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dimanche 25 novembre 2007

Chapitre 10

10

14/03/3023 Datation légale de Valence.

16H34 / 24 : horaire du vaisseau potentiellement innocente

Horaire planète Kelly inconnue, approximativement milieu de soirée

Nous sommes dans une sorte de marécage putride couvert de brume. Difficile à dire, s’il y avait des Sylphides dans le coin, ils se seraient confondus avec le brouillard. On apercevait des lumières tremblotantes qui semblaient lointaines mais vu la visibilité réduite, elles pouvait être à quelques centaines de mètres. J’avais entendu parler des bases pour humains sur Kelly. Mes sources étaient modérément fiables. Il s’agissait de personnes qui connaissaient des gens, qui en connaissaient d’autres qui auraient entendu parler d’autres qui seraient allés sur Kelly. Les discours étaient cependant similaires. Une façade de luxe et des palais entiers pour leurs invités de marque qui étaient traités suivant les normes dignes de la cours de Valence. Des mets raffinés, des chambres luxueuses avec des filles ou des hommes suivant les goûts, chargés de répondre aux moindres désirs des invités aussi exotiques soient-ils. Après, de la vie des hommes employés par les Sylphides, j’ignorai tout et de la vie des Sylphides eux-mêmes, je n’en savais guère plus. Je ne pense pas qu’ils vivaient là. Je vois mal des boules de gaz dans un lit ou assis à une table. De même, ils ne mangent pas, ne boivent pas, ne sont soumis à aucun besoin que réclame un corps. Tout n’est que façade pour leurs riches clients.

Echo est arrivé un mouchoir autour du nez. C’est vrai, l’odeur était atroce. L’atmosphère est saturée en soufre. Il parait que ce n’est pas toxique et qu’il y a assez d’oxygène pour nous. On ne peut pas le nier puisque de nombreuses personnes vivent ici. Et c’est vrai qu’après dix heures à inhaler ça, je m’habitue. Je ne sens presque plus rien.

« Thymothe râle encore ? » Je demande ça à Echo parce que Thymothe nous avait fait une crise quand Nanti a annoncé le plus tranquillement du monde que nous n’allions pas user nos réserves d’air comprimés alors que l’atmosphère locale est respirable et que nous pourrions même en profiter pour faire le réapprovisionnement gratuitement. La phobie de Thymothe pour l’air naturel est légendaire. Il a râlé, geint, supplié mais Nanti est resté intraitable et a désactivé le champ de force et le système gravitationnel retenant l’air. Depuis, Thymothe s’est cloisonné dans mes quartiers établis dans la structure du vaisseau et l’a calfeutré au mieux. Il ne pouvait rester dans les siens car une de ses cloisons est constituée d’un champ de force pas assez puissant pour empêcher l’air de passer. Cela dit, il ne pourra pas empêcher l’atmosphère locale de s’infiltrer.

« Ca ne va pas »

Qu’est-ce qui ne va pas ?

« Thymothe. Il ne répondait pas, alors, je suis allé voir. Je l’ai trouvé inconscient. J’ai réussi à le ranimer mais il est brûlant, très faible et il délire ».

Je me suis levé si vite que j’ai buté sur mon drone en orbite qui s’est fracassé au sol et s’est éteint. Après un juron, je l’ai laissé à terre, il y avait plus urgent. Thymothe n’avait pas la forme en effet. Il était brûlant et murmurait des paroles à peine audibles sur l’air qui l’empoisonnait.

Echo m’a demandé mon avis. Comme si j’y connaissais quoi que ce soit.

Je n’étais pas médecin et pour une fois qu’on avait réellement besoin de lui Charlie était absent. C’est vraiment un boulet celui-là. Je songeais à sortir le chercher mais l’état de Thymothe était sans doute dû à une réaction psychologique due à sa phobie. Quoique, un coup de stress peut donner des crampes d’estomac mais ce que j’avais devant moi, c’était le niveau au dessus. J’ai suggérer de demander un scanne au vaisseau mais Echo l’avait déjà fait et aucune lésion n’avait été détectée mais cette machine ne détecte pas les maladies.

J’ai proposé qu’on lui donne de quoi faire tomber la fièvre et qu’on revienne sur nos réserves d’air pur ensuite, s’il n’allait pas mieux, j’irai chercher Charlie.

Echo a approuvé. Sans doute aurait-il approuvé n’importe quoi pourvu que je me propose moi-même pour aller chercher le doc en cas de coup dur.

J’avais réactivé le champ de force du vaisseau et je m’apprêtai à fermer le sas quand Echo m’a retenu. « Tu oublies la fille » a-t-il chuchoté. Ma première réaction fut de dire : « Quelle fille ? ». J’en avais oublié le but de notre présence ici puis je me suis rappelé que nous devions laisser le sas ouvert pour permettre à notre visiteuse de se faufiler. La poisse. Alors, j’ai laissé le sas extérieur déverrouillé mais j’ai bloqué le sas interne ainsi, elle pourra rentrer au moins dans le sas.

Les médicaments ont fait baisser la fièvre de Thymothe à notre grand soulagement mais il restait dans un état de semi conscience assez inquiétant pour que plusieurs fois, je songe sérieusement à aller chercher le doc. Mais où le chercher ? Et puis, ça faisait douze heures qu’ils étaient partis. Ils ne tarderaient pas. Si je sortais, on risquait de se croiser dans le brouillard. Je ne savais même pas par où ils étaient partis. Et si je faisais une gaffe, je risquais de compromettre la mission. Et surtout, j’avais la trouille. Et si c’était un piège, et si les Sylphides s’étaient débarrassés de Nanti et du doc. Ils auraient au moins pu prendre un transmetteur.

« Regarde » Echo m’a donné un coup de coude. Mais violent. J’ai suivi son doigt qui désignait les écrans laissés en mode surveillance interne. La porte extérieure est ouverte.

« C’est peut-être juste le vent ». Echo cherche à se rassurer.

« C’est vrai que c’est la tempête dehors ».

Je fais de l’ironie, il n’y a pas un souffle d’air. La nuit est tombée mais nos capteurs sont en parfait état. Le vent est faible et la porte du sas peut résister à une tempête. Je prends une grande inspiration d’air pur. « Plus j’y pense, plus je crois qu’on fait une belle connerie ».

- Possible » J’aurai préféré qu’Echo me dise un truc du genre, mais non, le patron sait ce qu’il fait, ou : nous ne risquons rien ou n’importe quel autre bobard auxquels j’aurais pu m’accrocher.

« Si c’était la fille, nous la verrions sur les caméras de sécurité.

- Justement non, c’est le principe de la dissimulation. Pouvoir agir sur la vue mais aussi sur la technologie, les caméras, les radars, tout.

- Comment ça marche ?

Echo regardait toujours l’écran. « Alors, là, je n’en sais rien. Des techniques de brouillage ou de passage par des mondes parallèles. Il paraît qu’on peut les repérer en surveillant des grésillements dans certains appareils de contrôle ou une image qui saute. Ou rien du tout. Certains sont indétectables.

- C’est pas humain ce truc là.

- Ce n’est peut-être pas elle.

A la voix d’Echo, je compris qu’il espérait que ce ne soit pas elle. Il avait autant la trouille que moi. « C’est peut-être un Sylphide ».

- Il aurait traversé le champ de force et n’aurait pas déplacé la porte ». Bon, il fallait se reprendre. Je déverrouille le sas intérieur, juste au cas où.

On est resté les yeux braqués sur la deuxième prote. Elle a glissé sur le coté puis elle a repris sa place. « Elle est nulle, on la repère très bien si elle bouge des portes. » J’essayais de détendre l’atmosphère par une touche d’humour. Je fais toujours ça quand j’ai la trouille.

- Peut-être le fait-elle justement exprès pour confirmer sa présence. Une dissimulatrice vraiment douée avec un bon implant aurait pu bloquer l’image pour qu’elle reste sur la position porte fermée. Enfin je crois.

- Faut peut-être pas exagérer.

Echo me dit de me taire. « Elle est peut-être dans la pièce ».

Cette idée me fait froid dans le dos. Quelqu’un que je ne connais pas, chez moi. Car je considérais le potentiellement innocente comme chez moi, et en train de m’espionner. Je comprenais mieux les réticences de Martel.

« Arrête de parler Mérino »

Je ne peux pas, ça me détends. Il y a quelqu’un ?

Je trouve que ma voix résonne bizarrement comme dans un grand espace vide et Echo à mes cotés ne fait pas le fier.

« La ferme Mérino »

« Il y a quelqu’un ? » Je répétai un peu plus fort.

« Chut, tu oublies les ordres, surtout faire comme si il n’y avait rien d’anormal. Nous sommes peut être aussi observés par les Sylphides ».

Mais que faisait Nanti, je ne tiendrais jamais une heure de plus ici. Il ne fallait pas trois jours pour faire des négociations bidon. Comme en réponse à mes supplications, il vient d’y avoir du mouvement sur l’écoutille arrière. Je déverrouillais et Nanti entre suivi d’un Charlie furieux. Ca se voit, il est, rouge, moite et encore plus moche que d’habitude

« Mais j’aurais pu le faire, c’est un bon prix et c’est normal qu’ils réclament une démonstration.

- Tu ne disais pas cela sur place. Tu m’as fait honte à te conduire comme un gosse dans les jupes de sa mère.

- Ils me fichent la trouille.

- Alors comment veux-tu bosser avec eux ?

- Mais je pourrais avoir un labo hors de Kelly »

C’est Le patron et Charlie qui se disputent. Aïe, le patron se tourne vers nous, je ne ais pas pourquoi, mais je sens qu’on va en prendre une.

« Pourquoi avez-vous rétabli le champ de force ? Vous n’allez pas me dire que vous faites des manières juste à cause d’une petite odeur ? »

Petite, je n’aurais pas dit ça. « Non Patron mais Thymothe est malade.

