je rappelé.

« Oui, je crois. Je peux avoir encore un peu d’eau. » Echo lui a tendu le verre. Elle a réussi à le prendre avec ses deux mains et le finir à petites gorgées.

« J’étais dans le palais » dit-elle en tendant le verre vide à Echo.

« Mais une fille m’a surpris, j’ai tenté de me cacher mais elle me voyait quand même alors, j’ai voulu l’attaquer mais elle a fait claquer ses doigts et mon sortilège a disparu comme s’il n’avait jamais existé.

- Elle t’a frappé ?

- Je ne sais plus. Je ne pense pas. Je me souviens juste que tout disparaissait et que je me suis dit que j’étais en train de mourir et je me suis réveillé ici.

- Qui était cette fille ?» a demandé Nanti

« C’était Saline ? » ai-je demandé pour l’aider à se souvenir.

- Je ne sais pas.

- Tu ne te souviens plus ?

- Non, si, je crois, peut-être c’est possible, mais je ne sais pas à quoi ressemble Saline, je ne l'ai jamais vue.

- Une petite blondinette d’une douzaine d’année.

- Oui c'est vrai.

- Je savais que c'était elle » ai-je dis triomphant.

Non, c'est vrai que je l'ai aperçu et puis j’ai vu des représentations mais c'était pas elle » a-t-elle dit en secouant la tête avant de l’immobiliser dans une grimace de souffrance.

« Elle était plus âgée et pas blonde. »

Zut, j’aurais parié sur la princesse. Peut-être parait-elle plus que son age et qu’elle s’est teint les cheveux.

« Vaisseau, trouve-moi une représentation de la princesse Saline de Valence. Récente » a précisé Nanti.

«Pas de corrélation sur princesse Saline de Valence, identité approchée : Ordonnance Saline de Valence a précisé le vaisseau. » C’était des chicaneries, tout le monde l’appelait la princesse. « Dernière mise à jour le 16/10/2323 fête du printemps sur l’Impérium.

- J’y étais » a soupiré Maelie « C’est grâce aux festivité que j’ai pu m’introduire dans le palais, elle était absente. Ca cancanait dans tous les sens à faire des paris pour savoir si elle allait se montrer. Apparemment, elle est venue y faire un tour.

- Transmission » a dit Nanti. Le vaisseau nous a envoyé une projection holographique. Mignonne la demoiselle dans une robe multicolore composée de dizaines de bandes de tissus de diverses teintes superposées à moins qu’il ne s’agisse que d’un hologramme vu que comme Mélanie, la robe semblait accrochée non à une agrafe métallique sur l’épaule mais a une gemme, une pierre bleue au creux de la gorge qui était son unique bijou. Elle resplendissait littéralement. Elle avait un grand sourire à la fois espiègle, enfantin et séducteur. Un mélange détonnant.

« Ce n’est pas elle » a dit Maelie dans un soupir.

« Tu es sur ? » lui ai-je demandé. C'est que niveau filles, on n'avait pas une tonne de suspects.

Elle a fermé les yeux. « Ce n'était pas Saline. Celle que j’ai vue n’était pas blonde. Brune plutôt.

- Cette fille doit avoir un coiffeur entièrement dédié à sa personne. Sans doute change-t-elle de couleur de cheveux au moins deux fois par jours.

- Ce n’était pas elle » répéta Maelie.

« Vaisseau » dit Nanti « envoie projection récente de Mélanie, esclave du clan de Valence ».

On pouvait toujours vérifier.

En général les esclaves n’ont pas de photos mais elle était suffisamment connue pour qu’on s’y intéresse. Dernière mise à jour 21/06/2323 fête du printemps sur l’Impérium. Tout comme la première fois où nous l’avions vu, elle était en arrière plan derrière l’ordonnance Matiz. Nanti a demandé au vaisseau de l’isoler et d’agrandir l’image. Après Saline, c’est sur, elle faisait moins d’effet. Beaucoup moins sophistiquée et discrète toujours la même robe blanche toute simple et les mêmes cheveux sombres sagement réunis en une lourde tresse. Tout le contraire de l’exubérante Saline. Elle ne paraissait pas fade pour autant. Grave, sérieuse mais entre le deux, je crois que c’est la deuxième qui aurait ma préférence. Si tant soit peu qu’on puisse imaginer que je pourrais ramener ce genre de fille chez moi.

« Oui c’est celle là » a dit Maelie « j'aurai du la reconnaître de suite, je suis vraiment dans le cirage moi » a-t-elle ajouté avant de tourner de l'oeil.

« Quoi ! » J’avais crié ça avait fait sursauter Maelie mais c’était du foutage de gueule intégral ça. Mélanie qui venait minauder pour qu’on l’aide et quand on envoyait quelqu’un sur place, elle nous la renvoyait au risque de la tuer.

« Oui, là j’avoue que je ne comprends pas » a dit Echo.