- Thymothe est toujours malade » Réflexion logiqu du patron, j’ai eu la même avant de constater par moi-même son état. Nanti continuait à avancer, Charlie toujours geignant derrière lui et maintenant suivi aussi par Echo.

« Patron, je crois que c’est grave. »

- Qu’est-ce qui est grave ?

- Thymothe, il a une forte fièvre et il délire. »

Nanti s’arrêt et Charlie cesse de geindre.

J’en profite pour interpeller Charlie « Tu devrais aller le voir, il est dans ma cabine.

« Bien, nous, on décolle. »

Le patron n’ajoute aucun mot sur la fille. Bon, d’accord, on verrait ça plus tard. Echo a pris les commandes. Logique, c’est le seul capable de piloter en atmosphère. Ses manœuvres sont à la fois rapides et sures, celles d‘un gars qui veut se retrouver vite très loin. Moi, je surveille la présence de vaisseaux éventuels dans notre sillage. Et merde, il y en a un.

« Patron, il y a quelqu’un dans le secteur, il ne semble pas nous suivre mais si nous continuons, nous risquons de croiser sa route.

- C’est prévu. C’est le Nuage d’été.

- Le Nuage d’été ? Je croyais que c’était nous ça ?

- Oui hé bien voilà le vrai. Ainsi, s’il plait aux Sylphides de nous chercher ils perdront du temps à poursuivre celui-là.

- Mais comment saviez-vous ?

- Nous sommes bons amis avec le général Vino du nuage d’été. Il se laissera appareiller par les Sylphides et ces derniers ne pourront que constater qu’ils se sont fait berner mais ne se risqueront pas à menacer un général de Valence.

- Parce que vous avez révélé nos plans à un général de Valence !

- Pas dans leur globalité mais une partie en effet et j’ai confiance en lui. Au fond ça l’arrange qu’on affaiblisse les Sylphides même si ce n’est que d’une simple illusionniste.

- Mais qui vous dit qu’il ne voudra pas la récupérer ?

- Pour la rendre aux Sylphides, quel intérêt ?

- Mais non, pour Valence. Les armées de Valence adorent s’entourer de sorciers en tout genre.

- J’ai confiance au général Vino c’est mon ami ».

C’est cela oui. Un général de Valence est toujours un général de Valence, jamais je ne ferais confiance à ces gens-là.

Chapitre 9

9

13/03/3023 Datation légale de Valence.

09H09 / 24 : horaire du vaisseau potentiellement innocente

Journal de bord du potentiellement innocente.

Nous avons atteint la bordure de la planète Kelly il y a douze heures. Je ne peux que supposer que la première partie du plan s’est bien passée vu que j’ignore tout de la façon dont la partie doit se jouer. Nanti nous a réuni un peu avant l’arrivée dans la salle des commandes pour nous donner nos instructions. Ce fut vite fait. Il nous a mis en garde contre les capacités télépathiques des Sylphides nous précisant que moins nous en saurions mieux ça vaudrait. Il a continué en disant que de toute façon, il y avait peu de risques que les Sylphides cherchent le contact avec l’un d’entre nous. Ses créatures n’aiment pas les humains et les considèrent comme des animaux. C’est insultant pour eux de nous approcher. Ca aurait dû me rassurer mais je me sentais vexé.

Après Nanti a sorti la consigne qui nous a tous soulagés : « Dans tous les cas, vous resterez dans le vaisseau, j’irai seul avec Charlie. »

Cette mission nous retournait les trippes à tel point que personne n’avait seulement envisagé de se plaindre de l’absence de recyclage des déchets dû au mode survie.

Martel avait quitté le vaisseau la veille sur ordre de Nanti. Il craignait que son statut d’esclave soit repéré et il l’avait déposé sur la station périphérique M23. Pour une fois, il ne s’était pas fait prier. On avait peut-être enfin trouvé quelque chose qui lui faisait vraiment peur. Je serai bien resté avec lui mais Nanti n’a pas trouvé cette suggestion pertinente. Dès notre entrée dans le périmètre de la planète, nous avons reçu un appel sur le réseau afin de nous identifier et donner la raison de notre approche. Nanti a donné l’identification du vaisseau sous le nom nuage d’été puis s’est présenté sous un faux nom : Commandant Siarro. Après, il s’est contenté de dire qu’il avait une offre de service pour les Sylphides.

Il y eut un long silence, du genre qu’il se passe quand on fait des vérifications d’identité. Puis un déclic et enfin, une réponse : « Le commandant du nuage d’été est connu sous le nom du général Vino ».

Aïe, les renseignements de Nanti avaient des lacunes

« Je lui ai racheté le vaisseau. C’est son premier voyage et je pense que les Sylphides seront heureux de me payer la dette d’un tel investissement dès qu’ils sauront le motif de ma visite ». Nanti a pris un ton plus sur de lui en disant ça. Difficile de le retranscrire avec son assurance.

Nanti avait-il un plan ou improvisait-il au fur et à mesure ? Je n’en avais aucun idée. Il y a eu un nouveau silence puis une réponse. « Commandant Siarro. Vous avez été second de la sécurité de l’impérium, le vaisseau principal de la flotte de Valence ».

Comment Nanti avait-il réussi à pirater une telle identité ? Ca ne passerait jamais. Pourquoi Nanti avait-il la folie des grandeurs ? J’imaginai déjà ses réflexions. Quitte à usurper une identité autant se payer une haute mesure.

« Tout à fait » a-t-il dit comme si c’était la chose la plus naturelle du monde.

« Nous ne traitons pas avec la corporation clanique de Valence. » s’est-il vu répondre

« Moi non plus. C’est pour cela que je les ai quitté et me suis offert ce vaisseau. Malheureusement, je n’ai pas la retraite que je mérite. Il parait qu’on ne la donne pas aux traîtres. » a-t-il dit assuré

« C’est vrai, les traîtres, ils les tuent. » qu’ils ont répondu. Et ils n’ont pas tord sur ce point.

« Disons que j’ai eu de la chance. Ma seule traîtrise est d’avoir souhaité une autre vie en compensation de services rendus. » Là je trouve que Nanti aurait pu trouver un argument plus pertinent.

Il y a eu un nouveau silence. J’étais certain que ça ne marcherait pas. J’avais même parié un beau paquet avec Echo. Une traîtrise est notifiée dans un dossier ou alors, Nanti avait trouvé la personne idéale pour prendre son identité. C’est vrai qu’il avait passé ses dernières semaines enfermés dans le bureau du réseau à concocter ses manœuvres d’approche mais les identités sont hyper protégées surtout les proches de Valence.

« Quelqu’un va passer vous voir. » qu’ils nous ont dit mais ils n’ont pas précisé si c’était quelqu’un, genre comme nous avec des bras des jambes et ce qui va avec ou une de ses choses.

Nous avons attendu les manœuvres d’appareillages mais elles ne sont pas venues. Par contre, un nuage mauve-vert a traversé le champ de force comme s’il n’existait pas. Il s’est déplacé dans le vaisseau et Nanti s’est approché les bras croisés. « Je suis le commandant Siarro » a-t-il dit. Pendant un long moment ils n’ont paru rien échanger puis la créature s’est approchée et l’a enveloppé dans un nuage aux couleurs changeantes.

Je craignais le pire, il l’interrogerait. Une fausse identité ne résisterait pas à un télépathe. Cette chose se rendrait compte que Nanti n’a jamais mis les pieds sur l’impérium comme sur aucun des vaisseaux de la flotte de Valence. Le silence s’est prolongé. « Bien sur » a dit Nanti au bout d’un temps qu’il nous a paru interminable et il a désigné Charlie en lui demandant de s’avancer. Le doc faisait moins le fier là. Il n’était pas loin de se pisser dessus, tout transpirant et tremblant. Le nuage a lâché Nanti, s’est approché de Charlie qui a fermé les yeux, en a fait le tour puis est revenu envelopper Nanti. Ensuite, la créature a pris de l’altitude et a traversé le champ de force, le nuage coloré est resté visible quelques secondes puis a disparu dans l’atmosphère de la planète.

« Nous avons l’autorisation d’atterrir mais l’équipage est cantonné à bord. Je sortirais comme prévu avec Charlie. » a lancé Nanti

Nous avons tous soufflé un bon coup. Thymothe s’est laissé tombé sur le tuyau de canalisation de la fosse à déchet et Echo a réclamé son fric. Rapport au pari qu’on avait fait et j’ai fait passer les crédits sur son compte. Je suis beau joueur. Quant à Charlie, il a murmuré que ce n’était pas une bonne idée ».

Nanti l’a rassuré en passant un bras autour de ses épaules. Je n’avais jamais vu Nanti si familié. « Nous allons devenir riches doc et tu seras célèbre ». Un sourire béat est apparu sur le visage de Charlie et un rictus moqueur sur nos visages à nous. Nanti savait prendre cet abruti par les sentiments.

« Mérino aux commandes. Tu vas assister Echo pour les manœuvres d’atterrissage en atmosphère »

Parait que la pause est finie. Le patron m’appelle

Chapitre 8

8

10/03/3023 Datation légale de Valence.

20H00 / 24 : horaire du vaisseau potentiellement innocente

Depuis notre départ de la froide, j'ai passé mes heures inscrites sous la classification : « temps libre » sur mon contrat de travail à chercher comment faire accepter un changement d'identité au vaisseau.

Vu l’état déplorable de la machine, j’ai eu l’espoir qu’au fond ça pourrait marcher. J'ai commencé de façon basique : Je me suis éclairci la gorge et j’ai déclaré avec assurance : Vaisseau tu es le nuage d’été.

Pas con, il m’a dit être enregistré sous le nom de potentiellement innocente.

Je l’ai tenté direct genre : changement d’identité : nouveau nom nuage d’été.

Je me suis vu répliquer que l’identification n’avait pas été validée au central réseau. Logique. J’avais déjà essayé cette procédure pour approcher les vaisseaux croisières. Ca ne nous avait pas posé de problèmes réels, pour eux, je me contentais de débrancher la connexion réseau entre les deux vaisseaux et Le scanne de Martel suffisait à les impressionner mais là c’était une autre affaire, les Sylphides avaient leur propres réseaux de renseignement.

Je l’ai tenté par des voix détournées, par codification, genre : V2342MS3010codix.Potentiellement.innocente/descriptionTemporaire.codix.Nuage.d.ete/PérimètreKelly.3023.

J’ai eu droit à une réponse écrite : Accès refusé. Ben oui, si c’était si facile, on le ferait tous.

J’ai tenté de le prendre au sentiment. Je suis sur qu’avec une puce IA plus développée j’aurai pu le convaincre. C’est d’ailleurs un peu pour cette raison qu’elles sont interdites

J’ai passé tout le trajet à bidouiller les circuits et les mémoires avec Nanti sur le dos pour me rappeler le temps qui passait.

C’est la proximité de Kelly qui m’a donné la solution. Je me suis dit : si on fait un coup pareil avec notre identité, ils nous retrouveront et je ne sais pas trop comment ils nous tueront mais je ne pense pas que j’apprécierais.

Ca m’a donné la solution si simple que j’aurais dû y penser de suite.

« Potentiellement innocente, passage en mode survie ».

Il y en a qui allaient râler car l’énergie disponible passerait en mode minimum mais ce n’était pas mon problème.

Là, j’ai reconfiguré le programme pour ajouter le nom de nuage d’été comme condition de survie nécessaire et suffisante.

Je n’aurais pas pu le faire à l’origine mais j’ai tellement bidouillé cette machine qu’elle a accepté le programme sous condition d’être hors du périmètre territoriale de Valence et comme justement le périmètre de Kelly est autonome ce devrait passer.

Bon, par contre elle sera loin de ses capacités maximales mais en cas d’urgence je repasse en mode manuel et le programme sera inactif.

J’ai annoncé la nouvelle fièrement à Maître Nanti, il m’a dit : « c’est pas trop tôt ». C’est beau la gratitude.

Il m’a ensuite demandé la fiabilité du truc. J’ai bien dû avouer qu’il s’agissait d’un simple cache et non d’un changement d’identité réel. Contre un scanne de Valence, on est mort mais il n’y en a pas sur le territoire Sylphide. Après, le vaisseau accepte de se laisser présenter sous le nom de nuage d’été et devrait résister à un interrogatoire basique Ce qui est déjà pas mal.

Nanti a dit qu’on s’en contenterait. De toute façon, on ne pouvait pas faire mieux

Chapitre 7

7

30/02/3023 Datation légale de Valence.

23H40 / 24 : horaire du vaisseau potentiellement innocente

On n'a pas fait goûter à Martel le climat de Froide. Nous ne sommes pas des monstres. Nous l’avons laissé s’égosiller durant la mise en route du vaisseau et il râlait toujours plus tard dans la soirée quand Nanti est revenu. Il lui a jeté un œil désapprobateur. Martel s’est levé, Nanti lui a dit « je ne veux pas entendre un mot » et il s’est tu. On aurais dû y penser avant. Quoique, si c’était moi qui lui avais demandé de se taire, il se serait contenté de crier plus fort. Ensuite, Nanti m’a dit que je devais me débrouiller pour que le vaisseau accepte son changement d’identité ce à quoi j’ai répondu que c’était une fausse identité et qu’un vaisseau refuse de mentir. Il m'a dit, tu le fais bien pour les vaisseaux croisière. Evidemment, les vaisseaux croisières n'avaient pas de capteurs d'identité, ils devaient faire passer leurs vérifications par un central ce qui nous laissait le temps de nous barrer. Je lui ai expliqué mais il m'a dit : « débrouille toi » et a demandé à Charlie de le suivre. Quand Charlie est revenu, il était plus heureux que jamais. Il s’est attablé avec nous et sans attendre qu’on lui demande ce qui le mettait si en joie, il s’est mis à palabrer en s’accompagnant de grands gestes. Il nous a dit que Nanti voulait savoir si ses connaissances en génétiques pouvaient vraiment être d’une quelconque utilité pour les Sylphides et il lui aurait sorti le grand jeu comme quoi, c’était plus qu’intéressant, c’était essentiel, que les Sylphides avaient des idées révolutionnaires que nous, simples humains ne pouvions concevoir bloqués par notre morale étriquée et qu’ils avaient besoin de mains aussi habiles que les siennes. « Et vous savez quoi les gars » nous a-t-il dit. « Je l’ai convaincu. Le patron pense maintenant que cette histoire de Sorcière, c’est dangereux pour pas grand-chose et qu’il gagnerait bien plus en marchandant mes talents pour les Sylphides. Ils me donnent leur technologie, je la mets en pratique, vous exportez les résultats. Nous allons être riches les gars ». Il continua en terme technique sur toutes les horreurs qu’il pourrait engendrer et quitta la salle commune dans un état d’euphorie digne de la plus forte des drogues.

J’avais du mal à croire que nous avions un tel monstre à bord. Bien sur, nous ne nous faisions plus d’illusion depuis longtemps sur la moralité du doc. Mais je pensais qu’il lui restait tout de même un bout de cœur. En tout cas, son discours n’avait aucun sens pour moi.

Premièrement, quand Nanti a une idée en tête, personne ne peut la lui ôter.

Deuxièmement, Nanti est contre l’esclavage, alors faire de la sélection génétique pour de la reproduction d’esclave, car si j’avais bien compris les projets du doc, c’est de cela qu’il s’agissait, c’était impensable.

Thymothe était aux commandes et Martel boudait dans ses quartiers. Je me tournai vers Echo. « Qu’est-ce que tu en penses ?

« Je crois que Nanti veut se servir de Charlie pour les appâter afin de les approcher. »

En leur proposant ses capacités médicales si je peux appeler ainsi une telle boucherie ?

« Oui, pourquoi pas. A mon avis ça peut marcher. »

Mais le doc y croit dur comme fer, il imagine réellement qu’il y va pour ça. Je ne peux pas croire que Nanti aurait changé de projet.

« Sans doute pas mais les Sylphides ont une grande sensibilité télépathique. Il vaut mieux que Charlie pense qu’il est réellement là pour ça, sinon, ils risqueraient de se méfier. Tu connais les talents de comédiens de Charlie ? »

Non, je ne lui connaissais aucun talent et si je ne pensais pas qu’il pourrait faire du mal, je le laisserais volontiers aux Sylphides. Je m’inquiétais soudain encore plus, même si cette mission suicide réussissait et que Nanti récupérait la fille qu’est-ce qui disait que le doc ne la dénoncerait pas moyennant récompense ? C’était de la parano sans doute. Le doc n’avait aucune moralité mais il restait fidèle à Nanti. Ca devrait suffire à me rassurer. Ca devrait.

Chapitre 6

6

30/02/3023 Datation légale de Valence.

15H00 / 24 : horaire du vaisseau potentiellement innocente

13H00/32 : Horaire 3eme base planêtaire de Froide


« Prends un autre verre, je sens que tu en as besoin.

C’est Marco qui a dit ça. Un vieux pote à moi. On s’est rencontré il y plus de dix ans, depuis, on se voit une fois par an quand on a le malheur de faire les réserves d’eau sur la Froide. Et encore, ça faisait bien trois ans qu’on ne s’était pas vu cette fois ci. Mais, on se parle à l’occasion quand on arrive à pirater un créneau sur les réseaux comm. Les communications sont de plus en plus pénibles. Tant qu’il s’agit de communications prioritaires, ça passe mais pour dire bonjour à un pote c’est de plus en plus compliqué et onéreux. Alors moi, jusque récemment je faisais passer mes communications perso comme prioritaire mais on s’est fait repérer, Nanti a dû taxer. Enfin il a déboursé ça de ma paye alors maintenant, j’évite.

Marco est toujours la bouteille tendue au dessus de mon verre à attendre que je me décide

Oui, remplis-le moi, je finis mon compte rendu.

« Il garde en mémoire le détail des missions du potentiellement Innocente ». Heureusement que Martel est là pour les explications. Qu’est ce que je ferais sans cet incorrigible mêle tout.

« Ha c'est à ça que sert le micro satellite qui tourne au dessus de sa tête. Parce que vous ne faites pas que vous la couler douce sur le potentiellement innocente ? »

La ferme, je ne peux rien enregistrer dans ce boucan. Et Marco qui fait des poses débiles devant le drone.

Tu peux toujours faire le beau la carte graphique est naze ». Ho et puis, je vais laisser Martel et Marco et me poser à l’écart.

Compte rendu du potentiellement innocente en transit sur la planète Froide. Nous n’avons rempli que la moitié de la cargaison du vaisseau avant d’appareiller. Nanti était pressé de partir. L’équipage étonné et je n’osais pas dévoiler ses projets consistant à transiter par la planète Kelly ce serait un coup à ce qu’on me le reproche comme si c’était de mon idée alors que j’ai tout fait pour le dissuader de ce projet. Aussi, quand on m’a demandé pourquoi on repartait si vite, lâchement, j’ai dit que je n’en savais rien.

Le patron a réuni l’équipage et a commencé ainsi avec un grand sourire : J’ai une surprise pour vous.

Toutes les oreilles se sont tendues. Et il a continué

Nous nous dirigeons vers une planète et plus, nous comptons atterrir dessus.

Il y a eu des acclamations de surprise de la part d’Echo, le nom du joyaux vert est sorti de la bouche de Charlie, c’était la planète de catégorie A la plus proche. Thymothe a grogné qu’il ne descendrait pas et qu’il refusait qu’on pollue le vaisseau avec de l’air non traité.

Moi, je savais qu’il parlait de Kelly alors je n’ai pas sauté de joie. Puis Nanti a continué surprenant tout le monde même moi. Nous allons sur la planète Froide. Il y a eu un hooo de désespoir puis chacun est retourné vaquer à ses occupations.