Nanti réfléchissait mais ne nous fit pas part de ses pensées. La conclusion me semblait évidente : « Elle se fiche de nous. C’est elle qui a pris Martel. C’est évident Saline n’est qu’une gamine. »

Nanti a secoué la tête. « Ca n’a pas de sens. Pourquoi dans ce cas nous renvoyer Maelie vivante et lui permettre de la dénoncer.

- Parce qu’elle pensait sans doute nous la renvoyer sous forme de cadavre mais qu’elle l’a sous estimée.

mardi 19 février 2008

Chapitre 29

29

15/10/3023 Datation légale de Valence.

19H00 / 24 : horaire du vaisseau potentiellement innocente

Compte rendu du potentiellement innocente par Mérino :

Vous êtes vous déjà posé sur de la roche en fusion ? Personnellement, je pensais que ce n’était pas envisageable. Pourtant, Echo l’a fait. Et pour de vrai. Et vraiment posé, bien stable et tout mais sur rien. Enfin rien de tangible. Nous nous sommes posés sur une planète artificielle. Un chantier colossal. Une expérience de Valence pour transformer un vieux roc stérile en paradis naturel en reconstituant artificiellement les conditions de la vie. J’ai un peu de mal à imaginer comment de la vie pourrait apparaître entre deux explosions volcaniques.

Si je pouvais trouver une maigre consolation à la situation, c’est que j’ai eu l’impression de me rapprocher du patron mais ce n’était qu’une illusion. En tout cas, il n’a pas trouvé opportun de nous expliquer la raison de notre présence ici.

Moi, je disais que j’étais prêt à tout pour retrouver le petit mais faut être logique, tous ensemble on serait plus fort. Déjà que j'étais plus sûr de pouvoir faire confiance en Thymothe et Echo. On n'avait plus reparlé de leurs craintes concernant Martel. Je n'osais pas aborder le sujet préférant rester sur des sujets de discussions non soumis à polémique. Le potentiellement innocente avait repris une occupation commerciale normale quoique réduite et au sujet de Maelie, Nanti se contentait de soulager mon anxiété par des rapports laconiques du style : tout va bien, ça stagne ou ça se déroule comme prévu. Sans me parler de ce qui était prévu bien entendu. A l'extérieur des champs de forces du vaisseau tout n'était que roches en fusion, je peux pas vraiment dire que je sois tout à fait à l’aise par ici mais si vraiment ça avait une utilité d’être là, je serais pas contre. Faudrait juste qu’on m’explique.

« On attend quelqu’un ».

Une nouvelle explosion secoua le potentiellement innocente. « On ne pourrait pas l’attendre un peu plus loin de ce truc ». Je désignai la planète artificielle. Dans quelques millions d’années, peut-être que ce serait un home sweet home mais en attendant, je n’y passerais pas mes vacances. En imaginant que j’ai des vacances un jour.

Quand on regarde le sol, on ne voit que la lave qui nous entoure et recouvre le noyau artificiel, cœur de la planète et source de toutes les réactions chimiques devant transformer ce truc en quelque chose. Hé, il y a du monde qui arrive !

Thymothe se précipita à mes cotés. Une dizaine de personne. Genre militaire, balai dans le cul de fonction et devant un homme dissimulé sous un grand manteau noir pourtant ça m'étonnerait qu'il manque de chauffage sur ce truc.

« Jumelles ». Je tendis la main en position d’attente.

« Tu peux aller te les chercher, elles sont avec les outils de maintenances. »

Elle est belle l’équipe.

Le temps de les retrouver au milieu du fouillis que je suis sensé garder toujours en ordre, Nanti avait retrouvé le groupe à l’extérieur. Il est fou de sortir dans ce truc.

« Il y a des champs de force costaux

- Je me doute mais tout de même.

- Comment s’est passée la rencontre ?

- Le premier mec s’est approché de Nanti. J’ai cru qu’il allait le frapper. Puis ils se sont mis à parler avec animation. Du moins ça en avait l’air ». J’enfilai mes jumelles. « Ha oui quand même, c’est le gérant du four ». Thymothe m’arracha les jumelles. C’est beau la confiance comme si je n’étais pas capable de reconnaître des insignes. Il n’a même pas pu les voir, ils étaient passés hors de son champ de vision.

Il siffla tout de même entre ses dents. « Gérant d’une planète entière, pas mal.

- Oui enfin, la gueule de la planète.

- La garde fait marche arrière » remarquai-je.

- Je vois ça. Je l'ai suivi quelques temps avec mes jumelles espérant voir des structures vivables, sans succès.

- Et les autres sont passés où ?

- Ici » dit une voix derrière nous qui nous fit sursauter tous les deux.

« Bel équipage.

Celui qui avait dit ça était le type au manteau noir, le gérant. De près il n’était pas si impressionnant. Il avait un petit sourire narquois. Mais, c’était le genre de mec qu’on n’avait pas trop envie d’asticoter.

Nanti lui proposa mon siège en m’envoyant valser à l’autre bout de la pièce tout en ordonnant à Thymothe de brancher le projecteur.