« Quoi ? » a dit Nanti comme s’il était vraiment étonné de leur réaction en se tournant vers Thymothe et moi les seuls à ne pas être déçus, il a dit qu’il fallait bien qu’on se ravitaille en eau.

Il a fait semblant d’être étonné mais j'ai très bien perçu la joie perfide qu’il éprouvait à avoir donné de faux espoirs aux autres.

Thymothe a répliqué qu’il préférait cent fois cette boule de glace remplie d’intégristes dérangés du cerveau car au moins, il y avait un champ de force et de l’oxygène. Enfin, ce qui pour lui est du vrai oxygène, traité, antibactérien. Voila comment on s’est retrouvé sur Froide. Moi, je n’étais pas mécontent, Nous allions de moins en moins sur Froide. D’abord c’est excentré même par rapport à nos trajets pourtant souvent excentriques afin d'éviter les mauvaises rencontres du genre contrôle de la corpo de Valence et puis l’ambiance y est de pire en pire : Les conditions sont rudes car toute l’économie est centrée sur le recyclage de la glace en eau potable. C’est un travail épuisant dans un environnement hostile mais en plus, comme si ça ne suffisait pas, ils se rajoutent des problèmes. Ainsi, il y a là dedans une profusion de sectes mystiques des plus malsaines. On dirait que ces gens sont en pleine régression. Par contre, j’y ai un bon copain. Enfin, j’avais un bon copain car depuis notre arrivée, il n’arrête pas de me charrier ce qui fait rire Martel mais moi, beaucoup moins.

« Tu as fini de raconter ta vie à cette machine. Je te mets un glaçon dans ton verre. C’est le petit luxe du coin ».

Quand on parle de lui. C’est mon pote en question. Il s’appelle Marco. Il est ingénieur dans une petite exploitation de glace. Je vais y aller. C’est pas tous les jours qu’on a des glaçons.

« Parait que les affaires marchent ?

Vu les affaires qu’on fait, je préfère éviter d'être trop précis dans ce domaine. On se débrouille

« Tu en as de la chance, ici c’est pas le pied. »

J’ai cru le comprendre, En passant la douane, on nous a dit que la section deux nous était interdite. C’est quoi encore que ces histoires ?

« C’est justifié. C’est un véritable coupe gorge. Il se passe des choses vraiment pas nettes. Le taux de suicide ne cesse d’augmenter au point que maintenant, il s’institutionnalise. Les gens viennent se suicider en se jetant des gorges du delta et des tribunes ont été installées au bas pour assister au spectacle des mecs écrasés et les louent pour leur dévouement prétextant que leur mort est une offrande à Froide. Ils interdisent le secteur aux nomades de passage pour éviter que certains se retrouvent en héros suicidé car, s’il n’y a pas assez d’offrandes, les étrangers sont vite passés par-dessus bord de force.

« C’est horrible ! » S’est exclamé Martel. Moi, je me suis contenté de faire remarquer que ce n’était pas bon pour le commerce. A force de bourlinguer, on est blasé aux absurdités de la race humaine.

« Les extrémistes font courir l’idée que plus il y aura de suicide plus il y aura du boulot pour les autres.

Stupide.

« Tu peux le dire, déjà, nous sommes mal placés mais en plus certains font un détour jusqu’à Traille pour se réapprovisionner alors qu’ils sont plus chers. Tu veux que je te dise, à faire les cons comme ça, un jour, on remettra les IA au pouvoir. Le travail sera mieux fait, plus vite, et sans râler. Je veux bien faire du social en embauchant de la main d’œuvre humaine mais faut qu’ils y mettent du leur. Il y a déjà deux exploitations qui ont fermé depuis le début de l’année de Froide. En plus les taxes ne cessent d’augmenter comme pour tout exploitant de matière première. »

Et évidemment, je suppose que vous n’avez pas la sécurité dont vante le clan de Valence.

« Bien sur que non. Valence, on les a vu il y a cinq ans quand il y avait encore la Bérangère au pouvoir. Ils sont venus remettre un peu d’ordre. Mais maintenant que la situation est désastreuse, plus personne.

A la dernière réclamation, vous savez ce qu’on s’est vu répondre ?

Une fois qu’ils se seront tous suicidés, le problème sera résolu. Je te jure”

Oui, évidemment.

« Tu sais », il continua sur un ton plus bas. Nous étions installés à une table d’un bar public à l’extrême limite du champ de force protégeant du climat invivable de froide. Le panorama dominait des glaciers à perte de vue et le vent soulevait des tonnes de neiges. Mais moi, avec ma chemise, à l’intérieur, j’étais bien.

Il regarde encore autour si personne n’est dans les parages pour surprendre notre conversation. Grâce à mes talents de bricoleurs, j’ai réussi à réparer un capteur et le mettre en réseau avec mon drone pour subvocaliser mes commentaires. Très discret. Et, sans me vanter, c’est un boulot de pro vu le matériel à ma disposition.

Marco est près à parler. Il ouvre la bouche, c’est parti : « Je tiens à dire que je ne me suis jamais impliqué dans la guerre mais je dois admettre que l’idée d’un gouvernement centralisé pour régenter le système, j’étais plutôt pour. C’est vrai pour le commerce, ça a du bon : monnaie commune, lois communes, horaires communs, langue commune, ça facilite les choses ».

Il marque une pause attendant sans doute une réaction de notre part. Je hoche la tête. Ca peut aussi bien vouloir dire oui que non. Dans un sens, sur ce qu’il a dit, je suis d’accord. Surtout pour nous les nomades c’est plus pratique mais il y a de l’abus et c’est une perte de liberté, d’individualité. J’en aurais des choses à dire sur le sujet mais si j’ai appris une chose, c’est que, pour garder de bonnes relations avec ses potes, il faut éviter de parler politique. Marco n’a pas du apprendre ça. Il continue sur une pente vraiment glissante. Et on s’y connaît sur la Froide en pente glissante. « même plus loin » continue-t-il si bas que je dois mettre le micro à fond. « Que ce soit le clan de Valence qui dirige le système, je trouvais que ce n’était pas une mauvaise idée. Au moins, ils avaient la carrure même si ça passe par la sorcellerie. Et c’est vrai qu’avec eux, certaines voies sont devenues plus sures en particulier dans le centre du système et ils nous ont apporté de sérieuses améliorations techniques. Du temps où la Bérangère était chef de la sécurité, ça se passait bien. Elle était ferme, demandait des taxes énormes mais au moindre pépin, c’était une armée entière qui déboulait pour le résoudre. Au fond, nos n’avons jamais autant prospéré que durant cette période. Et l'empereur Pantin savait se faire respecter. Maintenant, on dit que c’est à peine s’il peut se déplacer de son lit à son fauteuil. D’ailleurs avoir élu Kari comme chef de la sécurité a bien prouvé qu’il avait perdu la tête. Avec Kari, c’était la déchéance, genre on vous plaint, on traite le dossier, on pense à vous… mais rien de plus. Paraît qu’il marchait au pot de vin. Jamais essayé, on n’a pas les moyens. Et maintenant que Mélanie a été élue chef de la sécurité…

« Mélanie a été élue chef de la sécurité !? » Le hurlement, c’est Martel. Je baisse le micro.

Marco se reprend. « Non c’est l'ordonnance Malhari qui a pris le poste mais tout le monde sait qu’il a trop à faire et qu’il gère maintenant le système à la place de son père même si ce n’est pas officiel. A mon avis, Mélanie a toute liberté pour agir à sa guise et même si ce n’est qu’une esclave, devant elle, la seule chose d’intelligent à faire, c’est la fermer.

« Qu’est-ce que tu en sais ? » maugréa Martel.

Je lui donnais un coup de coude. Il était temps qui lui aussi apprenne qu’il y avait des sujets de discussion à éviter. En plus il n’y connaissait rien en politique, il n’avait pas connu de vrais conflits du moins pas depuis ses dix ans. Marco continuait imperturbable. Sans doute n’avait-il pas souvent l’occasion de parler ouvertement.

« C’est simple plus personne n’ose même réclamer quoi que se soit de crainte de la voir débarquer. On sait comment elle résout les problèmes. Elle serait capable de faire exploser Froide. Plus de planète, plus de problème. C’est ce qu’elle a fait pour la station K34. Elle a tout fait sauter prétextant que c’était un ramassis de drogués et de délinquants. »

- Ca va, n’exagère pas » lance Martel. « Et d’ailleurs, tu te contredis, tu dis vouloir faire passer ton exploitation sous intelligence artificielle mais tout le monde sait que c’est ce qui a détruit la K34. A force de tout gérer par IA, ils n'avaient tellement rien à faire qu’ils sont devenus dingues.

- De là à les faire sauter. La folie des grandeurs du clan de Valence, c’est une chose de s’approprier tout le système, c’est autre chose d’être capable de le gérer derrière. »

En ce qui me concernait, j’étais bien content que Valence ne nous ait pas dans le collimateur mais d’un autre je comprenais que mon pote réclame ce à quoi il avait droit. Valence nous obligeait à leur verser une fortune en taxe en tout genre soit disant pour assurer la sécurité mais si leur flotte était une véritable forteresse, la sécurité s’arrêtait là. Ils étaient incapables de gérer un espace aussi vaste. D’un autre coté, si c’était pour avoir Mélanie sur le dos, c’était soigner le mal par le mal. Ses méthodes sont un peu trop expéditives. Soit tu es d’accord, soit tu es mort. Une vraie spécialiste du nettoyage par le vide.

Sans doute Martel n’est-il pas assez mur pour comprendre tout ça.

Je vais le plaisanter pour détendre l’atmosphère. C’est que l’humour, ça me connait : C’est toi qui défends Mélanie ! où tes hormones ?

Je prend Marco à témoin. « C’est peut-être une salope mais elle est sacrément bonne. » Marco approuve vivement. « Une chaude » précise-t-il. Au moins, ça déviait la conversation sur un sujet moins sérieux et non soumis à polémique.