Une photo de Martel apparut sur le mur.

Notre invité secoua la tête : « non ça ne me dit rien. »

Il y eut un long silence. Nanti lui faisait le coup de : je ne dis rien et je te fixe jusqu’à ce que tu craches le morceau. Ca marchait à tous les coups avec moi. L’autre était plus fort, il a bien tenu une bonne minute avant de craquer.

« Je ferais mieux de te dénoncer !

- Pour quel motif ?

- Déjà pour la sorcière que tu as placé comme espionne sur l'Impérium.

- Tu es mouillé jusqu'au cou dans cette histoire. »

Voila qui était intéressant, c’est qu’on en apprenait tous les jours

« Mérino, Thymothe, dehors.

- Bien patron. » Je sortis en traînant la jambe le plus doucement possible dans l’espoir de trouver une excuse pour rester avant de franchir la porte, sans succès. Ensuite, je me précipitai au poste de commande rejoindre Echo et demandai au vaisseau de brancher le haut parleur de la salle principale. Ce mec avait une voix que je ne replaçais pas mais j’étais sur d’avoir déjà eu affaire à lui. « Réseau inaccessible » répondit le vaisseau. « Déjà essayé » confirma Echo. Evidemment, pas con le Echo, il espionnait déjà mais il avait été coupé à partir d’en bas.

Merde, Nanti aussi n’était pas idiot. Je me rabattis sur le plan B : me coller derrière la porte de la salle principale pour glaner quelques éclats de voix. Je sais, ce n’est pas joli joli, mais si nous étions un peu plus mis au courant, nous ne serions pas obligés d’agir ainsi. A ma décharge, Thymothe était déjà installé l’oreille collée à la cloison.

« Alors ? » Lui demandai-je à voix basse.

« Parait qu’il y aurait un complot au sein du clan de Valence.

- Il y avait potin là ! C'est-à-dire, qu’est ce qu’il a dit ?

- Le mec que Nanti a invité, le gérant, il a dit qu’il refusait de donner la moindre information à Nanti car il était sûr qu’il préparait un mauvais coup contre Valence. De là, Nanti a dit qu’il en avait rien à foutre de Valence, qu’il voulait juste récupérer son gars. Après, ils ont parlé plus bas, je n’ai rien compris puis le gérant a repris plus fort en disant : « Qu’est ce que tu veux dire par un complot au sein de Valence ? »

Et Nanti a dit qu’il avait étudié le problème en tout sens et qu’il avait déduit que premièrement Martel avait été enlevé par un proche de l’empereur Pantin et que deuxièmement, le prince Matiz et Mélanie n’étaient pas au courant.

- Et alors ? » Demandai-je à Thymothe. Il haussa les épaules. « Je n’en sais pas plus, tu es arrivé à ce moment là.

Je me dépêchais de coller mon oreille aux coté de Thymothe. Nous avions peut-être loupé des informations capitales pendant que Thymothe me résumait la situation.

« Je n’y crois pas » disait le gérant.

Plus rien. Ils recommencent à parler trop bas me souffla Thymothe. Personnellement, je pensais plutôt que Nanti avait refais le coup du silence.

En effet, au bout de quelques minutes, la voix du gérant s’élevait à nouveau.

« Bon, imaginons. Qui ?

- Quelqu’un qui sait se téléporter » dit Nanti très vite.

- Parce qu’on t’a piqué ton gosse par téléportation ! »

Silence à nouveau.

« Merde, Siarro arrête avec tes mystères. Tu ne peux pas me demander de filer jusqu’à l’Impérium couvrir ta petite, te ramener chez moi, me passer limite un interrogatoire et espérer que je te dise quoi que se soit en distillant tes infos. »

J’étais bien d’accord là. Mais au moins ça faisait plaisir de voir qu’il ne gardait pas cette sale habitude que pour ses employés.

Bien sur, je me rappelais quand je l’avais entendu, c’était lui le sorcier qui avait insisté pour qu’ils gardent Maelie. Enfin insister, il avait dit qu’on pouvait la tuer. Sympa le mec.

« Si il y a dissension au sein même du clan, je pense que tu peux déjà me remercier de te prévenir et c’est tout à ton avantage de m’aider. »

Le gérant soupira. « Si quelqu’un a téléporté ton gars, il y a toutes les chances qu’il n’y ait pas résisté et qu’il soit mort avant d’arriver à destination.

- Disons qu’il ait survécu » dit Nanti.

« C’est un sorcier ?

Nouveau silence.

« Si c’est un sorcier, il a plus de chance d’y survivre » précisa le gérant.

« Mais si ce n’en est pas un ou du moins qu’il n’a pas d’implant, peut-il survivre quand même ? » demanda Nanti. Décidemment il ne cracherait pas une miette d’information. Il était fort notre Nanti.

« Non. Enfin, tout dépends des puissances de base de celui qui l’aurait enlevé et de sa puissance à lui.