Martel s’est levé d’un bond. « Je ne défends rien du tout. Je déteste Mélanie, sans doute bien plus que vous, c’est la créature la plus vile de tout le système. Elle n’a aucune moralité, elle ne pense qu’à elle. C’est un… un monstre » finit-il par sortir s’égosillant presque attirant l’attention générale.

Jamais je n’avais senti tant de haine dans les propos du gamin. Il continuait : « Mais vous ne valez guère mieux à parler de façon si vulgaire. C’est une femme et la traiter ainsi, ça, …Ca ne se fait pas » conclut-il ne trouvant rien de plus consistant. Et arrête d’enregistrer Mérino »

Hum hum

Il s’est éloigné. Il longeait le champ de force absorbé par le paysage. C’est vrai que c’est grandiose. Il y aurait moyen de faire quelque chose ici. Construire une station plus moderne et plus luxueuse pour attirer une clientèle touristique par exemple. Bon, c’était sans doute un peu loin de tout pour un voyage d’agrément mais je suis sûr que pas mal de gens aimerait vivre ici si c’était mieux aménagé et plus sur. Après tout, c’est déjà une planète. Même si la température ne dépasse pas les -30 et qu’il n’y a pas un pet d’oxygène, ça a tout de même un certain cachet. Je soupirais et me tournai vers mon ami.

« C’est vrai que tu est pénible avec ton drone »

Il n’allait pas s’y mettre aussi. Personne ne pouvait reconnaître l’importance de ma tâche ou quoi.

« Qu’est-ce qu’il a ? » continua-t-il en désignant Martel

Quinze ans. Je n’allais pas m’étaler sur les crises d’adolescence de Martel. Il remettait toujours tout en cause, juste pour le plaisir de contredire. Bref, la psychologie, c’est pas mon truc. Nous n’étions plus que tous les deux avec Marco et ça tombait bien. Moi aussi j’avais besoin de me confier. « Tu sais garder un secret ? »

Il se rapprocha de moi s’appuyant sur ses coudes. Il avait complètement oublié le petit « C’est moi ! » dit-il.

Ca voulait dire oui. Je pouvais lui faire confiance.

Je pense que Nanti a la folie des grandeurs.

Marco se laisse aller en arrière en riant. « Ca n’a rien d’un secret, tout ceux qui le connaissent le savent. N’est-ce pas pour cela que vous l’avez surnommé Maître Nanti ? »

Je lui fis signe de baisser d’un ton et d’arrêter de se foutre de moi.

On l’a appelé Nanti parce que c’est un privilégié. Il avait un vaisseau à lui seul et un paquet de pognon suffisant pour monter un équipage. C’était un Nanti. D’où son nom. Et on dit maître Nanti car il veut toujours tout diriger.

« Parce qu’il n’a pas de nom à lui ? »

Si, je l’ai su mais j’ai oublié. Et il aime bien qu’on l’appelle ainsi. Enfin, je crois.

Bref, là n’est pas la question. Enfin dans un sens si. Il aime se faire appeler maître ou patron mais il est tout ce qu’il y a d’opposé à l’esclavage. La preuve en est du petit Martel. Je t’avais confié que c’était un esclave ?

« Oui et t’inquiète, il est hors de question que je le dénonce, c’est un bon petit gars ».

Oui, et Nanti aurait pu toucher une belle prime en le dénonçant mais il a préféré non seulement le garder mais lui donner un vrai salaire comme n’importe quel homme libre.

« Il a raison, c’est injuste l’esclavage. Ca va pour les clones qui sont conçus pour ça mais Martel, il est intelligent, ce doit être le descendant d’une prise de guerre. C’est malsain de faire payer ainsi la descendance.

- Ouhai. Mais Martel, il nous est tombé dessus sans faire exprès pendant la guerre. Ses maîtres sont morts, sans doute a-t-il été notifié comme décédé. Le risque était minime. Là, Marvin lui a monté la tête.

Je t’ai déjà parlé de Marvin ?

« Le sorcier qui vous fournit en attrape nigaud ? »

Shaman de bas étage et on garde le titre de Sorcier pour vendre plus cher ses marchandises.

« Vous devriez arrêter de commercer dans la magie, c’est un marché qui s’écroule. Plus personne n’a du fric à dépenser dans de l’illusion. Les gens veulent du concret qui se mange ou qui se boit de préférence. Un truc qui fait vivre. »

Désolé de te détromper mais nous avons trouvé un filon pour investir les vaisseaux croisières de ses parvenus qui voguent sur l’or.

« Comment ? »

Je ne vais pas te révéler tous nos petits secrets, déjà celui dont je vais te parler est le pire.

Là, j’avais toute son attention. J’en profitai pour cracher le morceau : Nanti veut se payer un sorcier pour se protéger des indépendantiste. Et pas un genre Marvin, un vrai.

« Mais outre la rareté de la chose, il sait le prix que demande ce genre de mercenaire ? »

Oui, il sait le prix que ça coûte et bien sur que non, nous ne l’avons pas.

Marco attendait. Je me délectais de finir doucement mon verre. Je voulais lui parler de ça car j’avais besoin de me défouler avec quelqu’un qui comprenne mon point de vue. Qui puisse me soutenir, dire à quel point c’était de la folie. Ca ne changerait rien, mais ça m’aurait fait du bien. Je n’avais pas pensé au plaisir que ça me procurerait de le voir si curieux d’entendre mon histoire. Ca me donnait un petit pouvoir sur lui, ma foi, bien agréable.

Donc Marvin lui a parlé d’un coup totalement dément. J’ignore comment il a un vent de cette histoire et je te passe les détails mais nous sommes en route vers la planète Kelly pour voler une sorcière, esclave des Sylphides.

Je lui aurais bien dit les détails mais Nanti m’avait jeté dehors avant de les connaître mais ça je ne pouvais décemment pas le dire à Marco.

J’avais attendu exprès qu’il soit en train de boire pour révéler ça. Le résultat ne s’est pas fait attendre. Il s’étrangla, se mit à tousser, est devenu tout rouge avec même quelques larmes aux yeux, puis s’est calmé, et maintenant, il inspire profondément et dit la seule chose logique : « Il est malade ! »

Je pense aussi.

« Mais les Sylphides ne sont pas humain. »

Je sais oui.

Les Sylphides font partie de ses trois races dites intelligentes qu’on côtoie. Il y a les cooques, des sortes de mollusques ignobles qui ont été classifiés comme êtres intelligents à mon avis un jour que les scientifiques avaient un coup dans le nez car ce ne sont rien de plus que des animaux visqueux qui en sont encore au stade de la division cellulaire pour se reproduire, les lames qui nous ont presque laminés il y a 500 ans mais qu’on tient à l’écart du système aujourd’hui et qui parasitent la frontière et les Sylphides qui vivent sur leur planète d’origine Kelly et qui pour eux le terme intelligent est malheureusement très adapté. L’avantage pour nous, c’est qu’ils sont immatériels et un nuage de gaz vaguement coloré n’a jamais fait de mal à personne. L’inconvénient c’est que, comme ils ne sont pas cons, ils ont réussi à pervertir une véritable armée humaine à leur service, ils se sont procurés des vaisseaux car même s’ils peuvent traverser l’espace, ils ont besoin d’oxygène, de souffre et de lumière. Il y a quelques générations tous les grands scientifiques venaient les consulter. Avec Leurs esprits géniaux, ils résolvaient les problèmes les plus complexes moyennant des sommes de crédits incroyables. C’est même eux qui ont conçu les premières IA. A l’époque, nous avons beaucoup ri n’imaginant pas à quoi ils utiliseraient cet argent. Maintenant on plaisante moins en voyant leur flotte et les mercenaires qui les servent. Même le clan de Valence préfère tolérer leur présence tant qu’ils se cantonnent à leur territoire. Heureusement, c’est réciproque. Ils n’osent pas se lancer dans une guerre ouverte s’opposant au système. Sur ce point, j’admets, si nous n’avions pas un gouvernement commun, sans doute la flotte Sylphide nous aurait posé de sérieux ennuis. Mais pour l’instant, nous avons un accord tacite. On leur fout la paix, ils nous foutent la paix. Après, bien sur, même si Valence a interdit toute transaction avec eux, il se trouve encore des fous très riches et inconscients pour aller les payer pour qu’ils résolvent leurs problèmes aussi ils sont de plus en plus puissants mais en général, ils n’ont pas plus envie de nous côtoyer que nous de les côtoyer.

Marco était resté silencieux. Il réfléchissait. Tout d’un coup il se lança et pointa un doigt vers le haut. « Premièrement, ils interdisent l’accès à leur monde à la plupart des humains. »

Sur ce point, Nanti m’a paru très confiant, je crains qu’il ait un plan.

Marco ne se démonta pas et leva un autre doigt. « Deuxièmement. Ils ne communiquent que par télépathie avec des télépathes ».

Je secouai la tête. « C’est une légende ça. Ils s’expriment par télépathie mais avec n’importe qui et nous comprennent très bien. C’est juste que souvent ils nous considèrent comme trop indignes pour qu’ils prennent la peine de communiquer avec nous ».

J’avais épaté Marco par ma science là. Comme quoi, s’ennuyer au point de se retrouver à potasser les documents intello de maître Nanti, ça sert.

« Le résultat est le même, ils ne voudront pas parler à Nanti sauf s’ils sont sur qu’il a les moyens de cracher un bon paquet de pognon et crois-moi, ils ont les moyens de jeter un œil, si je puis m‘exprimer ainsi, sur le compte bancaire de n’importe qui. »

Faut espérer, ainsi, on sera proprement mis dehors. Tu imagines si Nanti réussit, c’est un coup à se mettre toute la flotte de mercenaires au service des Sylphides sur le dos.

« Pas sur, si ça se trouve, une humaine en moins, ils ne le remarqueraient même pas. »

Une dissimulatrice et créatrice d'ombre en plus.

Marco siffla « ha oui quand même, c’est un joli morceau. Mais les Sylphides se fichent de dissimuler quoi que ce soit. Au contraire, ils étalent leur pouvoir. Par contre vous, vous jouez avec le feu. Les sorciers ne sont pas justes des petits gars à qui on met un implant supplémentaire. Ils ne sont pas normaux. Tu es un technicien, un mec concret. Faut pas faire confiance en des gens qui font des trucs pas scientifiquement explicable parce qu’on ne me fera pas croire que leur implant psychique explique tout. Ils remuent des trucs pas nets en tâtonnant dans des réalités qu’on ne maîtrise pas et ça leur détruit la cervelle ».

C’est qu’il me fichait la trouille là, encore plus que ce que j’avais déjà

« Et au fait, je croyais que Nanti était contre l’esclavage ? »

Oui, je suppose qu’il veut lui donner le même statut bancal qu’à Martel. Une vie libre mais avec une fausse puce d'identité et un salaire dans nos moyens qu’elle pourra piocher sur le compte de Nanti.

« C’est pas con. Si cette fille s’enfuit, elle prend le risque d’être ramenée aux Sylphides contre récompense ou au mieux être prise comme esclave par quelqu’un d’autre. Donc, elle restera et une Sorcière à bas prix, ça peut vous rapporter gros. Bien sur, faut pas qu’elle se retourne contre vous. »

Tu ne vas pas t’y mettre ! Je cherchais un soutien, quelqu’un de sensé plaignant ma mort prochaine mais au fond son enthousiasme était agréable et pendant une seconde je me voyais dans le potentiellement innocente refait à neuf avec salle de projection géante et une cargaison de pierres rares, de tissus et autres babioles inutiles mais qui se vendraient à prix d’or et ma commission qui montait, montait. Mon moral monta en même temps, atteignit des sommets et retomba aussi vite. A quoi ça sert si nous sommes tous morts ?

« Je ne pense pas que ce soit si fou en y réfléchissant. Les Sylphides ont un gros défaut, ils s’imaginent qu’ils sont si puissants que personne n’oserait les attaquer. Ils envoient leur mercenaires un peu partout mais je ne crois pas que leur base soit réellement une place forte. J’ai capté une transmission entre deux Intelligences Artificielles qui échangeaient des informations sur les Sylphides et de ce que j’ai appris, j’imagine mal qu’ils déploient toutes leurs forces pour retrouver une esclave. »

T’occupes toujours tes temps libre au piratage et décodages de transmissions illégales ?

Marco hausse les épaules. « On s’occupe comme on peut. Les divertissements sont rares sur la Froide »

Si elle est vraiment très puissante, ils ne la lâcheront pas et ça, tes IA ne le prendront pas en compte. Ces machines ont été conçues avant le développement de la magie et n’y comprennent rien dans l’exploitation de ce domaine. Comme tu l'as dit, pas assez logique.

« Si elle est puissante mais qu'elle se barre, c'est qu'elle n'est pas fidèle, ils ne pourront pas compter sur elle. Surtout une dissimulatrice. Ils ne tenteront pas de lui demander de cacher un vaisseau qu’elle pourrait laisser voir à l’ennemi histoire de se faire récupérer. Non, si ils la retrouvent, ils la feront tuer proprement. Donc, à partir du moment où elle est partie, elle ne vaut plus rien. Après, sans doute voudront-ils la retrouver et la faire tuer comme exemple mais de là à mettre la flotte en branle bas de combat pour ça. »

Je n’avais pas vu ça ainsi mais son raisonnement me paraissait logique. J’approuvai de la tête.

Mais, toujours si elle est puissante, ils pourraient déployer leur force pour éviter qu’elle ne passe à l’ennemi.

« Absurde » dit Marco directement. « Les sylphides ne se laissent pas abuser par une petite magie humaine. Les pouvoirs d’une sorcière n’auraient aucun effet sur eux et comme tous leurs vaisseaux ont au moins un Sylphide à bord, elle pourra se retourner contre eux sans plus d’effet qu’une poussière. La seule magie qu’ils craignent chez les humains est celle de Calice et si ta sorcière leur arrivait à la cheville, ils l’auraient proprement fait tuer. »

Je dois admette que ses propos étaient rassurant. Je m’étais souvent dit que Marco aurait pu trouver mieux que se geler sur cette boule de glace malsaine. Il venait encore de m’en donner la preuve. Quand je suis revenu au potentiellement innocente, je suis passé trois fois devant le vaisseau avant de le reconnaître. Enfin même pas, ce que j’ai reconnus, c’est Charlie, Thymothe et Echo, tout trois bouche bée devant un grand vaisseau blanc et bleu fraîchement repeint tranchant au milieu de vaisseaux noirs plus discrets. Mais c’est le potentiellement innocente me suis-je écrié.

Les autres ont approuvé de la tête, trop abasourdis pour dire un mot.

Une voix s’est élevée derrière nous. « Non, c’est le nuage d’été. En provenance de la belle d’été. »

Nous nous sommes retournés en chœur pour voir Nanti.

« Du moins provisoirement. »

Aïe, là, nous faisions un grand pas dans l’illégalité en dissimulant l’identité réelle du vaisseau sur une large échelle voire deux si ce nom existait déjà et que nous faisions de l’usurpation d’identité. Ce qui était sûrement le cas car les Sylphides vérifient sûrement l’identité des vaisseaux en approche.

Un flot de questions sortit de la bouche de mes camarades. Nanti est passé au milieu d’eux sans un regard. « Explique leur » a-t-il fini par dire en me désignant d’un geste de dédain.

Je ne sais pas si je dois me réjouir d’avoir l’attention générale ou me désoler car les reproches qui vont fuser seront pour moi. Ce n’est peut être pas la peine d’enregistrer la suite.

J’ai répété encore une fois l’histoire. Celui qui a réagi le plus vivement, ce fut encore Martel criant que c’était la pire idée que Nanti ait jamais eu. J’étais d’accord mais je me suis évertué à répondre aux questions en reprenant les réflexions que m'avaient apporté Marco et arrivais presque à convaincre Echo. Charlie de son coté était positivement ravi depuis le début. Il s’est lancé dans une apologie de la culture Sylphide parce qu’ils concevaient les hommes à leur service comme une sorte de cheptel qu’ils s’évertuaient à améliorer à chaque génération et qu’il était sur que ses expériences sur le clonage amélioré seraient appréciées par ses monstres à leur juste valeur puis, Il s’est précipité pour retrouver Nanti à l’intérieur et lui faire part de ses réflexions sur le sujet. Il est malade Charlie.

Voila qu’il voulait commercer avec les Sylphides afin de leur donner de quoi renforcer leurs armées qu’ils lanceront ensuite contre nous.

Thymothe a réagi moins vivement que je ne l’aurais cru se contentant de dire qu’on pouvait faire ce qu’on voulait, qu’il ne sortirait pas du vaisseau et que si une de ces boules de gaz s’approchait, elle tâterait de sa nouvelle mitraillette. Je lui ai fais remarquer qu’à part faire des trous dans le vaisseau, ça n’aurait pas d’autres effets et il a fait la grimace prétextant qu’on ne pouvait nommer : « civilisé » un peuple qui ne mourrait pas dignement avec une arme de ce prix.

Martel a argumenté en gueulant les failles de ce plan, exigeant des détails que Nanti avait comme à son habitude omis de transmettre et concluant par l’idée que les sorciers étaient des êtres malfaisants et que même si, par miracle, on réussissait cette mission suicide, se serait encore pire car on se retrouverait avec une sorte de monstre sanguinaire qui n’hésiterait pas à nous jeter dehors pour prendre le contrôle du potentiellement innocente. Bien, merci Martel. Sans doute devrait-il faire un tour hors du champ de force tâter un peu la glace, lui. Un peu de vent frais lui remettrait les idées en place.


Chapitre 5

5

14/02/3023 Datation légale de Valence.

18H45 / 24 : horaire du vaisseau potentiellement innocente

Journal de bord du potentiellement innocente :

Je n’ai pas la suite de la négociation, La réserve d’énergie de mon drone a craqué. Il est tombé d’un coup sans prévenir, pile sur ma tête pour le plus grand plaisir de Marvin. En principe, il aurait dû m'avertir qu’il était presque déchargé. Ou tout au moins s’allumer car son système vocal est en rade. Je crois qu’il n’a pas pu anticiper car c’est une sous fonction de l’IA réseau qui elle aussi est naze. D’après Marvin, je devrais couper le système de lévitation afin de le rendre plus économe. J’y ai songé bien sur mais si je le fais, il ne lui restera vraiment plus rien à cette carcasse. Marvin m’a proposé de le recharger pour un prix modique. L’arnaque, il aurait pu au moins me le faire gratis depuis le temps qu’on se connaît en plus, vu la palette de panneau solaire qui entoure la station, l’énergie ne doit rien coûter ici. Il m'a aussi proposé un filon pour une nouvelle fonction IA, le genre de truc totalement illégal et hors de prix. « Je ne vais pas risquer de me faire pincer avec un truc dans le genre, si les intelligences artificielles trop développées ont été interdites c'est parce que leur autonomie les rendait dangereuse Et ne me regarde pas comme ça, Marvin, je dis ce que je pense.

« Mouhai, et moi je pense que tu ne veux pas simplement dire que tu n'as pas les moyens. »

Évidemment que je n'ai pas les moyens et évidemment que si je les avais je ne serais pas contre frimer avec un petit drone en IA11 autonome légal ou illégal.

Après négociation, nous avons commandé à Marvin : 500 charmes de séduction, 300 gris gris contre le mauvais œil, 10000 sachets de poudre anti fatigue.

Nous avons abandonné les crèmes de jeunesse dont l’effet est, il faut l’avouer inexistant.

« Subtil » corrige Marvin.