- Justement, qui en est capable ?

Pour une fois, c’est Nanti qui craqua le premier au jeu du silence : « Pantin, Matiz, Malhari, Mélanie » Il stoppa sur sa lancée espérant sans doute que son interlocuteur poursuive éventuellement sa liste. Trop à espérer.

« Si tu pars dans l’optique du complot, j’imagine mal Pantin faire un complot contre lui-même. En plus, il n’en a sans doute plus la force. Malhari a tout le pouvoir dont on peut rêver, Matiz lui est entièrement fidèle. Mélanie… »

Il y eut une hésitation mais Nanti ne le laissa pas continuer dans ce chemin. « Je ne pense pas que Mélanie soit impliquée ni Matiz. Je ne vois pas de mobile pour Malhari. Cela dit je n’en exclue aucun. Ce que j’ai besoin de savoir c’est si il y a d’autres téléporteurs.

- Non.

Nouveau silence

« Il a dit non » me dit Thymothe. J’avais entendu. Il était con ce Thymothe. « La ferme, j’entends plus rien. »

Il se décida à se taire.

«Saline ?» demanda Nanti.

- Non.

- Si Saline avait un implant elle serait a même de contrer tes pouvoirs ainsi que ceux des autres et j'ai cru comprendre que des implants avaient justement été volés.

- Absurde, Saline est bien trop jeune en plus c'est une petite précieuse qui ne s'intéresse qu'à ses robes et sa coiffure.

- Une petite précieuse qui peut-être n'apprécie pas d'être reléguée au troisième rang derrière ses frères. »

Pour une fois ce n’était pas Nanti qui faisait le coup du silence. Son interlocuteur copiait sa méthode spéciale bouche close.

« Allons, c’est évident ». Insista le patron

« C'est vrai, elle est frustrée comme toute adolescente mais Saline n’est qu’une petite fille et même adulte, je ne crois pas qu’elle soit destinée à quitter cette réalité.

- A-t-elle un implant ?

- Elle est trop jeune. Je te l'ai déjà dit

- D'accord, tu ne peux pas en être sur même avec ta position.

- Et en ce qui concerne la tienne de position, je pourrais te faire enfermer juste pour avoir osé penser une telle chose. »

Ca commençait à chauffer. Thymothe et moi nous lançâmes un regard complice. Ca devenait palpitant. Je comprenais où Nanti voulait en venir. Maelie avait eu un implant à 10 ans et elle avait survécu. Bien sur, les sylphides étaient des malades et Valence n’en ferait pas autant, surtout sur une de leurs enfants. Mais si elle avait agi de son propre chef, c’était possible et Nanti se refusait à écarter la moindre possibilité

« Mon seul but est de retrouver Martel » dit Nanti calmement.

« Je risque ma vie sur ce coup là. C’est malsain. Tu joues un jeu dangereux. Te rends tu compte que ton équipage en est réduit à se coller l’oreille contre les cloisons pour savoir ce que tu mijotes ?

- Jamais mon équipage… »

Merde, on était repéré. Je poussais Thymothe vers l’arrière et entamais une retraite stratégique.

« MERINO, THYMOTHE ! »

Thymothe s’avança vers la porte mais je le retins. « On attend quelques secondes » lui dis-je à voix basse. « Juste le temps de faire croire qu’on vient d’un peu plus loin. »

C’était une bonne idée mais le plan n’eut pas le temps d’être mis en oeuvre, la porte de la salle principale disparut.

J’imitai le mec essoufflé. « Je suis là Patron, vous désirez ?

- Prends moi pour un con. Tu es consigné.

- Mais Patron, je viens juste d’arriver.

- Ils sont là depuis le début de notre conversation. Tu te fais vieux Siarro pour ne pas les avoir remarqués.

- Consignés » cria Nanti.

« Mauvaise idée » dit le régent tranquillement installé dans mon fauteuil, « tu as besoin de tout le monde.

- Tu ne dirais pas ça si tu savais quelle bande d’abrutis je me traîne.

- Une bande d’ignorant peut-être mais vu ta propension au secret, tu ne peux en vouloir qu’à toi.

- Ok » dit Nanti toujours sur un ton trop haut. « Ok, tu as gagné, » Il m’attrapa par le col de la chemise et me propulsa en avant vers le régent qui souriait toujours. « Mérino, va faire joujou avec monsieur le régent qui accessoirement est un des meilleurs sorciers télépathes de Valence puisque ça te fais tant plaisir. »

Je fis un bond en arrière. C’était un coup à me foutre une crise cardiaque ça. L’autre souriait toujours confortablement installé dans le fauteuil et dire que pendant une demi seconde j’avais cru qu’il prenait notre défense. Le monstre parut se désintéresser de moi aussi je reculai vers la porte mais Nanti me la ferma au nez avant que je puisse sortir. « Tu voulais venir, maintenant, tu assumes. »

C’était injuste, c’était Thymothe qui avait commencé à espionner et lui, il avait réussi à filer.