Je confirme : Inexistant. Charlie nous en concoctera d’autres pas plus efficaces mais moins chère en attendant qu'on ait les moyens de se procurer des injections rajeunissantes. Il y a un bon marché sur ce créneau mais pas dans nos moyens.

Cette liste n’a aucun intérêt mais le patron n’est pas d’accord avec moi. Il dit que, quant à enregistrer, je peux faire un listing des stocks. Je lui ai répliqué que ce qui m’intéressait c’était la vie du potentiellement innocente et il a répondu que justement, la vie du potentiellement innocente, c’était la gestion du stock.

En tout cas, ce n’est pas ces quelques caisses qui vont remplir le vaisseau.

Après les négociations, Les discussions entre Marvin et Nanti ont viré sur quelques marchandises choisies pour compléter. D’après Marvin, c’est le moment de charger des marchandises de luxe. Il nous a conseillé un de ses potes pour une cargaison de cartes énergétiques. Moi je dis, trop dangereux, si on se fait piquer une telle marchandise maintenant c'est la faillite assurée. En plus, on risque suffisamment avec ces dingues qui tuent l’équipage et s’approprient leurs vaisseaux.

« Non, foutaise que tous ça. Il n'y a rien de plus débile que de voler un vaisseau. Les codes d’identifications sont impossibles à craquer et en cas d’identification par Valence. Avec un vaisseau volé, tu peux dire adieu à ta vie. Après, si c’est à la flotte du danseur volant dont tu fais allusion, ils ne sont plus une menace. »

Ce petit sédentaire de Marvin n’y connaît rien. Il parle de choses dont il entend vaguement des rumeurs, bien tranquille dans son échoppe hors de portée. Pourtant je me prends à l’écouter. « Pourquoi ils ne seraient plus une menace ? » La flotte du Danseur volant, malgré leur petit nom gentil est renommée comme la pire bande de pillards doublée de meurtriers. En général les meurtriers reste sur la frontière craignant trop Valence pour s'aventurer dans le système mais ces derniers temps certains grignottent la périphérie

« Le temps ou le général Kari était aux commandes des armées et abreuvaient les vilains de jolis sermons comme quoi il fallait respecter leur loi tout en acceptant leurs pot de vin est révolu. Avec l'ordonnance Malhari à la tête des armées, c’est une autre paire de manche ». Marvin fait croire qu'il est un connaisseur.

« C'est vrai, il parait qu’il a débarqué avec juste Mélanie sur le vaisseau principal de la flotte du danseur Volant. Et que Mélanie, Elle ne leur a rien demandé, aucune explication, elle les a tous massacré. Aucun survivant. Depuis, les autres se tiennent à carreau.

- S’il n’y a aucun survivant, comment peux-tu savoir les détails de l’affaire ? »

Jolie remarque de Martel.

« Oui, bon, peut-être que j’enjolive mais en tous cas, le résultat est là, ils sont tous morts et on a trouvé des relents d’ombres venues de dimensions parallèles

- Les ombres ne laissent pas de relents ni quoi que se soit derrière elles et ça ne veut pas dire que Mélanie y soit pour quoi que ce soit.

- Oui enfin, c’est son style.

- Qu’est-ce que tu en sais ?

- Martel, tais toi. »

Merci patron. Il faut toujours que Martel conteste tout et n’importe quoi. Parfois, c’est lourd. Charlie dit que c’est une séquelle de sa poussée de croissance.

Il s’est fâché et il est parti bouder en claquant la porte. Je crois que Nanti va réfléchir encore un peu avant d’accepter de le laisser prendre part aux discussions avec les fournisseurs.

« Marvin, je veux de quoi protéger mon vaisseau » a repris Nanti dès que le petit a eu franchi la porte.

« J’ai des sorts de force. »

Le patron s’est contenté de croiser les bras et d’attendre qu’il s’excuse. Comment Marvin peut-il imaginer que Nanti se contenterait de tels attrapes cons. Enfin, de telles sottises plutôt. Restons polis.

Marvin réfléchissait dur pour se rattraper. « Je connais un mec qui connaît un mec qui fabrique des boucliers de protections qui… »

Mal parti la discussion.

« Marvin, J'ai déjà un bouclier mais je veux résister à une flotte indépendantiste armée jusqu'aux dents pas à un simple météore. »

Et bon le bouclier, c’est moi qui l’ai fait. Vu les regards, je crois que je ferais mieux de rester à l’écart à commenter.

« Mon pote a peut-être des armes ».

- Rien ne peut nous mettre hors de leur portée » J’ai remis mon petit grain de sel mais ça papotent sans arrêt comme des gonzesses au point que j’ai dû effacer une bonne demi heure d’enregistrements inutiles. Et, pendant ce temps, Thymothe et Echo devait en être à leur dixième tournée. On n’allait pas repartir sur nos malheurs.

« Un vrai sorcier pourrait nous tenir hors de portée.

- Parce que les Shamans ne sont pas des vrais sorciers sans doute » s’offusqua Marvin.

Il pouvait toujours prendre son ton offusqué, il n'abuserait personne. Il était mauvais, voilà tout.

« Tu peux dissimuler un vaisseau ?

- Tu veux un sorcier dissimulateur !

- J’aimerai oui. » Dit le patron

Il peut toujours vouloir, vu l’état de nos finances, ça restera un joli rêve et tant mieux car c’est le style de rêve qui tourne vite au cauchemar.

Marvin est aussi pragmatique que moi mais il y a une lueur vicieuse qui s'est allumée dans ses yeux : « Tu as combien à proposer pour payer quelqu’un qui ouvrent des portes sur d’autres réalités ? Et je ne parle que de finances, pas de risques.

- 5000. »

Je vois que le patron avait anticipé, il avait déjà calculé le salaire.

- Par mois ?

- Par ans.

Marvin se mit à rire. Moi aussi mais plus discrètement « Pour un dissimulateur ! Rien que pour se faire poser un implant psychique allié à un brouilleur réseau suffisamment costaud pour gérer les capteurs vaisseaux il y en a pour dix fois ça parce que n'imagine pas que naturellement quelqu'un soit capable d'agir sur des capteurs de champs ou des radars juste en faisant appel à des puissances parallèles. A condition que tu aies le créneau pour trouver cette merveille bien sur car Valence sont les seuls fournisseurs d'implants psychiques dépassant le niveau 4 et le marché noir est quasiment inexistant sur le domaine. En clair, impossible. »
Oui, ben moi, 5000 par an ça me faisait rêver, c’était deux fois ma paye et juste pour lancer un sort de temps en temps.

« Donc, tu peux me trouver un implant psychique non répertorié » Le patron devenait sourd, Marvin venait de dire que ce n’était pas possible. Non, pas tout à fait sourd, il m’a entendu. Désolé patron.

Peut-être que je pourrais le faire. Si ça se trouve, j’ai un potentiel de sorcier et je ne le sais pas. Une fois, j’ai vu une fille dans le potentiellement innocente. D'accord je disais ça pour plaisanter histoire de dévier la conversation mais pour la fille, c’était vrai, il était tard, je m’étais levé pour aller pisser et j’aurai pu jurer avoir vu une jeune fille. Peut-être était ce une entité parallèle que j'avais invoqué sans le savoir.

Marvin se rit à la plaisanterie. Pas Nanti

« Peut-être que tu vois ton ange gardien.

Ça existe des anges gardien ?

« Non. Attends, je peux faire un test. Fixe-moi bien Mérino.

Tu me vois ? »

Oui.

« Il résiste au sort de dissimulation et sans même un implant psychique ». s’est-il exclamé à Nanti en frappant sa main dans son poing.

« Moi aussi je te vois » a répliqué le patron. Aucun humour Nanti.

« Ouhai bon, la dissimulation, ce n’est pas ma spécialité. Faut que j’augmente la puissance de mon implant.

- Si tu l’augmentes tu crèves » a dit Nanti en faisant le tour des breloques exposés et c’est vrai, Marvin n’es pas assez costaud pour se le permettre

Il bougonne comme un gamin prit en flagrant délit de mensonge. He oui, la vérité blesse. « Trêve de plaisanterie, ne soit pas déçu. La magie, c’est une malédiction, ça te bouffe. L'être humain est fait pour vivre dans un univers avec une réalité. En gérer plusieurs, c'est un truc à vieillir avant l'âge. »

J’allais le plaindre tiens. En plus, vu ses compétences, ça ne devait pas le ronger très fort.

« Par contre, un qui pourrait avoir du talent, c’est le petit Martel.

- Pourquoi tu dis ça ? » a lancé Nanti plutôt fâché. Je pense qu’il n’avait pas apprécié nos petits jeux avec Marvin. Avec Nanti, il faut apprendre à tourner sept fois la langue dans sa bouche avant de se taire.

Marvin a repris avec moins d’assurance.

« Ben, tu sais, un esclave avec un implant A, c’est pas courant. Et certaines grandes familles ont des sorciers esclaves, des prises de guerres ou enfants de prises de guerre et ça fait des esclaves suffisamment important pour qu’on ait l’idée d’investir dans un implant planétaire.

« Pas d’accord » a dit Nanti. « Un sorcier adulte peut-être mais pas un gamin. Au contraire, un fils de sorcier, on l’aurait gardé enfermé histoire d’avoir un moyen de pression sur le parent et s’assurer sa fidélité. C’est comme ça que ça marche.

- Je ne savais pas que tu connaissais les us et coutumes des seigneurs planétaires. »

Tu comptes répéter tous ce qu’on dit encore longtemps » et continuer Marvin.

Oui j’ai dit. Jusqu’à ce que je répare l’amplificateur du micro. Mais je ne répète pas tout. Par exemple, je n’ai pas retranscrit les jurons que Marvin m’a offert en réponse.

Nanti c’était tourné vers les caisses comme s’il jaugeait sa marchandise.