« Tu veux qu’on joue franc jeu » dit Nanti « OK ».

Il s’assit sur une chaise face au régent et je m’en éloignais le plus possible en me collant à l’autre bout de la pièce.

Il lui raconta tout de la façon dont on avait récupéré Martel, les déductions qui l’avait mené à trouver son identité, la façon dont il avait disparu, la visite de Mélanie. « C’est tout ? » demanda le régent.

Je vis Nanti hésiter pour la première fois de sa vie. Il ouvrit la bouche plusieurs fois, la referma tandis que le régent attendait patiemment le sourire toujours aux lèvres.

« Oui c’est tout » dis-je.

« Toi, pour ce que tu sais de toute façon. » Pas sympa le mec mais au moins ma petite intervention avait permis à Nanti de reprendre ses esprits. « Oui, c’est tout » dit-il.

« Bien sur ». Le gérant récupéra son insupportable sourire. « Je me souviens de ce petit Martel. Un petit gosse insignifiant qui trottait dans les jupes de Mélanie dans l'ancien palais d'été de Valence. Il appartient à Valence. A ta place Nanti, plutôt que de courir après, je m’efforcerais de ne pas croiser son chemin. Après, si Mélanie était en contact avec lui, ton coupable est tout trouvé et je m'en vais de ce pas la dénoncer.

- Ne fais pas tes grands airs avec moi. Je sais bien que tu te la joues fidèle de Valence juste pour te faire la belle vie.

- Et accessoirement rester en vie tout court » précisa-t-il.

- Je ne pense pas que Mélanie fasse du mal à Martel et sinon, pourquoi attendre si longtemps ? » reprit Nanti.

« Donc j'en déduis que tu connais les rapports entre Martel et Mélanie. »

Nouveau silence

- Je prends ça pour un oui » dit le régent.

Qu'est ce qu'il veut dire ? » Soufflai-je discrètement à Nanti

Nanti me fit les gros yeux. Qu'est ce que j'avais encore fait moi ? J'étais juste ignorant et même le sorcier avait admis que c'était la faute de Nanti. Le sorcier s'installa plus confortablement dans son fauteuil. « Je t'ai connu plus finaud Siaro, Nanti ou ce que tu voudras. Ton patron a une communication sur son implant, il veut que tu t'en occupes discrètement. »

Je regardais alternativement les deux hommes. Aucun des deux ne m'expliquerait clairement ce qu'il se passe.

« Gère ça avec la vaisseau ». Nanti m'avait engueulé en disant ça. Parce que j'étais sensé tout savoir sans doute. C'était pas moi le télépathe. « Gérer quoi ? »

Je n'aurais pas dû insister, il m'a fichu dehors tandis que l'autre se marrait. J'avais dû passer à coté d'un truc moi.

Je suis allé à la salle des commandes. Il y avait Echo qui montait la garde en grignotant des merdes protéinées. Je lui demandais s'il savait ce qu'il se passait. Il haussa un sourcil. « A quel sujet ?

- Laisse tomber.

- Vaisseau, il se passe un truc ?

- Mode enregistrement. »

Niveau communication, avec le potentiellement innocente, c'est pas encore ça. « Non, c'était une question, je me demandais si tu savais ce qui se passait avec Nanti, parait qu'il a eu une communication ».

Pas de réponse.

Je me repris. « Quand je disais : je me demandais, je voulais dire que je te le demandais. »

Pas plus de réponse. Evidemment, c'était super mal exprimé pour une machine. Echo vint à mon secours.

« Vaisseau, dirige sur le central les communications de l'implant de Nanti. »

Il y eut ce petit hologramme que le potentiellement innocente nous sort quand il accède à une requête mais c'est la voix de Maelie qui nous parvint et très pressée.

« Ca va pas non de couper la communication ainsi.

- C'est Mérino. Tu vas bien ma puce ?

- Où est le patron ? Il m'a envoyé bouler.

- Le patron fait ami ami avec un sorcier télépathe.

Ha oui d'accord Magistère » dit-elle comme si elle allait vomir ce nom. Ca grésillait à mort ce truc, « vaisseau, isole les interférences.

- Opération impossible. »

Que ferait-on sans cette merveille de technologie ?

« Tu n'as qu'à tendre l'oreille Mérino » dit Maelie entre deux grésillements « C'est déjà inespéré que ce joujou puisse fonctionner dans le palais.

- Parce que tu es dans le palais ! » On ne pouvait pas la laisser seule sans qu'elle fasse des conneries elle. Espionnage d'accord mais là elle ne tiendrait pas dix minutes. « Sors de là.

- Ca va pas non, j'ai eu un mal fou à entrer. J'ai profité d'une manifestation. La fête du printemps ils appellent ça. C'était l'occasion ou jamais. Nos soupçons se confirment, Apparemment la princesse Saline aurait disparu depuis deux jours. Ca ne semble pas être source d’inquiétude au palais. Il semblerait que ça lui arrive souvent de se lancer dans de petites escapades sans prévenir personne mais sa présence est requise pour la fête ce qui fait que son absence ne passe pas inaperçue. »

Je repensais aux soupçons de Nanti vis-à-vis de la jeune princesse. « Mais elle est partie, genre quelque part dans l’Impérium ou avec un vaisseau ou… D’une autre façon ? »

« Avec une navette » dit-elle « mais son plan de vol est indisponible.

- Elle ne peut pas aller bien loin avec ça.

- Sans doute. Je vais tenter de glaner quelques informations supplémentaires en me glissant dans les cuisines. Les serviteurs passent leur temps à parler entre eux et si la princesse a été ne fut-ce qu’aperçue sur un des autres vaisseaux de la flotte ça fera le potin de tout le palais.

- Fais gaffe à toi

- T’inquiète. Entrer dans le palais ne fut pas une mince affaire mais une fois à l’intérieur, L’espionnage est facile.

- Fais attention tout de même

- Personne n’est capable de me repérer. Je suis de loin la meilleure.

- Tu crois ça ? »

Oups. C'était pas la voix de Maelie ça « Maelie, que se passe-t-il ?

- Elle n'a pas crié là ? » Echo fut incapable de me le dire. Au milieu des interférences, je ne comprends rien

« Maelie !

- Faut peut-être mieux pas que tu arrêtes de communiquer, si elle fabrique un sortilège tu risques de la distraire.

- Je lui avais dit que c'était dangereux. Pourquoi personne ne m’écoute jamais ?

- Là elle a crié. » Echo acquiesça. J'aurais préféré qui me dise que non.

Les grésillements s'arrêtèrent. « Vaisseau qu'est-ce qui se passe ?

- Préciser le sujet de la demande ».

Heureusement qu'un ordinateur n'a pas forme humaine sinon je lui aurais tordu le cou. « Au sujet de la communication, on n'entend plus rien. »

Comme pour me contredire, le grésillement reprit.

- Maelie ! »

Aucune réponse.

- Maelie ! »

Echo me mit le bras sur l'épaule. « Hé Mérino. Il faut couper le contact sinon ils risquent de remonter jusqu'au potentiellement innocente.

« Qui ça ils ? »

Echo se mordit la lèvre.

Il eut la décence de ne pas enfoncer le couteau dans la plaie en disant « ceux qui ont chopé Maelie ».

Hé merde. Derrière le champ de force j'aperçus le régent qui s'éloignait sa garde à ses cotés. « On décolle » dit Nanti à travers un haut parleur du vaisseau.

Echo se tourna vers moi. « On décolle d'abord, le temps que je trouve comment annoncer ça à Nanti. La poisse.

- Mérino !

- Ouhai ».

Je me retournais pour voir Thymothe. Il était décomposé.

« Quoi ?

- Maelie.

- Alors tu as entendu !

- Il lui est arrivé quelque chose

- Je crois oui.

- Elle est…

Je ne le laissai pas finir. « Non elle n'est pas morte.

- Calme-toi » me dit Echo.

Nanti apparut à ce moment là claquant violemment la fermeture de ses quartiers. « Tu as récupéré la communication ? » demanda-t-il.

Elle était dans le palais quand on a perdu le contact. Je ne pus me résoudre à en dire plus. Il me fallait un peu de temps

« Ben elle est plus dans le palais » dit Tymothe.

- Qu'est ce que tu en sais ?

- Elle est dans ma chambre.

- Quoi ? » Cette fois, Nanti se joignit à mon interrogation.

« C’est ce que j’essayais de dire, je suis rentré dans mes quartiers et je l’ai trouvée étendu sur le sol.

- Comment ?

- Vivante ? » Bon d’accord, par ordre de priorité la question de Nanti était plus urgente mais mon comment valait aussi qu’on s’y attarde.

« Je ne sais pas » dit Thymothe. « A vrai dire, je ne me suis pas attardé.

- Tu aurais dû » cracha Nanti en le repoussant pour se faire la place vers la chambre de Thymothe.

Maelie était là en effet. Etendue à même le sol dans une position que personnellement je ne choisirais pas pour dormir et quasiment nue vue que les lambeaux de tissus qui traînaient autour d’elle ne lui couvraient rien mais ce qui attira encore plus mon attention c’est un filet de sang au coin des lèvres. Pas bon ça, pas bon du tout.

Nanti n’avait pas hésité. Il s’était agenouillé et lui tâtait le pouls. « Elle est encore vivante » souffla-t-il. « Mérino, va me chercher un stimulant.

- Ces trucs qui te donnent la patate pendant une semaine ?

- Oui. »

Je m’exécutais. J’avais utilisé une fois ce type de drogue. Ca m’avait suffi pour comprendre une chose : Dormir, il n’y a rien de mieux.

Nanti lui fit l’injection. Pendant une minute il ne se passa rien. Elle restait là, inerte. C’était horrible à voir.