Le silence était devenu pesant. Il n’y avait plus que moi qui chuchotait toujours dans mon coin. Marvin regardait alternativement la porte et sa marchandise comme s’il se demandait s’il était préférable de nous mettre dehors ou de discuter encore une fois pour tenter de nous fourguer ses merdes. Il me réservait aussi de temps à autre un regard noir. Marvin n’est pas un intellectuel, il ne peut comprendre l’importance de ma tâche. Du ménestrel aux journalistes en passant par les commentateurs sportifs, de tous temps des conteurs ont retranscris l’histoire des personnalités les plus influentes.

« La gueule des personnalités »

Marvin se gratte la tête. Il m’ignore et fait semblant de ne plus me voir même quand je m’approche de lui. Il hésite et finit par reprendre pour Nanti : « Mais, ton histoire de dissimulateurs à 5000 crédits, c’est genre pour des trucs légaux style pour te protéger des contrebandiers et autres mauvaises rencontres.

- Evidemment, tu me connais.

- Bon alors je n’ai rien à te proposer.

- Parce que si ce n’était pas légal, tu aurais quelque chose ? » Une petite lueur mauvaise s’allume dans l’œil du patron

Marvin quitte soudain son air affable.

Écoute, il m’est tombé dessus une info. J'hésite à te la donner car pour ce plan il me faut un mec bien.

Tu es un mec bien, Nanti ?

- Tu me connais.

- Je ne sais pas comment je dois interpréter ça. Bref. Il me faut un mec bien mais pas trop à cheval sur la légalité. Avec des hommes qui ne soient pas prêt à dénoncer leur mère pour trois crédits. En clair,faut pas en parler à Charlie.

- Charlie ne fait pas parti de mon équipage et s'il dit quoi que se soit je le dénonce à Valence et il le sait, tu peux parler sans crainte.

- Une fille.

- Jusque là, je ne suis pas misogyne si elle a déjà un implant suffisamment puissant et qu'elle accepte mon salaire

- Sûrement. A vrai dire, c’est le coup du siècle mais elle n’est pas sur place, alors tu sais ce que c’est, il faudrait aller la chercher, c’est pas la porte à coté et peu de clients ont des vaisseaux et…

- Et où est l’embrouille Marvin?

- Elle se trouve sur Kelly.

- Quoi !?? »

J’aurai pu faire écho patron là. Comment Marvin pouvait-il imaginer qu’on irait sur Kelly ? C’est le domaine des Sylphides et les races non humaines telles que celle là, moins on les côtoie mieux on se porte. Pourtant, Nanti s’était mis à réfléchir. Alors qu’il n’y avait rien à réfléchir. Patron, on ne va pas aller sur Kelly !

« La ferme. »

Je ne peux pas la fermer. Maître Nanti, les gens sur Kelly, les sylphides, ils ne sont pas palpables. C’est vrai, ce sont des genres de boules de gaz pleins de jolies couleurs mais mauvais ! Même Valence préfère les ignorer plutôt que de se frotter à eux.

- La ferme.

Patron, je ne suis pas raciste, je veux bien parlementer avec toutes sortes de types, mêmes des cultures inférieures. Je ne suis pas comme Thymothe phobique à la seule pensée d’un microbe. Mais vous voudriez aller sur une planète ou on risque de respirer quelqu’un sans s’en rendre compte ! Quelqu’un qui parle dans la tête.

« Et que fait cette sorcière sur Kelly ? »

- La dissimulation n’a rien de sorcier, si on y réfléchit il s’agit juste de superposer plusieurs réalités pour cacher certains éléments. » Logiquement après un tel raisonnement,on ne dit rien et on se tire mais le patron insistait.

« Que fait cette fille sur Kelly ? » Enfin une bonne question du patron

« Il vaut mieux que je te raconte une histoire. Ca remonte à quarante ans. J’étais jeune à l’époque et il y avait une femme. Enfin tu sais, plutôt mignonne et gentille ».

Marvin s’est tourné vers moi chercher une approbation car pas un muscle du visage de Nanti ne bougeait. Je le soupçonne de ne pas voir ce que Marvin voulait dire. Jamais je n’ai vu Nanti avec une femme.

Je vais préciser : tu veux dire que c’était ta petite amie.

- Dans le genre oui » a dit Marvin. On voulait même se marier. Elle était médium. Mais une vraie, bien plus puissante que moi, pas le genre de charlatan comme celle qui traînait un temps avec vous. Comment s’appelait-elle celle-là ?

Sybille. Je le dis à Marvin pour éviter qu’il cherche son nom pendant des heures car il semble parti pour un récit interminable. Pour la même raison, je ne pris pas la peine de préciser que les médiums, ce sont tous des charlatans.

« Oui c’est ça qu’est ce qu’elle devient ?

- La fille, Marvin » coupe Nanti.

« Oui, j’y viens. Donc Fidji, c’est le nom de celle qui était ma petite amie était médium et un jour elle vient me voir et me dit qu’elle a eu une vision me concernant. Elle dit qu’elle aura une fille et qu’un jour j’aurai son sort entre mes mains et elle me supplie de lui promettre que ce jour-là, je l’aiderais. »

Nanti soupire, c’est vrai que c’était très mélodramatique ennuyeux son histoire en plus, je le soupçonne de broder un roman de son invention pour nous faire passer un plan foireux dont il a le secret.

« Bref, avec Fidji, on se perd de vue quand elle décide de prendre le parti de Valence après la destruction de Calice. Le temps passe et, pas plus tard que hier, je reçois un homme qui me dit avoir un message pour moi. Je suis étonné, je ne connaissais pas ce monsieur. J’ouvre la missive, un petit papier froissé comme on en fait plus. Et qu’est ce que je lis une lettre d’une demoiselle qui se présente comme la fille de Fidji et me demandant de l’aide.

Si j’ai bien compris le topo, Fidji s’est fait prendre en esclavage par les Sylphides lors d'un conflit où elle servait le clan de Valence et serait morte. Elle aurait eu une fille, née esclave et cette fille a tout risqué pour faire passer un message à un inconnu de passage car sa mère lui avait dit qu’un jour je l’aiderais. Elle a eu beaucoup de chance. D’abord pour réussir à faire passer son message et ensuite de tomber sur quelqu’un qui non seulement ne l’a pas dénoncée, ni profité de la situation pour la faire passer au plus offrant mais s’est démené pour retrouver ma trace et me remettre le message. »

Stop les violons. Outre que son histoire ne tient pas debout, une esclave des Sylphides. Et puis quoi encore. Le jour où je voudrais me suicider, je le ferais proprement, sûrement pas en me lançant dans une mission désespérée pour sauver des esclaves chez les non humains.

« Et elle est dissimulatrice ? » Réflexion de Nanti.

A mon sens, on s’en fout de ce qu’elle est. On se fiche même de savoir si elle existe et si oui, pourquoi Marvin a inventé cette histoire à son sujet. Qu’elle y reste chez les Sylphides. Mieux vaut avoir à faire aux indépendantistes qu’à eux.

« Oui, dissimulatrice et manipulatrice d'ombres et d’après le mec qui m’a remis le message, elle est douée. Très douée même. Alors, quand je t’ai vu et qu’en plus tu m’as dit que tu cherchais un sorcier, j’ai tout de suite pensé que c’était en te confiant cette information que je la sauverais. Tu t’occupes bien du petit Martel. »

Toute suite après des heures de discussions. J’y crois à mort.

« Cette fille ne serait pas à vendre plutôt. Ca simplifierait le problème.

- Oui sans doute, tout se négocie mais pas dans tes moyens, tu imagines la valeur d'un tel monstre ? »

Si même Marvin l'a traitait de monstre. Cette fille me semblait encore plus dangereuse qu'une flotte indépendantiste. Le genre qu'on évite à tout prix de prendre à son bord.

« Donc, tu suggères de la voler !

- J’ai dit que ce n’était pas tout à fait légal. Mais elle a un plan tout simple développé dans son message. C’est un coup facile. Tu te poses sur Kelly…

Je t’arrête de suite, déjà, personne ne se pose sur Kelly. Les Sylphides n’acceptent pas les humains sauf ceux qui travaillent pour eux. Tu approches de leur périmètre, tu te fais exploser sans sommation »

Nanti me frappa pour me faire taire. « Non » rectifia-t-il, « peu de gens se posent sur Kelly mais jusque là, c’est faisable, continue Marvin.

- tu rencontres ses maîtres pour une raison bidon. Si tant soit peu qu’on puisse rencontrer des êtres immatériels et inventer des raisons bidon devant des télépathes. Pendant ce temps, elle se dissimule dans le vaisseau, vous repartez et le tour est joué.

- Et ensuite, on se retrouve avec une esclave en fuite à bord.

- Evidemment, seule une esclave en fuite accepterait le salaire de misère que tu proposes. »

Patron, les Sylphides aussi sont des sorciers dans leur style et ils ne sont pas sensibles à la magie. On se fera repérer et prendre en chasse.

« Oui ca aussi c’est un peu contraignant » admit Marvin.

Un peu contraignant, c’est ainsi qu’il appelait une mission suicide à cause d’une fille qui lui avait tourné la tête quarante ans plus tôt en lui racontant des boniments, car même si son histoire était vraie, la prédiction de l’avenir était la science la plus inexacte qu’on ait inventé.

« Donc, si je trouve un moyen d’aller sur Kelly et détourner l’attention des Sylphides, tu peux m’assurer que je peux récupérer cette fille ?

- Sous certaines conditions oui ».

Parce qu’aller là-bas et en revenir vivant n’est pas une condition suffisante ?

« Mérino tu sors.

Mais Patron…

J’étais entre deux malades rêveurs, il fallait bien que quelqu’un garde les pieds au sol

« Mérino, tes réflexions ne nous sont d’aucune utilité, tu sors. »

D'accord, je ne discute pas. On va tous se faire tuer et je n'aurais même pas eu le temps de me faire une dernière virée, et alors, où est le problème ? Je vais rentrer à bord du potentiellement Innocente, peaufiner mon journal et rédiger mon testament. Comme je ne possède rien, ce sera vite fait.