Puis elle se souleva d’un coup et inspira une grand goulée d’air avant de se mettre à tousser complètement affolée. Il y avait de quoi. Elle sembla hésiter, essaya de bouger, de se relever malgré les injonctions de Nanti lui ordonnant de rester immobile puis se courba en deux et vomit un mélange de nourriture, de bile et de sang.

« Ca va aller » dit Nanti tandis qu’elle se mettait à trembler. Il la souleva dans ses bras et m’ordonna de préparer le scanner. Thymothe resta là complètement abruti fixant la mare de vomi teinté de rouge répandue sur le sol de ses quartiers. Il n’allait tout de même pas faire son difficile. Je préparai le scanner et demandai au vaisseau de nous répertorier la liste des lésions éventuelles de Maelie.

« Alors ? » demanda Nanti tandis que le vaisseau affichait les résultats sur l’écran principal. La liste était la plus longue que j’avais pu voir. Même le jour où Echo s’était fracassé au bas du Roc de Gari, il n’avait pas eu autant de dommages.

« Maelie, arrête de bouger » dit Nanti tentant de la plaquer sur la table. Vu la dose de drogue ingurgitée, il aurait du mal à en faire quoi que ce soit. Elle pourrait être morte qu’elle bougerait encore.

Je me forçais à regarder l’interminable liste. « Vaisseau, affiche-moi uniquement les lésions sérieuses.

- Définir terme de sérieuses. »

Putain, cette machine était vraiment bonne à rien.

« Celle qui peuvent la tuer. »

Je fermais les yeux retardant le moment où je verrais la liste et me forçai à les ouvrir quand Nanti m’engueula. Il tentait toujours de garder Maelie immobile et se plaignait de mon inutilité. Je me décidais à regarder l’écran. Il était vide. Je soupirais de soulagement. Malgré les nombreux dommages sa vie n’était pas en danger. Du moins pas sur une blessure en particulier mais le nombre de lésions étaient tel que ça pouvait être un problème. Je m’évertuais à avoir un diagnostic plus précis et d’étudier les blessures répertoriées par le scanne comme étant les plus sérieuses. Pour la première fois depuis son départ, Charlie me manqua.

« Faut qu’elle voie un médecin.

- Tu as entendu Echo ?» demanda Nanti. Ce dernier répondit à travers les hauts parleurs du vaisseau. « Station V5764 dans treize heures ».

Vu la vitesse à laquelle il nous avait donné l’info, Echo avait anticipé.

Rien de plus proche ?

« La planète artificielle » dit Echo.

Evidemment vu qu'on venait de la quitter

Nanti hésita « Mérino, tiendra-t-elle 13 heures ?

- Théoriquement oui. Elle semble n’avoir rien de vraiment sérieux mais la profusion de lésions m’inquiète d’autant plus que peu sont visibles. La majorité sont des blessures internes et j’ignore comment les traiter et si elles peuvent mal tourner. » Je n’ajoutais pas que dans tous les cas, il vaudrait mieux qu’elle se tienne tranquille. C’était évident.

« Vaisseau peut-on lui administrer un calmant ? » Je préférais demander. En général mélanger excitant et calmant est peu recommandé.

La réponse fut positive et Nanti approuva mon idée en lui donnant de quoi abrutir un bon mercenaire de rue.

Elle se calma peu à peu, ferma les yeux et s’endormit.

Je la recouvrais d’une couverture isolante et me laissais glisser contre le mur en soupirant. J’étais trop vieux pour ce type d’émotion.

« Vous croyez que c’est qui qui lui a fait ça ? » demandai-je à Nanti.

« Je ne sais pas. Qui que se soit, je me demande pourquoi ne pas la tuer

- Statistiquement, si on l’a téléportée, elle n’avait qu’une chance sur 2354 de survivre. C’est le potentiellement innocente qui me l’a dit quand j’ai fait remarquer que c’était pratique comme mode de déplacement.

- Pas avec un implant psychique de son niveau. Vu sa résistance, je dirais qu’elle avait une chance sur deux de s’en tirer. Tu confirmes vaisseau ?

- Manque données. »

Et les approximations, il ne savait pas faire.

« Bref, elle avait tout de même de bonnes chances d’y rester.

- Justement, si on voulait la tuer, il y avait des moyens plus sur et si on voulait la garder en vie aussi.

- Qu’a-t-elle dit avant... Avant d’arriver ici ?

- Heu que la princesse avait disparu, ou plutôt était partie sans prévenir en prenant une navette.

- Je n’exclue cependant toujours pas sa responsabilité pour autant. Maelie n’a pas vu son agresseur ?

- Non mais elle a parlé. Elle a dit un truc du genre « c’est ce que tu crois ? »

- Elle ?

- Oui, c’était une voix de fille

- Et tu serais capable de reconnaître sa voix ?

- Non, déjà l’implant déforme les voix mais en plus la transmission était très mauvaise.

- Vaisseau garde une copie de l’enregistrement d’aujourd’hui de la communication entre Mérino et Maelie. »

Je repris ma réflexion. Pourquoi renvoyer Maelie ici ?

« La renvoyer, morte ou vive, n’était pas mal pour nous narguer » pensais-je.

Je me portai volontaire pour passer la nuit au chevet de Maelie. Elle se réveilla une fois, ou peut-être qu’elle faisait juste des cauchemars car elle se mit à s’agiter en émettant des cris ressemblant à des supplications. Je lui pris la main et tentais de la rassurer lui disant que tout allait bien et qu’elle ne risquait plus rien. Elle ouvrit les yeux et demanda ou elle était.

Je lui dis qu’elle était sur le potentiellement innocente et elle parut se détendre. Elle se mit à pleurer. Je lui demandais qui lui avait fait du mal.

Elle se rendormit sans m’en dire d’avantage

samedi 16 février 2008

Chapitre 28

28


20/09/3023 Datation légale de Valence.

21H00 / 24 : horaire du vaisseau potentiellement innocente

Nanti était dans la salle de projection installée par Maelie sur les cloisons externes. Il avait recouvert l’espace de schémas incompréhensibles. Incapable de regarder un bon vieux divertissement comme tout le monde celui là.

Fallait que je lui parle. Dénoncer les potes de l’équipage, c’était pas mon style. Le dilemme était insupportable.

« Arrête de te tortiller ainsi Mérino. Si tu as quelques chose à dire contentes toi de parler.

- Patron, il se pourrait qu’il y ait comme qui dirait certaines dissensions au sein de l’équipe et certains pensent que s’allier avec Mélanie, même un petit peu, n’est pas la meilleure chose à faire.

- Tu veux sans doute dire que ceux que nous appellerons : « certains » afin de ne pas nommer Echo et Thymothe reviennent sur l’idée de nous suivre car leurs esprits un peu lent ont enfin appréhender la teneur exacte du problème et qu’ils ont la trouille de Mélanie mais aussi de Maelie et Martel ? »

Comment savait-il toujours tout celui-là ? Bien sur, sa formation de profiler. Maintenant que je le savais, je m’en voulais de ne pas l’avoir deviné plus tôt. « Oui, c’est un peu près le souci.

- Ils ont raison.

- Comment ça ?

- Ils ont raison à propos de la magie. On joue avec le feu au sens propre comme au figuré. Les sorciers sont dangereux. Ils sont en perpétuel rapport de force avec des entités venues d’ailleurs et dont il faut avouer, on ne connaît pas encore la teneur exacte. Se limiter à notre réalité leur coûte et c’est un soulagement pour Maelie dès qu’elle lâche ses ombres et autres chimères. C’est tellement plus facile de se laisser guider par le pouvoir.

- Vous êtes sorcier Patron ?

- Non, mais j’ai appris à connaître leur mode de fonctionnement.

- Auprès de Valence ?

- Oui. »

Ca y est, il l’avouait enfin. Je crevais d’envie de lui demander pourquoi il ne nous avait rien dit de son passé mais je savais pertinemment que si je lui faisais part de mes griefs, il m’enverrait à l’autre bout du vaisseau vérifier s’il n’y était pas.

« Mais Martel n’est pas un sorcier. »

Il ébaucha un sourire. « Alors c’est ça que pense Thymothe et Echo ? Comme quoi Le ptit gars a bien fait de cacher son identité.

- Non, il n'est pas un sorcier. Que je sache, il ne l’a jamais voulu. Un temps j’avais commencé à économiser pour lui poser un implant psychique mais j’ai renoncé. Je craignais de le perdre et s’il préférait garder son secret, c’était son choix. De toute façon je n'avais pas les moyens que ce soit financiers ou légaux »

Je commençais à me détendre et à revoir en lui un bon petit gars et rien de plus. « C’est pour ça que j’ai récupéré Maelie, parce qu’au fond on avait besoin d’aide et qu'elle elle était faite pour ça.

- Et vous allez pas me dire que Maelie est un monstre !

- Maelie ! Maelie est une explosion solaire latente. Une tête d’ange capable de nous anéantir sur un froncement de sourcil mais sans elle, jamais nous n’aurions réalisé de tels bénéfices. Le risque est là, il s’agit juste de le canaliser.

- N’exagérons rien, c’est une brave fille.

- Aussi oui, dans ses bons jours

- Et Martel, c’est un bon petit gars.

- Sans aucun doute.

- Bref, on n’en sait toujours pas plus ?

- Non, les ordonnances disent qu’ils existeraient d’autres sorciers de Calice non répertoriés qui auraient fait le coup, Mélanie accuse la petite Saline, moi je reste sur l’idée la plus simple soit ce sont les ordonnances soit L’empereur mais je n’exclue pas les autres possibilités.

- Même la possibilité que Martel se soit enfui de son plein gré ?

- Il lui faudrait un complice pour une telle performance et pour le complice, nous revenons à notre liste de départ.

- Mais vous n’excluez pas l’hypothèse.

- Je n’exclue rien